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D'un monde à l'autre, Hohenbourg, 28 décembre 07, Démocrite

          Hissé sur la grande voile du Hohenbourg, je découvre à travers la déchirure, le limbe de cette terre ensevelie sous les vapeurs crépusculaires. La tour elle-même a disparu. Me voilà flottant entre deux mondes, à la charnière d'une épopée terrestre et d'une autre, aérienne et solaire. Je n'ai plus de racine. Il me semble rêver et voguer, il me semble avoir changé d'époque et de sphère. Mes yeux embrasse un ciel d'or et mes pieds disparaissent sous les nuées. Le Hohenbourg livre ici le passage, d'un monde à l'autre.

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La marche des fantômes, Hohenbourg, 28 décembre 07, Démocrite

           Avec ce léger souffle du sud, les arbres se dressent et pourfendent dans leur immobilité, la couche. Le froid brisant de la ligne me fige ; la beauté du soir m'interdit toute descente. Je contemple le ciel et je remercie mon vieil ami de pierre, cette heureuse solitude de grès, pour ce qu'il m'offre au coeur de l'hiver, une sorte de hapax esthétique et glacial.

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Le fantôme de Wegelnbourg, Palatinat, depuis le Hohenbourg, Démocrite, 28 décembre 07

         En face, le rival, le germain se délivre à son tour de son enclume de gaz. D'anciennes légendes s'échappent de ses fières murailles. De vieux fantômes viennent compter les amours perdues et impossibles, d'Hedwige, fille de Hohenbourg et de Robert, fils de Wegelnbourg. Le père de la belle les surprit et frappa à mort le jeune homme. Depuis, au bord de la fontaine Maidebrunnen, les nénuphars pâlissent et se fânent précocement. Seule persiste, lors des étés les plus chauds, une touffe de myosotis, l'herbe des amoureux.

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Socle, Hohenbourg, Démocrite, 28 décembre 07

           La dispersion des brumes me rappelle au monde d'en-bas. Le soleil vagabond et furtif s'éclipse à l'occident. Les arbres reprennent leur place. Il me faut plonger, tel un oiseau marin, dans la mer fumante et les caprices de l'obscurité naissante.

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Déclin de l'origine, Hohenbourg, Démocrite, 28 décembre 2007

            Les veines du Hohenbourg coulent dans mon pas depuis plus de trente ans. Sa carnation de pierre et sa puissance déchue m'animent toujours. J'aime cette ruine suspendue, sa vitalité fortifiée creusée dans le roc, siégeant par delà nos volontés. Son rythme lent est celui d'une sagesse assoupie peuplée de fantômes aimables et déroutants.

Je suis devenu l'un de ces fantômes, il y a trente deux ans. Ce jour-là, le soleil courait haut dans le vaste ciel d'été ; ce jour-là, je gravisssais pour la première fois les pentes du Hohenbourg avec ma grand-mère, et c'était en chantant que nous les dévalions.

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Le Hohenbourg, Reconstitution

 

Les Fantômes du Hohenbourg

                                           à ma Grand-Mère d'Alsace.