31 mai 2007
Qu'est-ce que Clinamen ?
Le désert nu, Démocrite (2006)
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Le clinamen constitue chez Epicure et Lucrèce le principe de dérivation des atomes dans le vide infini. Alors qu'elles chutent selon des principes mécaniques, les particules élémentaires dévient soudainement et au hasard de leur trajectoire initiale. Cette déclinaison rend possible leur rencontre, à travers des chocs. Par conséquent le clinamen est le principe même de la créativité de la nature et de la liberté.
Clinamen est le lieu d'une exploration photo-philo-météo-poétique, lieu d'un témoignage réflexif et singulier relatif à l'expérience de l'enseignement, l'occasion d'une sensibilité à l'oeuvre et d'une raison qui se frotte au monde et au réel. J'entends rendre compte ici de mes regards, de mes étonnements, de mes questions, de mes fascinations comme de mes perplexités. Clinamen n'est ni un journal intime, ni un cahier de doléances pour souffreteux. Il est une invitation au gai savoir, à la jubilation d'altitude, à l'expression visuelle et optique, au souci de soi et au partage. Il est aussi cette tentative de nommer, d'une façon inédite et directe, parfois sous des formes d'hilarités tragi-comiques ce qui se produit dans l'étrange théâtre de la philosophie scolaire. Vous l'aurez compris, ce blog est nécessairement multiforme et rocailleux, inclassable et décalé, sérieux comme le ciel bas du septentrion à l'automne, volatile et aérien comme la danse des martinets alpins, océanique comme le fracas des lames d'occident.
Clinamen se veut à l'image d'une existence, non pas pour construire quelques cohérences salvatrices mais pour tisser des liens de vérité avec tous ceux qui se sentent à l'écoute des essentielles dérivations imposées par le réel. Ici, nous tenterons de voguer à un atome d'écart...
Que trouve-t-on sur ce blog ?
D'abord, des singularités optiques, entendez par là des photographies, autant d'expériences sensorielles que je souhaite partager avec vous. Cette rubrique est consacrée aux regards photographiques, jour après jour, sur la nature comme totalité (humanité comprise) c'est-à-dire le réel ; Clinamen sera très régulièrement alimenté en expériences visuelles multiples: observations, cieux, nuages, frères-animaux, moulins, bâtisses, portes et ruines, vignes et tempêtes, roches et pics, neiges et volcans, cimes et plaines sans fin... Vos singularités optiques sont les bienvenues ici. Proposez et commentez librement à un atome d'écart.
Dans le même esprit, mais inscrits dans la durée et l'audace d'un itinéraire sans boussole, mes Carnets de déroute constituent des témoignages de vérité, heurtés de plein fouet par les irrégularités du réel. Vous y trouverez des immersions personnelles, poétiques et photographiques, sorte d'initiation singulière à la beauté insignifiante.
Ensuite, le journal d'un prof de philo qui tente d'une part cet improbable et suicidaire exercice d'auto-observation de sa pratique et d'autre part qui entreprend, tel un ethnologue shooté à la craie, parachuté en contrée sauvage et buissonnière, de rapporter les mots insolites, impertinents et ridicules, les situations étranges et grotesques de ces sujets-objets qu'on appelle, non sans quelques railleries funestes et souterraines, des élèves. (le ton serait-il donné ?)
Vous trouverez aussi des humeurs froides, liquides ou brûlantes, dôrées ou minuscules sous la forme de soliloques, sortes de réactivités intempestives face aux intempéries sociales, climatiques, scolaires ou politiques, c'est selon...l'humeur.
Et puis dans la rubrique épistolaires, voici que surgissent mes missives adressées aux amis, mes fulgurances partagées, mes réactions tourbillonnaires. Le visage de l'ami est ici sans contours ; il prend le nom de M, de P, d'Hérodote, de Pyrrhon, de L. et de Nicus. Seuls importent l'élan et la teneur ; épistolaires est une modalité de la rencontre...
Enfin, mes textes, dans deux catégories distinctes, mes singularités poétiques et les philosophiques. Textes jargonneux et métaphysiques, peut-être tout à la fois ou ni l'un ni l'autre ; l'improbable lecteur jugera. "Pas plus ceci que cela" dirait Pyrrhon le sceptique. Qu'importe ! Il faut avoir "le souci de soi-même" . Voilà qui m'engage en de-ça du bien et du mal dans cette nécessité de l'écrit...à un atome d'écart, entre fête et dé-fête.
Commentaires
Je viens de vous ajouter parmi mes liens favoris!
bravo pour cet espace qui est un véritable puits de savoir.
Merci
Merci Petite Momie pour ce témoignage et l'intérêt que vous manifestez pour Clinamen. Votre présence et vos commentaires me sont et me seront précieux pour poursuivre cet art de la dé-route que je tente de cultiver ici ou ailleurs. Alors, n'hésitez en aucune façon à vous y exprimer, vous êtes la bienvenue.
Démocrite, sur ce blog il n'est apparement question que des philosophes d'autrefois. Qu'en est il de nos contemporains? Sartre? Cioran? et tous les autres (que je ne connais pas)?
Jouir et faire jouir
Je puise mon inspiration la plus profonde chez les grecs et plus particulièrement chez les atomistes (Démocrite, Epicure et Lucrèce) mais aussi chez les sceptiques ou les cyniques. Du côté des contemporains, il m'arrive de citer Cioran mais son pessisisme m'accable un peu. Je me sens plus proche de philosophes comme Clément Rosset ou Marcel Conche, ici ou là. Cela dit, mon but dans ce blog n'est pas de faire une encyclopédie philosophique qui passerait en revue les auteurs mais "de jouir et de faire jouir sans faire de mal ni à moi-même ni à personne" pour reprendre le mot de Chamfort (qui voit dans cette maxime tout le principe de la morale).Et je crois que la jouissance a quelque chose à voir avec la dérivation ou la dé-route, dans le spectacle insaisissable et tragique du réel qui est la beauté même. Mon carnet de déroute est, en ce sens, "une épreuve de jouissance" dont je témoigne et qui, peut-être, devient une invitation pour autrui à l'initiation désertique.
à propos du clinamen
Bien que non professionnel de la philo c'est avec plaisir que je visite votre blog.Ma rencontre avec un viel ami que j'avais perdu de vue de puis le capes de philo passé en 1999 m'a poussé à raffraîchir ma mémoire concernant les présocratics et comme je voulais voir la notion de Clinamen.Attaché à cette notion cet ami fait de notre rencontre un fait du hasard,alors il fallait dire que ce n'était pas non plus le fruit d'une nécessité au sens d'une finalité.Ne croyant pas au fortuit,je me suis pris d'envie de proposer cette notion non pas comme un facteur externe aux atomes en mouvement libre dans le "vide" mais comme une nécessité qui leur serait interne.Le climanen ne serait peut-être pas l'expression d'une "transcendance" mais celle d'une immanence qui cherche à se transcender en vue de...donc vers un sens.Là on n'est plus dans l'atomisme ni dans la science mais dans un "non-lieu"ou un "espace/temps" dont les déterminations ne relèvent plus d'une pure extériorité qui possèdent néanmoins ses propres modalités d'apparaîtres.Merci et peut-être à bientôt pour une autre idée après avoir lu plus en profondeur vos lignes dans lesquelles les quelques lignes de forces me paraissent "justes".
Immanence et hasard
Cher Iconium,
Le hasard n'est pas une propriété extérieure à l'atome mais un processus interne de dérivation qui permet, chez Epicure et Lucrèce, de comprendre la créativité de la nature et dans le même temps sa force de destruction (ce que j'ai appelé moi-même la métaphysique des chocs de l'atomisme). Pour Démocrite l'ancien, seul le tourbillon rend compte à l'échelle du Tout du caractère aléatoire du réel à travers ces atomes qui se choquent et se combinent au hasard. Nulle finalité, nulle transcendance et nulle signification inscrite dans la nature. Le clinamen est une notion radicalement "tragique" à l'image du réel impermanent. Par conséquent, il n'y a pas de "en vue de..." sinon vous ruinez l'intuition grecque de la fugitivité de la nature.
Amicalement
Le chaos sensible
Curieuses, cette mention du tourbillon comme image du réel, et qui rejoint les développements scientifiques récents sur le rapport entre hasard et nécessité, partis entre autre de l'observation des turbulences dans la dynamique des fluides.
Novalis appelait l'eau "le chaos sensible"..
reconnaissance
Merci mon cher Charp pour ce commentaire. En effet, l'image du tourbillon comme structure impermanente du réel est présente chez Démocrite alors que chez Epicure et Lucrèce, c'est le clinamen qui constitue le principe de la dérivation atomique. J'avoue avoir une préférence pour le tourbillon qui concerne la totalité du réel alors que le clinamen est une propriété atomique élémentaire. Le caractère métaphorique est plus net chez Démocrite, c'est pourquoi "la vérité est dans l'abîme". La dynamique des fluides ne fait que retrouver dans des modélisations plus expérimentales ce que nos atomistes avaient déjà découvert et pensé dans des intuitions fulgurantes indépassables. Comme dit Nietzsche, "la connaissance est reconnaissance". La science invente-t-elle seulement quelque chose ?
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