27 septembre 2007
Ceci n'est pas un arbre
Ceci n'est pas un arbre, Auvergne, Août 2007, Démocrite
Merci à Babou pour la référence à Magritte.
L'intégration, le biberon et la couche-culotte
Aujourd'hui, j'assiste pour la première fois à la journée d'intégration des étudiants de première, deuxième et même troisième (!) année dans mon établissement. La journée, dite d'intégration, a pour objectif, comme son nom l'indique, de créer un sentiment d'appartenance, une relation solidaire entre les étudiants afin de favoriser le déroulement de l'année et de permettre à chacun et chacune de trouver sa place. Chaque classe choisit pour l'occasion un thème de déguisement car l'intégration sous-entend apparemment la nécessité du masque et du travestissement. Quand le premier groupe fit son apparition sur la thématique du ... nourrisson, je restai ébaubis. Voici que surgissent des étudiantes (19, 20 et 21 ans tout de même) emmaillotées dans des couches culottes grand format, le mot intégration inscrit sur la partie charnue de leur protection postérieure comme pour se défendre du ridicule de la situation, tétine dans la bouche et biberon dans la main, zinzinulant sur un mode hystérique, des vocalises à percer les tympans les plus résistants ! La grande régression put commencer sur des airs de Jordy. Les autres groupes choisirent le thème des super-héros (cat-women et autres capt'ain Flam) ou des anges et démons pour se déhancher bruyamment sous le regard quasi indifférent des profs tenus de "veiller" au bon déroulement de cette aimable journée.
Le ridicule ne tient pas à la seule régression massive de ces étudiants cherchant à se défouler en échappant quelque peu à l'institution et aux enjeux de l'année qui s'annoncent, mais davantage à la présence des profs devant encadrer ce spectacle puéril et grotesque - profs- renvoyés malgré eux à d'étranges fonctions. Fausse fête pour nous qui sommes là, dedans, contraints d'assurer ce nouveau rôle de surveillant d'un centre pour la petite enfance, mais qui restons en réalité dehors, c'est-à-dire "hors-jeu", nous qui sommes, en fait, les vrais dindons de la farce. Ridicules, nous l'étions au milieu des histrions, de ces danses mal improvisées et des grimaces, de ces cohortes infantiles hurlant dans un espace devenu crèche collective.
L'intégration ne fut pas du goût de tous les participants ; l'un d'entre eux devait, en effet, être évacué en ambulance suite à une crise d'angoisse exprimée sous la forme d'une brutale tachycardie. Le malheureux, manifestement désintégré, trouva, à sa façon, un moyen habile d'échapper au risque parfois dévastateur de la régression collective.
Dans ce journal et dans quelques anciens soliloques, j'avais déjà pointé ces nouvelles tendances de l'éducation nationale à faire la promotion des activités péri-éducatives, de ces ambiances type Maison des Jeunes et de la Culture (sic) qui sont censées assurer le bonheur des élèves toujours plus au centre d'un système dont on ne sait plus ce qu'il vise ni ce qu'il est. Tout le monde ou presque s'en accommode à commencer par nos étudiants qui ont manifestement pris la chose très au sérieux (si j'ose dire).
Ce qui, à cette occasion, me frappe est ce besoin de la nouvelle génération de procéder à une "initiation" couvée, couverte, close, sorte de triste fête sous le contrôle permanent des professeurs et de l'institution. Car enfin, pour les enterrements de vie de garçon, les festivités ont toujours lieu loin de la future épouse, hors des impératifs mortifères et étroits de la vie maritale. On sait ce qui attend le futur mari, on sait la pesanteur du réel ; raison de plus pour festoyer ailleurs, raison de plus de s'écarter de son rôle et de sortir, ne serait-ce que pour pouvoir revenir et supporter le principe de réalité, soutenir le poids de la relation fidèle. Nos étudiant(e)s ne s'écartent pas, ils (elles) jouent le scénario de l'enfance prépubère, celle du pipi-caca ou des transactions inconscientes adressées aux parents. "Moman" de liberté dans l'enclos du gymnase ! Ils (et elles) nous renvoient à des fonctions parentales que le contexte scolaire entretient et justifie de plus en plus. Ils nous attribuent de surcroît, le rôle très inventif (!) de jury et d'évaluateur. C'est qu'il a fallu noter et classer les prestations de nos bisounours, de nos poupards enjoués à la manière d'une star-académy version enfance prélangagière. Et dans ce curieux mic-mac la nécessaire intégration reconstruit finalement, sous les oripeaux de la couche-culotte, toute la réalité scolaire et ses hiérarchies normatives et figées.
La suite, je l'ignore, je me suis enfui avant la fin des festivités et le classement terminal pour une sieste réparatrice et régressive !
23 septembre 2007
Début d'année : le souci de soi
L'autre jour, j'ai tenté d'exposer modestement ce qui peut se passer dans la tête des profs confrontés à la réalité de la rentrée. Non pas qu'il s'agissait pour moi de décrire tristement ou sur un mode dramatique cette expérience particulière mais de penser et d'informer quelque peu sur l'objectivité relative d'une situation hors du commun que l'on n'est rarement en mesure d'apprécier quand on n'exerce pas cette étrange fonction. Pas de sentimentalisme donc et certainement pas une évocation subjective de ce moment singulier sur le mode d'un apitoiement .
Si mon expérience rencontre, bien sûr, ce que j'ai évoqué plus haut, elle ne m'emporte nullement dans des territoires horrifiques ou dans une anxiété sans retour. J'en profite pour rassurer ici Olgaf en la remerciant car le courage ne manque nullement. Il faut dire que je me sens plutôt gâté ; par ma discipline d'enseignement d'abord qui constitue malgré tous les stéréotypes qui la caricaturent, une radicale nouveauté pour des élèves formatés depuis toujours ; et par une certaine aisance personnelle et une confiance (relative et parfois précaire) en mes propres dispositions et capacités quant à la mise en oeuvre de cette pratique particulière qu'est la philosophie.
Je sais depuis le début de ma carrière que l'enseignement de la philosophie ne vaut dans les murs de l'école que par sa propension à produire des arrêts, des détours, des errances voire des chocs. Il y a urgence à s'arrêter sur les évidences apprises. Il y a urgence à questionner cette situation spécifique de l'enseignement, du rapport au maître et au savoir, de la relation que tout homme entretient avec l'autorité ; autorité des contenus, autorité des symboles, autorité des rôles et des fonctions, autorité des règles et des lois (trop souvent confondues !) mais aussi autorité consacrée de la vérité ! Il faut revenir là-dessus et méditer longuement la route tracée depuis toujours dans les esprits par l'imposture d'élève qui n'ose devenir auteur par crainte d'être puni ou humilié, qui n'ose se confronter aux penseurs, aux mathématiciens, physiciens et tous ces personnages "icônisés" de la grande culture. Ici, vous avez le droit de ne pas être d'accord, de ne pas comprendre et de dire non ! Vos désaccords sont non seulement acceptables mais ils sont aussi souhaités. Nous serons d'autant plus libres que nous serons exigeants."
La philosophie peut débuter avec cette question : que faites-vous là ? Qu'est-ce qui vous amène ici et que cherchez-vous ? Mais aussi, qu'êtes-vous en mesure de penser, non pas de répéter stupidement, non pas de faire le coq en exposant une théorie, mais plutôt dans quelle mesure êtes-vous capable de vous risquer dans l'épreuve du doute, de l'incertitude et de l'ignorance ? "On mesure la force d'un esprit à la dose de vérité qu'il serait capable de supporter" disait Nietzsche. Etes-vous capable de dire "je" ? Telle est la première exigence à laquelle ils sont conviés, l'exigence de l'auteur qui signe sa copie, exigence de celui qui refuse autant qu'il est possible, la mise sous tutelle de son propre entendement ! Telle est déjà la dose redoutable de vérité qu'ils doivent sentir et progressivement concevoir lors de nos rencontres. Non une vérité du discours ou de la pensée mais la vérité affirmative d'une posture, existentielle qui ne triche pas avec elle-même et ne se contente plus du "on", voilà donc l'enjeu !
Questions de la déroute faciles à dire pour celui qui veut créer cet électrochoc sans lequel rien ne se passe. Facile à dire car je mesure pour moi-même l'extraordinaire difficulté d'inscrire un "je" qui ne soit celui de l'autre, celui de l'immense convention qui nous conditionne tous et nous précède dans l'acte de langage. Il y a là une légère ou une lourde imposture à regarder l'élève en lui proposant peut-être pour la première fois de son histoire scolaire, un pacte de singularité ; non pas un pacte de subjectivité car le "je" ici suggéré n'est pas celui de l'affectivité brute ou des passions brûlantes ; mais un "je" capable de détour et investi du désir de comprendre et d'abandonner la molle posture du "on". Un "je soucieux de vérité et d'exigence objective, soucieux de changer de plan et de perspective, de se railler gentiment, dans la critique construite, de ce "moi haïssable" dont parle Pascal. Mais après tout, l'imposture est toujours une manière d'être-là, une façon de se poster au milieu d'un réel indéchiffrable et anonyme. Il faut bien être quelque part, alors essayons d'occuper cet espace dignement, avec la secrète possibilité de faire naître une nouvelle combinaison, de faire germer dans les esprits ce décalage qui fait l'intelligence et la vitalité de la pensée.
L'obsession des élèves, en début d'année, est toujours liée à ce travail de la déroute qu'impose l'acte philosophique. Elle se manifeste sous la forme d'une crainte de la disparition dans le langage et de l'angoisse du risque. Puis-je dire ce que je pense ? S'agit-il d'être neutre ? Et si le correcteur (c'est-à-dire vous Monsieur !) n'est pas d'accord avec mon opinion, vais-je me faire recaler ? Crispations de ce moi qui s'imagine être au centre du débat, être la cause de la philosophie. Le premier choc vient de cette "castration narcissique", sorte de radicale débandade qui défait l'opinion creuse, le préjugé et la croyance collective pour la recherche d'une pensée qui passe par le détour de l'universel. Je leur lance : "Je me moque de ce vous croyez, ça ne m'intéresse pas ! " Il ne s'agit plus de dire ce que je crois (ce que j'ai intériorisé du discours des autres), donc ce qu'on croit, mais ce que je pense, ce que nous pouvons penser. De la croyance à la pensée, de l'opinion vers l'idée, de l'affectivité vers la construction d'une objectivité, tels sont nos buts et nos ambitions ! Ce que tu crois ne pèse pas, en revanche ce sur quoi repose cette croyance peut devenir et même doit devenir un objet et pour cela doit être dévoilé, débusqué et si possible déraciné. L'entreprise philosophique, c'est de la déconstruction, parfois du dépeçage ! Les résistances sont et seront fortes. Certains suivront, d'autres feront marche arrière, mais pressentiront davantage la forme du voile qui habite leur regard et teinte leur vision. Le temps fera peut-être le reste, c'est-à-dire l'expérience du réel. C'est là aussi toute l'incertitude de notre enseignement car nous ne savons pas ce qui circule entre nous. Il est si difficile de prendre la mesure de l'impact philosophique.
Quant à la neutralité, je les invite à réfléchir : qu'est-ce qu'un pays neutre ? Qu'est-ce que le neutre ? Neutralisation de la pensée, de sa propre pensée, renoncement devant l'épreuve, refus de l'implication, la neutralité n'a pas sa place ici ! Convertissez la neutralité en objectivité, élaborez ces objets dont vous pourrez vous servir dans l'existence et qu'on appelle des concepts. Ces concepts sont des outils. Votre boîte à outils doit se constituer pour ne pas vous traconter trop d'histoires sur les épreuves de la vie. Votre boîte à outils n'attend pas car "il n'est jamais ni trop tôt ni trop tard pour philosopher, il n'est jamais ni trop tôt ni trop tard pour s'occuper de la santé de l'âme" (Epicure). Ne tardez plus, ayez le souci de vous-même !
A suivre.
19 septembre 2007
Le nouveau visage du pouvoir : l'obscénité de la chair
Depuis l'élection du nouveau président, le pouvoir a changé de forme. Faut-il, comme le suggère Régis Debray, parler désormais d'obscénité démocratique dans cette volonté contamment affichée d'occuper le devant de la scène, de jouer tous les rôles politiques possibles (chef de gouvernement, ministre de l'intérieur, des affaires étrangères, de l'éducation nationale, chef des nombreuses commissions nommées hors de l'espace parlementaire, protecteur des victimes, avocat des parties civiles et procureur, défenseur du grand patronat et de la ménagère...) ? De cette surmédiatisation et de cette co-présence à l'événement naît l'idée que la fonction présidentielle est devenue celle d'un super-journaliste centrée pour ne pas dire omnicentrée sur l'actualité et devant réagir sans délai. C'est ce que le fondateur de la médiologie laissait entendre l'autre soir dans l'émission nocturne de France 3 consacrée à la question toute philosophique : "Qu'est-ce qu'un chef ?" Ce rapport à l'actualité témoigne à travers cette hyperactivité pour ne pas dire cette surexcitation présidentielle, d'une sorte de compulsion psychique qui ressemble fort à une angoisse de la disparition contre laquelle le président semble se défendre et dont la conséquence chronique s'incarne dans le désir d'être partout à la fois, dans le visible et l'invisible, sur le terrain comme dans les médias, saturés par son image et par son "vouloir récurrent et lancinant".
Ce n'est pas que le profil psychique de l'homme m'intéresse, par contre, il y a de quoi s'interroger sur l'évolution du pouvoir politique et ses nouvelles manifestations. Ce nouveau chef cultivant l'immédiateté à tout prix fait exister un nouveau visage du politique, visage à ce point incarné dans ses traits personnels que l'institution présidentielle en deviendrait presque secondaire voire désuète. La chair s'empare du symbole pour le dissoudre dans la volonté frénétique de l'homme. Etrange cette prédonimance de la chair pour un homme dont la racine la désigne étymologiquement (Sarx, sarkos, la chair en grec) et qui doit incessamment se montrer en propulsant cette vitalité organique à tout prix aux yeux et aux oreilles de tous ! La chair parle à la chair, elle séduit par son intentionnalité telle cette part obscure de l'homme désirant, avide de pouvoir et de maîtrise sur toute chose. Le corps de l'homme politique est désormais un atout, un support, le site, totalement impensable il y a seulement 20 ans, de la mise en scène de la chair au profit du politique et de son image. Sarkozi fait son jogging, joue au tennis, se baigne avec ses lunettes de soleil, bronze sur une plage américaine, se fait liffter ses bourrelets par les photographes de Paris-Match, la chair de l'homme est "icônisée" pour incarner l'homme moyen, l'ordinaire et la banalité. "Je ne suis pas un intellectuel" déclare-t-il tout sourire. Il pourrait dire : "Voyez, je suis comme vous, le président qui préside, c'est celui qui a un corps, des désirs et des tentations, il aime la même chose que vous, le luxe, la réussite, les amis (riches), l'argent, le travail, la rentabilité, l'efficacité et la sécurité et la reconnaissance." Sa force est son ordinaire, son incroyable banalité, cette image qui fait de sa chair, la chair de tous, la chair d'un peuple d'individus à laquelle il renvoie indiscutablement et qui rend possible une identification immédiate et acéphale.
Il y a là quelque chose qui n'est pas sans importance. D'ordinaire, dans la conception républicaine du pouvoir, c'est l'institution qui assure la pérennité et l'autorité de la fonction grâce à son caractère séparé et médiatisant. Le Peuple comme catégorie politique transcende la masse des individus privés dans l'émergence de la citoyenneté. Ne se réduisant jamais à la collection d'intérêts privés, la République est née de la construction d'une autorité définie comme pouvoir rationnel selon la typologie de Max Wéber et plus seulement issue de la seule tradition ou du charisme de l'homme. L'autorité républicaine suppose une rupture avec la sensibilité privée, avec la seule émotion brute et la sphère désirante de l'individu. On comprendra pourquoi, le président n'a jamais été un copain, un compagnon ou (à tort ou à raison) un citoyen comme les autres. Chirac qui aimait serrer des mains s'est toujours réfugié derrière le statut du président, fuyant autant que faire se peut la fracture sociale qu'il devait réduire. Le pouvoir politique né de la Révolution s'est constitué sur le recul de l'individualité stricte et de ses penchants auto-centrés. Or, avec Sarkozi, c'est la chair qui fait autorité, l'immédiateté de ses désirs, de ses sourires complices et de ses vacances de milliardaire. Une nouvelle figure de l'autorité, une nouvelle catégorie est peut-être en train de naître sous nos yeux. La force qui émane d'une image construite par d'autres, d'un discours réactif compatissant à l'égard de certaines catégories noyés dans la surcharge et la débauche de moyens médiatiques à sa solde, puise sa persuasion et son efficace dans une sorte d'effet miroir. Sarkozi, c'est le petit français qui a réussi, qui a levé tous les obstacles, surmonté toutes les guerres fratricides, fait fortune en usant de ses multiples relations. Il est l'homme qui inscrit sa propre possibilité dans le reél mais un réel constamment mis en scène, surexploité, rendu obscène par le jeu médiatique qui l'accompagne et le sert sur le mode d'un misérable psittacisme.
Son autorité est dans une certaine incarnation de l'esprit français, cet esprit réactif et si souvent réactionnaire qui aime la réactivité de la loi face au fait divers, son durcissement spontané sans discussion, sans débat contradictoire, histoire de coller à la réalité populaire et de ne jamais la perdre de vue. Pas le temps pour la pensée et l'intelligence de détour quand on fait du pragmatisme une valeur. Tout doit aller vite ! La vitesse est l'auxiliaire de ce nouveau pouvoir panoptique, multipolaire et partout déployé. Pouvoir à ce point présent qu'il en devient insaisissable de mobilité et d'empressement. Je comprend cette sorte de panique qui doit aujourd'hui habiter les militants syndicaux, les associatifs, les juristes et constitutionalistes et tous ceux qui restent attachés à une certaine éthique de la loi et du monde du travail. Les messages gouvernementaux arrivent par milliers, les décrets passés silencieusement pendant la période estivale, détruisant 150 ans de droit du travail avec l'incroyable complicité des journalistes, dévoilent peu à peu leur nauséabonde toxicité. Le discours de la méthode a laissé la place au discours de la réforme dont certains syndicats acceptent d'emblée le principe pourvu que formellement les discussion soient sauves. Mais déjà, derrière la mise en scène charnelle du pouvoir se profilent de terrifiants sarcoptes (1) prêts à ronger les résistances des corps intermédiaires ; des sarcomes (2) envahissants infectent l'idée républicaine telle une plaie sournoise et rampante. Le nouveau visage du politique ne serait-il pas cette obsession de la chair, maladie de la chair : la sarkohiddose (3) ?
(1) sarcopte : acarien, parasite de l'homme, qui creuse des galeries sous la peau.
(2) sarcome : Tumeur maligne qui se développe aux dépens du tissu conjonctif
(3) sarkohiddose : maladie musculo-squelettique évolutive
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18 septembre 2007
Steppes !
Steppes ! Auvergne, Août 2007, Démocrite
13 septembre 2007
Le prix de la rentrée
Reprise du journal d'un prof de philo :
La rentrée est toujours un événement majeur dans la vie d'un professeur. Il a beau avoir une longue expérience, une pratique rodée, se profilent à cette occasion le risque majeur et décisif d'une rencontre ratée, avortée, d'une mise en route catastrophique, d'un départ qui tourne au vinaigre. C'est qu'il ne s'agit pas de manquer son entrée car les premières minutes sont essentielles et peuvent déterminer le climat et les conditions d'une année entière. Ce risque, tous, nous l'anticipons, nous le pressentons. Il se traduit par l'angoisse ou le visage crispé que tous les collègues cherchent plus ou moins à dissimuler avant le moment fatidique. Certains sont dans un état d'extrême concentration, d'autres jouent la fausse décontraction, d'autres encore font comme s'ils avaient eu cours la veille, comme si les vacances d'été n'avaient pas eu lieu. Mais tous, quelle que soit leur manière singulière d'envisager la chose sont travaillés par une sourde appréhension.
Seuls les professeurs savent ce qui est véritablement en jeu dans ces rendez-vous étrangement décidés par le grand-Autre c'est-à-dire l'administration et l'Etat. Car soyons clairs, ce rendez-vous, le professeur ne l'a pas pris, les élèves non plus. Rendez-vous conçus, construits et planifiés par d'autres, nous avons rendez-vous mais nous ne nous sommes pas choisis et nous n'avons pas pris rendez-vous comme je me plais à le dire à mes élèves en ce début d'année. Curieuse, cette rencontre qui ne dépend guère du désir des uns et des autres et dont la structure formelle s'impose autant aux professionnels qu'à ceux qui viennent à l'école en ayant trop souvent le sentiment de la subir. Le professeur sait ou sent plus ou moins confusément que cette rencontre avec une classe et des élèves repose sur un artifice institutionnel, sur un jeu de rôles dans lequel il faut se glisser pour en adopter le scénario et faire la partie attendue, pour ne pas dire exigée (contraintes du programme, évaluations, punitions, cours, motivations etc.). .
L'instant même de la rencontre témoigne de la fragilité de l'humain. Le professeur fait face à trente visages qui ne se privent pas de le dévisager, de l'ausculter, d'évaluer sa gestuelle, ses mimiques, la tonalité de sa voix, sa présence, son degré de conviction, son autorité potentielle, sa force d'âme, sa compétence et sa fermeté. Ce face à face premier est toujours inédit, imprévisible, radicalement neuf et insolite. Tout semble possible, une extrême liberté pointe, la rencontre sera ce que nous en ferons mais aussi ce que toute la classe en fera. Chaque adulte sent que ces élèves ne sont pas que des fonctions, que des matricules ; leur puissance est-elle assoupie, leur corps est-il assagi ? Pourquoi sont-ils seulement venus à ce rendez-vous ? Pourquoi acceptent-ils la somme de contraintes considérables que le système scolaire leur inflige ? Leur énergie groupale pourrait sans difficulté se retourner contre le représentant de cette institution, pourrait refuser d'obéir et même dans un acte de violence collective ou de rébellion sauvage passer le prof par la fenêtre. Que peut son corps contre la puissance physique et psychique de trente personnes ? Ils pourraient aussi le nier, ne pas le regarder, le mépriser dans un rictus ostensible et moqueur, user d'une totale ironie pour le défaire et le ramener à sa maigre condition d'homme, organiquement faible, le vider de ses accoutrements institutionnels. L'adulte, représentant de l'institution, compte sur le pouvoir magique de cette force invisible et souterraine qui circule entre nous et nous situe dans nos rôles respectifs. Le pouvoir de la fonction nous précède, il nous habilite à entrer en scène mais ne nous épargne en rien l'essentielle implication qui rendra le rendez-vous supportable ou catastrophique.
Difficile pour quelqu'un d'exterieur de se représenter l'intensité de pareille situation et son caractère potentiellement explosif. C'est que l'enseignant se trouve dans une position absolument unique. Son métier est le seul, à ma connaissance, qui consiste à le placer dans une pièce close avec 25, 30, 35 voire 40 personnes lui faisant face et qui n'ont pas nécessairement le désir d'être là (c'est le moins qu'on puisse dire), qui n'ont pas a priori de goût pour la discipline qu'il va enseigner, mais qu'il doit néanmoins contenir, encadrer et conduire vers la compréhension et la construction d'un savoir et qu'il doit évaluer de surcroît. Cette situation invraisemblable, sans témoin, sans soutien, sans auxiliaire, sans partage, se déployant dans la plus totale solitude, se répète au moins dix-huit fois dans la semaine. Car une fois entré en scène, il n'est plus possible de se dérober, de fuir, de ne pas voir ou de ne pas être vu, le prof est au centre mais un centre dont le coût psychique et nerveux reste incalculable tant la densité de ces moments est forte. C'est que la séquence devra durer 55 minutes. 55 minutes de joie, d'étonnements partagés ou de déroutes ; 55 minutes de possibilités toujours imprévisibles et inconnues ; 55 minutes d'un investissement sans précédent qui fait du professeur un acteur d'un genre très particulier, acteur dont la peau et la tête sont, à l'évidence, mises à prix. Et ce prix, ce sont toujours les élèves qui le fixent !
12 septembre 2007
Forteresse médiévale de Gand
Forteresse, Gand, 02 sept 2007, Démocrite
Les Flèches de Gand
Les flèches flamandes, Gand, Belgique, 02 sept 07, Démocrite
11 septembre 2007
Rouges nébulons
Rouges nébulons, Septentrion, 11 sept 07, Démocrite
Amis bonsoir ; l'astre majeur tombe dans l'ivresse d'un ardent crépuscule. Il fait doux, le septentrion profite de ces derniers rayons et du passage flamboyant de quelques nébulons nomades.
Et pour la nuit : "Celui qui connaît le Tao n'est pas savant ; celui qui est savant ne connaît pas le Tao." Lao Tseu
Sagesse de l'ignorance, ignorance de la sagesse, même vertu ?
Ceci est à moi !
Lac Chauvet, Auvergne, Août 2007, Démocrite
Une des particularités des sites auvergnats est qu'ils sont, pour la plupart, privés, tel le lac Chauvet d'origine volcanique. Les blandices parfois dénudées de ces lieux n'empêchent en rien d'étranges processus d'appropriation de ces territoires par des particuliers. Ainsi, en Auvergne, on peut s'acheter un volcan, un lac, des plateaux d'altitude ou des tourbières. Il y a là une bizarrerie que je m'explique difficilement. A qui ces braves gens ont-ils versé leur obole ? Car pour pouvoir acheter une terre, encore eut-il fallu qu'elle appartînt à quelqu'un. Mais à qui ? Certains se seraient-ils installés ici, comme dans le Discours sur l'origine de l'inégalité de Rousseau en s'écriant : "Ceci est à moi !" Ou bien l'Etat, propriétaire "naturel" des lieux aurait-il vendu les volcans d'Auvergne au plus offrant ? Existe-t-il un marché des lacs et des montagnes, des rivages et des cimes ? Car, moi, voyez-vous, j'achèterais bien le Canigou ou le Vieux Chaillol, le Mont Aiguille et le Cervin et pourquoi pas l'Everest ? Non trop haut, trop convoité, trop pollué par trop d'ambition.
J'imagine non sans étonnement la transmission de ces patrimoines : "Je cède à ma fille le Puy Pariou et à mon fils le lac Chauvet". Telles des divinités, des hommes se lèguent les puissances assoupies de la Terre, trois millions d'années de tellurisme transmis dans un acte notarié ! Je ne sais pourquoi, mais je me surprends à rêver d'éruptions féroces et de laves incandescantes, de tremblements de terre et de séismes.
Pour le moment, la belle menace est dans le ciel et ces rives millénaires que je parcours sans l'autorisation du "maître" des lieux, me procurent un sentiment d'éternité... les blandices parfois dénudées, disais-je plus haut.













