CLINAMEN : le blog de Démocrite

Journal d'un prof de philo, philosophie, carnet de déroute, photos, soliloques : expression et partage d'une singularité, à un atome d'écart.

14 juillet 2007

Nomade

Le nomadisme m'appelle et avec lui, les multiples expériences croisées. Reprise de Clinamen à un atome d'écart vers le 17 août avec, je l'espère, de nombreuses singularités optiques à explorer. D'ici-là, voguons haut mais les pieds au sol !

"Plus nous nous élevons haut, plus nous semblons petits à ceux qui ne savent pas voler"  Nietzsche

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11 juillet 2007

1000

Depuis un peu plus d'un mois, Clinamen fait le récit de ces atomes d'écart qui font la créativité de l'existence. Ce blog a déjà reçu plus de mille visites et plus de 6600 pages parcourues. Cela fait évidemment plaisir même si l'interactivité demeure assez limitée. Mais je ne désespère pas et vous invite tous à réagir avec l'audace de la liberté pour peu que les contenus déployés ici vous intéressent.

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Grand erg oriental (Algérie)

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Dunes, Grand erg oriental, Algérie, 9000 m, 2002

Quelques singularités optiques ont été ajoutées au carnet de déroute Tadrart (cf Tadrart 3, 4, 8). N'hésitez pas à vous y promener pour une incursion saharienne.

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10 juillet 2007

L'optimiste, le pessimiste et le tragique

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Photo et commentaire de Max Lerouge  en bas de l'article

Pour celle ou celui qui ouvre son regard vers l'essentielle mobilité de la nature, tels le poète, le photographe, l'artiste, le contemplateur, le méditant, le philosophe, la beauté du monde a sans doute quelque chose à voir avec le processus de transformation du vivant, si perceptible dans nos contrées où la vie est encore fort présente. Ayant fait plusieurs fois l'expérience saharienne, j'ai été frappé comme jamais par le mobilisme, c'est-à-dire l'éternel mouvement des choses et son caractère accéléré (les particules de sable) mais dans un univers essentiellement minéral.  Les trois ordres, végétal, minéral et animal finissent par s'y confondre soumis qu'ils sont, aux mêmes mécanismes dérivatifs, le clinamen, le hasard absolu ou cette métaphysique des chocs théorisée par les sages atomistes (Démocrite, Epicure, Lucrèce...). Le vivant et l'inerte sont deux types de configurations distinctes. Certaines propriétés apparaissent avec le vivant (régulation, autonomie, procréation...) que l'on n'observe pas dans le monde minéral. Mais ces propriétés, pour advenir, nécessitent des conditions extrêmement exigeantes et resserrées. Par conséquent, l'inerte l'emporte numériquement sur la vie, l'inorganique sur l'organique ; il est le cas général dans l'univers tel qu'il est appréhendé, compris et confirmé par la science et l'astrophysique. Et Il aura fallu des milliards d'années pour que les premières cellules se constituent et l'univers entier pour engendrer l'homme et sa conscience réflexive (ce qui d'ailleurs n'implique aucune finalité ou dessein de la nature). Notons au passage que la science n'a rien inventé mais qu'elle ne fait que décrire par ses modèles ce que nos sages grecs savaient déjà il y a plus de vingt-cinq siècles.

. La beauté de la nature que j'appellerais tragique et dont j'ai tenté de témoigner dans mon Carnet de déroute Tadrart procède d'une contemplation du réel considéré comme totalité et non d'une nature prise dans un sens étroit et restrictif, la vie. La beauté tragique se moque de la vie comme de la mort puisqu'elle les saisit dans un même mouvement et les égalise dans une sorte d'indifférence brute. Mais se moquer de la mort ne fascine guère les morts ni ne les gêne. En revanche se moquer de la vie nous renvoie à notre propre déroute, à notre finitude essentielle, à ces situations-limites qui nous font sentir et notre impuissance et notre vanité. On l'aura compris, cette étrange moquerie n'a rien d'intentionnel ni de revanchard. Elle est ce dévoilement  fondamental du réel indifférent et vagabond, radical et implacable. Voilà pourquoi je parle de beauté tragique, beauté en prise avec le dynamisme des éléments, l'impossibilité de compter sur quoi que ce soit dans le monde, la texture insaisissable du réel qui mène à la corruption des structures et à l'éventuelle recomposition. Tragique car rien ne demeure, tout passe sauf le hasard à l'oeuvre. Beauté de la transition, beauté ineffable du passage qui mène à l'inorganique et à la mort, le cas décidément général.

La beauté tragique ne peut pas être, par conséquent, une célébration de la vie. Célébrer la vie implique un autre regard sur le réel, une orientation métaphysique possible mais différente et qui se veut résolument optimiste donc exclusive et partiale car elle concentre son attention sur cet ordre particulier qu'incarne la vie. L'optimisme est cette humeur qui voit dans la nature un ordre volontiers favorable. Bon ordre, pourrait-on dire, comme chez Leibniz qui pense que Dieu a créé le meilleur des mondes possibles compte tenu des contraintes du réel (optimisme dont se moquera Voltaire dans son Candide). Sans doute, l'optimiste est-il du côté de l'animal, voué à l'action, à l'engagement, à la mobilité de surface. Il croit qu'un monde encore meilleur est possible, que cet ordre n'est pas si mauvais et qu'il peut y participer pour plus d'harmonie et de justice. Son animalité est revendiquée comme mode d'action et de transformation. L'optimiste fait le pari du progrès jusque dans son comportement prédateur. Agent de mobilisation rapide, il est sur la voie externe, celle de l'autodétermination et du modelage du monde. Il fait de la vie une entité ancrée dans un processus de réalisation. L'optimiste voit la beauté dans l'esprit de l'homme plus que dans la nature. Le beau que célèbre l'esprit célèbre avant tout l'esprit capable de créer le beau par son propre labeur. Ce n'est pas la nature en tant que telle qui est visée dans son projet mais l'homme lui-même, homo sapiens (homme sage et savant), homo faber (homme fabriquant) architecte de la nature, créateur d'environnement, façonneur de monde. Le corps de l'optimiste est un outil, une structure admirable et instrumentalisée, moyen efficace pour la performance, une puissance d'affirmation rentable confirmant le bon ordre préalable. L'optimiste veut laisser son empreinte germer au soleil et vaincre la mort, définitivement. Pour lui, la beauté est dans ce qui se fait, jamais dans ce qui se défait. D'ailleurs rien ne se défait véritablement à ses yeux. Tout a nécessairement un sens et le beau ne fait que confirmer cette orientation, cette destination de l'homme et sa signification ultime grâce sa volonté triomphante et inébranlable.

La beauté tragique n'est pas non plus du côté du pessimisme, ce regard sombre et douloureux dans l'appréhension du réel, humeur mélancolique et tourmentée constatant comme l'optimisme l'existence d'un ordre dans la nature mais considérant que celui-là n'est définitivement pas le bon. Le réel est organisé mais ses conséquences sont nécessairement fâcheuses et catastrophiques pour l'homme. Le pessimisme est du côté du "végétal" ou du "végétatif" ; il souffre de ses dispositions initiales qui le poussent à l'action minimale, à l'introversion, à la transformation lente, laborieuse et souterraine. Le pessimiste s'octroye d'immenses plages de récupération, il déserte les activités corporelles toujours trop ambitieuses et dangereuses à ses yeux pour le sommeil et l'oubli réparateurs, pour le refuge et la consolation passive. Il a le territoire modeste et l'ambition minimale. Pas de conquête, il est épuisé à l'idée de transformer le monde d'ici-bas et peut rêver parfois tout haut, d'un autre monde, débarrassé des imperfections du premier. La beauté est donc ailleurs, dans la transcendance, en dieu et ses mirages, dans l'au-delà, dans l'espoir d'une vie meilleure, dans l'hallucination et le délire des arrières-mondes. Bref, pour le pessimiste, la beauté n'est pas de ce monde ou plutôt, elle n'est pas concrètement de ce monde. Pour peu qu'elle semble se glisser dans le réel, elle paraît déjà menacée et sa disparition programmée ajoute à sa mélancolie qui trouve ainsi une confirmation de son ancrage initial. Le pessimiste souffre de ses racines ténébreuses et telluriques. Il rêve de couper ses liens primitifs et organiques pour la contemplation des idées pures. Le végétal a la haine du corps et de ses pulsions. Il les convertit en fascination molle tournée vers les hauteurs, vers ce soleil, métaphore du Bien. Il s'accommode de toutes les superstitions et ne voit pas pourquoi agir puisque tout est déjà écrit et qu'en plus on ny peut rien ! La fausse mort et son paradis sont les figures enviables et protectrices chargées d'anéantir et de convertir les risques de l'existence en des certitudes figées. Le pessimiste est par conséquent la victime de son impuissance et de l'ordre dangereux qui règne dans le monde. Il est, comme tout végétal, soumis à toutes les prédations dans une triste et pathétique passivité.

La beauté tragique elle, est minérale c'est-à-dire élémentaire. Le minéral est le niveau le plus simple et par conséquent celui qui, à l'image du rasoir d'Ockham, permet de rendre compte d'un nombre de choses bien supérieur. En réalité, il permet de se glisser dans le tout de la nature car tout ce qui est se constitue par assemblage (atome, molécule, cellule, organe, organisme...). Le minéral a ceci de particulier qu'il compose et le végétal et l'animal, ce qui ne fonctionne pas dans l'autre sens (l'animal et le végétal ne sont pas contenus dans l'atome). "Nous sommes des poussières d'étoiles" dirait l'excellent Hubert Revees, image stellaire pour décrire notre caractère atomique et notre filiation cosmique. Penser à partir du végétal ou de l'animal revient à opérer une sorte de forclusion, c'est-à-dire un refoulement massif des éléments initiaux qui ne peuvent être appréhendés sans hallucinations (tel Pascal découvrant magnifiquement le tragique dans la Disproportion de l'homme [Pensées] et le recouvrant presque aussitôt par son délire mystique du 23 novembre 1654 et sa conversion au christianisme). Penser à partir de l'homme, c'est déjà nier son caractère végétatif et avant Darwin, son caractère animal, mais cela revient surtout à réfléchir à partir d'un ordre déjà constitué, l'ordre humain ou divin et ses conventions, ses institutions et ses règles qui vérouillent l'accès au questionnement métaphysique et à la beauté radicale du tragique.

Le minéral est la figure métaphorisée de l'atome, de la particule, cet insécable, se combinant avec d'autres en agrégats dans le vide infini sous les chocs interminables et dans un tourbillon sans fin pour reprendre Démocrite d'Abdère. Ce tourbillon est l'autre nom du hasard, ce qui rend possible la rencontre et la constitution d'une matière tout comme sa destruction. Clinamen dira plus tard Lucrèce faisant parler Epicure. Mais rien n'advient selon un ordre spécifique ou un plan arrêté. La particularité du tragique réside dans cette reconnaissance du désordre fondamental de la nature. Il n'y a pas d'ordre, il n'y a pas de finalité, il n'y a pas de créateur des mondes, de divinités, d'esprit ordonnateur, de concepteur, de grand charpentier ou d'architecte. Dans l'univers tragique, l'homme découvre cette essentielle vérité, à savoir l'insignifiance absolue du réel et de la nature et sa plus radicale solitude. Par conséquent, il perçoit sa propre insignifiance et cette première vérité, tout passe. Vérité immédiate qui rend tout discours mal assuré et secondaire. Vérité est dans l'abîme, dira Démocrite. Les discours s'abîment dans l'insignifiance comme un navire se perd et disparait en mer, comme un voyageur assiste impuissant à l'éparpillement de son empreinte de marcheur à mesure qu'il traverse les sables.

C'est en philosophe que nous sentons et expérimentons cette beauté tragique. Qu'est-ce à dire ? Pas question de se raconter des histoires ! Pas question de se mentir à soi-même ! Nous faisons le constat de la radicalité du réel, de son silence inaudible et innommable, de sa créativité et de sa destructivité. Il faut vivre avec cette évidence et refuser toute consolation salvatrice et les illusions associées. Comme le dit Comte-Sponville, "une vraie tristesse est préférable à une fausse joie". Encore faut-il être à la hauteur de cette vérité qui défait toutes les autres. Encore faut-il reconnaître en soi-même cette élémentarité qui nous constitue et fait de nous un être minéral, végétal et animal, tout à la fois et pourtant si peu de choses. Telle est cette beauté qui fait miroir et nous destitue définitivement.

PS : "Le pessimiste et l'optimiste s'accordent à ne pas voir les choses telles qu'elles sont. L'optimiste est un imbécile heureux, le pessimiste un imbécile malheureux."  Georges Bernanos (1947)

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Remarquable démonstration de la beauté tragique( même si je n'adhère pas à toutes les affirmations, j' essaierai de démontrer plus tard). Ton développement magistral me renvoie à cette image emblématique des chantiers urbains. Elle n'a certes rien à voir objectivement avec "la beauté tragique" du désert que tu décris si bien mais pourtant elle me transporte ailleurs. Devant ce mont, éphémère, (production humaine et vivante) mon inspiration déborde et je ne peux m'empêcher de sublimer ce désert urbain en un ailleurs inaccessible.

Je vais élargir mon territoire... et aller arpenter le vrai désert, celui de la "beauté tragique".En attendant je continuerais à sublimer mes perceptions quotidiennes.

" Ce que nous voyons n'est pas fait de ce que nous voyons mais de ce que nous sommes". (Fernando Pessoa)

                      Max Lerouge

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07 juillet 2007

La mort et la beauté : réponse à Max

Tu as raison de m'interpeller sur ce point et je me suis posé la question de cette finale que je ne souhaite nullement triste. J'ai tenté de montrer dans ce carnet de déroute "Tadrart" que le désert est un moyen de découvrir le régime tragique de la nature (le tragique étant distinct du pessimisme) et par conséquent de l'existence. Au coeur du désert, on découvre à l'évidence toute la précarité de la vie pour ne pas dire sa quasi inexistence. Ici, la vie se révèle comme cas particulier de la mort, une configuration passagère perdue dans la variété sans nombre des configurations inertes. C'est ce qui fait la beauté radicale du désert, cette extraordinaire parenté entre la mort ou l'inorganique et le sentiment esthétique. La mort, à savoir le principe de désagrégation oeuvre partout. Elle fait disparaître toutes les structures, balaie les constructions et modèle le paysage à l'infini. Cette parenté est tout sauf une tristesse, au contraire, elle éveille à la joie et au prix de notre passage dans cet univers extrême. Mais cette conscience de la mort ne doit pas se muer en processus auto-destructeur ou en élément de réification, source d'angoisse puisqu'elle procède d'un décentrement du sujet dont le référent ultime n'est pas lui mais la nature, c'est-à-dire le réel. La beauté et la mort ne sont séparables que pour l'homme épris de lui-même, autrement dit égocentré et terrifié à l'idée de sa propre disparition. Une telle disposition psychique lui interdit d'accéder à la beauté tragique, à la mort et à la véritable joie.

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06 juillet 2007

Tadrart, le silence des sables (10)

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Terrres ! Tadrart 2002, Algérie

Dixième et dernier jour de pérégrination. Je constate en moi-même l'immense processus de modification opéré par le désert et l'intime confirmation de ce que Marcel Conche appelle la métaphysique du hasard. Ici, tout surgit avec l'évidence de la dé-raison, déraison saharienne.

Pendant des années, j'ai cru en la force des argumentaires, en l'intelligibilité du monde et en son ordre, en l'efficacité de la science et de ses lois. J'ai cru l'homme capable, par son esprit, de défaire la tenace obscurité du réel. Par l'effort laborieux et persévérant de la pensée, je croyais en la possibilité d'une conquête et d'une éradication de l'innommable. L'univers était ce logos éternel, cette grande raison ordonnant les phénomènes, le désordre une anomalie. Le désert m'a dépouillé de mes propres mirages et m'a mené au hasard, cheminement et finalité confondus. Les mots de Machado me reviennent :

"Marcheur, ce sont tes traces ce chemin, et rien de plus ;

marcheur, il n'y a pas de chemin, le chemin se construit en marchant.

En marchant se construit le chemin, et en regardant en arrière,

On voit la sente que jamais on ne foulera à nouveau.

Marcheur, il n'y a pas de chemin, seulement des sillages sur la mer."

Ce Sahara m'a révélé le caractère désertique de ma propre existence c'est-à-dire son essentielle pauvreté, cette vacuité qui n'est pas un néant. Le sable, les dunes et la terre constituent ces métaphores indépassables de l'expérience tragique, autrement dit, de la nature des choses. "Tout passe" selon le mot d'Héraclite et ces passages se déroulent dans l'aléatoire de ces particules volages soumises aux caprices de l'indétermination. La hasard est tout car il fait l'entière création de la nature dans le tumulte de ses propres déviances. Hasard est le jeu subtil et impensable de la composition et de ces invisibles chocs qui creusent dans le sillon fracassé de l'homme son éternelle dé-route, son errance et sa singularité. Tadrart n'est autre que le paysage stellaire du clinamen, son incarnation et son visage sublime. Tous ces mots jetés sur un carnet d'heureuse déroute sont vains et dérisoires, mais ils signent à leur façon, mon éphémère et décisive présence en ce monde.

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Lignes, Tadrart, Démocrite, février 2002

J'ai vécu au plus près de mes propres limites, dans ce lieu où se joue la tentation du raidissement, de la fermeture et de l'oubli. Peut-être ai-je ici découvert que la mort et la beauté sont une seule et même chose, telles ces ombres mouvantes qui disparaissent et se perdent en une pure surface dépliée. Oui, la mort et la beauté, une seule et même chose !

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Le grand Erg oriental, Algérie (10000m), 20 février 2002, Démocrite

silence...

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05 juillet 2007

Tadrart, le silence des sables (9)

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Musique, Tadrart, Février 2002

Les touaregs, voient-ils ce que je vois ? Sont-ils en mesure de percevoir l'extrême singularité de ces lieux et de ces courbes, de ces formes, de ces incroyables contrastes, de ces couleurs tranchantes ? Cette stupéfiante radicalité résiste-t-elle à l'habitude, au destin de sédentarité, à la culture ancestrale ? J'avais été surpris de ce que ces hommes magnifiques semblaient placer dans une sorte d'égalité esthétique, les interminables et sombres couloirs d'un canyon gris du Tassili (que nous avons, hélas, traversé) et le spectacle mouvant des sables et des roches rouges, comme si le désert parlait d'une seule voix, celle de l'inhumaine indistinction. Et nous-mêmes, pouvons-nous encore nous étonner de nos arbres, de nos cieux, de nos nuages mobiles et de nos oiseaux coutumiers ? Pouvons-nous nous extraire de nos rigidités rentables, de nos certitudes figées, de nos pathologies collectives ? Lutter contre l'indifférence, contre la pesanteur toujours accrue du passé, contre les conditionnements initiaux reste un enjeu essentiel pour l'homme soucieux de nomadisme et de vitalité. L'enracinement morbide guette le pas de l'esprit, engourdi par ses ancrages fossiles et les pièges de la stérile reconnaissance. La véritable connaissance n'est pas reconnaissance, elle s'éprouve dans une genèse toujours continuée, dans le sentiment immédiat de la création et de la mort. Se délivrer de toute attache est le vrai défi de l'homme, telles ces cathédrales de grès rouges qui abandonnent dans les tempêtes leurs inessentielles particules.

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Cathédrales, Février 2002

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04 juillet 2007

Frémissement

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Frémissement, Septentrion, 03 juillet 2007, Démocrite

Tendus vers le ciel, les épis se dressent et tentent de capter la lume crépusculaire. Quelques nébulons morcelés annoncent la charge océanique suivante. Mais la sagesse toujours se décline au présent  "ce qui est est, ce qui n'est pas n'est pas." (Parménide)

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03 juillet 2007

Content ou satisfait ?

La recherche de la satisfaction pourrait bien ressembler à un projet philosophique tourné vers le bonheur ou la réalisation maximale de ses propres désirs. Il y a dans la satisfaction l'idée que le sujet pourrait accéder à une forme de plénitude c'est-à-dire à une expérience du plein mettant fin à toute faille, à tout manque, à toute béance et par conséquent à toute souffrance. "Satisfait donc heureux" pourrait-on dire.  Satisfait ou remboursé peut-on lire sur les paquets de produits alimentaires. Etrange formule qui laisse penser que le produit consommé est en mesure de combler le manque jusqu'à l'aphasie puisqu'on n'aurait précisément plus rien à ajouter, plus rien à dire, plus rien à attendre, plus rien à réclamer. Procédé évidemment vendeur car il laisse miroiter, comme pour toutes les publicités, la possibilité d'un objet satisfaisant et l'évidence du sentiment heureux qui en découle. Le réel (publicitaire) est censé nous satisfaire, le réel, c'est-à-dire des choses, des produits, des consommables, cabables, nous dit-on, de combler l'abîme de nos désirs, de nous trouver l'âme soeur, de rendre la jeunesse, de donner la liberté etc . Même idée avec le fameux "tout devient possible" de l'ex-candidat et désormais président de la république, ce "tout" laissant croire à une adéquation potentielle entre nos désirs et la réalité, adéquation à laquelle s'ajoute cette idée du passage du non-être à l'être (ça devient possible) indépendamment des contraintes du réel (à l'évidence, possible ne signifie pas réel ou réalisable mais on joue ici sur les mots pour créer dans la représentation ce glissement). Rien ne ferait dès lors obstacle à l'avénement de ce "tout". Rhétorique capable de susciter tous les fantasmes et de les satisfaire dans un devenir possible. La politique est aussi du marketing publicitaire !

Initialement, le verbe satisfaire est un verbe d'action (satisfacere, faire entièrement) qui consiste à s'acquitter d'une dette ou payer un créancier ; acte de réparation par conséquent qui a historiquement un sens quasi-économique, un remboursement permettant de mettre les compteurs à zéro et de supprimer tout passif. Satisfaire c'est solder ses comptes et par conséquent satisfaire autrui. Le caractère actif a peu à peu cédé la place à la formulation passive être satisfait, telle que nous la connaissons aujourd'hui. La satisfaction du gestionnaire ou du prêteur recouvrant ce qui lui est dû a d'abord une dimension exclusivement comptable et objective, mathématique. Cette signification a glissé dans le champ de la psychologie comme une tendance à la jouissance subjective liée à l'accomplissement de ce que l'on désire. Or, ce glissement est problématique car il engage le sujet dans son rapport au désir et dans son rapport au réel.

La satisfaction est ce qui se fait entièrement, sans reste, sans résidu, sans déchet, une expérience de lumière sans sa part d'ombre ou d'obscurité. Et c'est bien là le problème. La satisfaction est-elle seulement possible ? Peut-elle s'inscrire dans les bornes du réel ? Ne serait-elle pas le signe de l'activité désirante voire délirante de l'homme, incapable d'intégrer dans son déploiement fantasmatique, les exigences de la réalité ?

Lorsqu' Epicure fait du plaisir, le commencement et la fin de la vie heureuse, il sait la nature des désirs et le risque potentiel de l'exagération qu'ils font courir à la santé de l'âme. C'est pourquoi le sage de Samos développe la nécessité d'un calcul des désirs et de leurs effets dans le réel. Il s'agit d'en rabattre sur le désir d'être satisfait. La satisfaction s'accommode fort bien du désir d'immortalité, de protection et de jouissance sans contrepartie. Elle entretient la souffrance de l'homme se heurtant à l'impossible. Elle favorise la crainte et la frustration face à une réalité qui déçoit tôt ou tard et qui emporte tout sur son passage comme un fleuve tempétueux. Quand Spinoza définit le désir comme étant l'essence de l'homme, il sait que celui-ci est à ce point envahissant qu'il fait peser sur la trajectoire humaine le risque des passions tristes et du ressentiment. Telle est l'illusion de l'homme en quête de satisfaction porté par un désir insatiable, par une brutale instabilité interne qui cherche à le ramener dans l'oeuf, dans l'expérience primordiale et syncrétique du nouveau-né, celle de la non dualité ou de la fusion primitive. La satisfaction est régressive et archaique, elle est le refus de penser le réel sous la catégorie de l'objet, jeté devant soi et qui par conséquent n'est pas soi. Elle investit le monde comme prolongement de soi-même dans le rejet de l'altérité. Le satisfaction doit faire fusionner le sujet avec les objets visés tel l'enfant habité par cette excitation frénétique devant la multitude de ses cadeaux de Noël, croyant quelques instants à la possibilité d'être comblé, puis, une fois les objets découverts, se lamentant de ce qu'ils ne peuvent "jouer" leur rôle. "Dis Papa, c'est quand le prochain Noël ?"

"Il vaut mieux changer ses désirs plutôt que l'ordre du monde" disait Descartes dans une formulation toute stoïcienne. Changer ses désirs, pourquoi ? C'est que les sagesses ont en commun le fait de subordonner l'homme à un principe, de le relier à des éléments qui le dépassent et l'englobent, qui lui font prendre la mesure de sa dimension réelle. Pour les grecs, le référent est la Nature (Physis). La nature nous enseigne l'impermanence, la fugitivité et la fragilité du vivant. Par conséquent, elle délivre l'homme de son désir vorace de possession et d'appropriation. A défaut d'être satisfait, l'homme doit trouver et cultiver le contentement, l'amour et le plaisir du peu dans la totalité de la nature. A l'amour destructeur et dévorant de la passion et de l'insatisfaction chronique nous opposerons le contentement de l'amour comme faculté de se réjouir. Tel est l'enseignement de Spinoza. Se réjouir n'est pas l'espoir d'une vaine satisfaction mais l'affirmation d'un plaisir conscient de ce qui l'engage au présent dans sa relation avec l'autre ou avec la nature. Le contentement accepte la part d'infidélité au coeur de toute relation. Il ne réduit pas le désir à une seule polarité, exubérante et dévastatrice. Il suppose une mise en pespective de toute situation dans un monde multipolaire, diversifié et irréductible. Le contentement est cette vigilance centrée du sage qui trouve dans la dérivation et l'inattendu la force ultime de la joie.

Au désir sans contrepartie de la satisfaction nous opposerons l'exercice de la raison et le calcul éclairé des conséquences du désir sur nos vies. Tel est en partie l'enseignement d'Epicure qui rappelle que certaines souffrances sont préférables par leurs effets à certains plaisirs destructeurs. Pour approfondir la méditation du sage de Samos, je vous invite à la lecture de Philo-poiétique qui redéveloppe avec beaucoup de clarté les principes de cette sagesse. Etre content, c'est toujours être relativement content. Joie passagère qui accepte la perte et qui cueille le jour sans refuser la nuit.

"Je n'attendais rien

Je n'ai rien eu

Je suis content." ( Démocrite, 1993)

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02 juillet 2007

Les verts du Tournaisis

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Les verts du Tournaisis, Démocrite, 1 juillet 2007

Croissance végétale sur les hauteurs relatives de la vieille cité de Tournai.

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