CLINAMEN : le blog de Démocrite

Journal d'un prof de philo, philosophie, carnet de déroute, photos, soliloques : expression et partage d'une singularité, à un atome d'écart.

28 janvier 2009

De la grève d'un jour comme pacification sociale

Demain 29 janvier a lieu en France une grève interprofessionnelle et unitaire contre la politique du gouvernement et l'attitude cynique du chef de l'Etat qui "entend mais poursuit les réformes". On pourrait se réjouir de l'annonce d'une mobilisation de grande ampleur et d'une prise de conscience de la déroute dans laquelle nous sommes aujourd'hui, déroute du politique, concentration bonapartiste du pouvoir, "monocratie" pour parler comme Badinter, déroute du capitalisme dans son ensemble, appauvrissement généralisé des populations, accroissement incontrôlé des inégalités, destruction programmée de l'éducation nationale et des services publics en général, lamination du code du travail, surveillance des personnalités critiques, des individus dans des fichiers multiples etc. Bref, le bilan est flatteur pour celui qui comptait remettre la France au travail et qui considère désormais que "quand il y a une grève en France, plus personne ne s'en aperçoit."

Cette dernière phrase pourrait choquer et sans doute choque-t-elle les syndicalistes remontés prêts à en découdre. Mais Il y a là sans doute une vérité politique indiscutable : ne plus s'apercevoir de la grève c'est d'abord l'ignorer politiquement et la considérer comme un non-fait social, comme un inapparaître. Cela n'est pas faux. La grève est devenu le moyen de dire "je ne suis pas d'accord !, je conteste cette politique". Mais que vaut un désaccord dans une démocratie qui a voté à la majorité pour l'homme du libéralisme et du travail aliéné ? Où se trouve la légitimité politique ? Dans la rue ou à l'Elysée ? La réponse est claire. Le politique gouverne et remplit son contrat sous une forme qui vide la démocratie de son contenu. Et si on peut ici ou là s'en émouvoir, on s'en accommode dans une résignation collective. Le chef décide et tout le monde s'exécute, le Parlement entérine, les députés acquiescent et l'opposition gesticule dans ses contradictions chroniques, critiquant les modalités mais jamais le système corrompu et délabré du capitalisme mondial fondé sur l'illusion catastrophique d'une croissance infinie.

Que signifie dans ces conditions une grève et que veut-elle ? S'il s'agit de se plaindre, pourquoi pas, mais payer une journée de salaire pour se plaindre, c'est cher payer dans le contexte que l'on sait. S'agit-il pour les syndicats de compter comme d'habitude leur troupe ? Je le crains. Ou la grève vise la paralysie du système pour la création d'un ordre nouveau avec des orientations politiques nouvelles ou elle est, une fois de plus, une petite crise collective, jouant le rôle d'un exutoire afin "de vider son sac" pour se faire entendre. La belle affaire ! Si la grève n'est pas un outil politique alors la grève n'existe pas ! Et c'est bien le sens de la formule présidentielle. La grève n'existe plus parce que les syndicats ont peur de la grève, de la mobilisation sociale, du décalage politique, de la résistance populaire, des dérapages. Faire la grève oui mais sans rien changer, au fond. Car sommes-nous seulement prêts à aller au fond ? Sommes-nous prêts comme nos ainés à lutter et pas seulement à vociférer dans un cortège pendant deux heures ? Nous l'avons vu avec les retraites ! Le syndicalisme a reculé là où les travailleurs attendaient le signal d'une grève générale illimitée, signal qui n'est jamais venu. Et tout le monde est rentré dans le rang, la queue basse !

La grève vidée de son contenu politique est devenue une simple parole d'opposition, sorte de Parlement de la rue qui crie son désaccord un jour et retourne travailler le lendemain. La grève est la misère de la plainte et même l'outil indispensable pour supporter les méfaits du capitalisme et ses injustices. On défile et on attend la réponse gouvernementale. Défiler sans défier, défiler sans défi, défiler pour montrer qu'on est solidaire des victimes de l'injustice, qu'on est soi-même victime d'un système qui a besoin de sa grève sporadique pour être maintenu dans l'état. Tel est le sens caché de la formule présidentielle, formule décidément et dramatiquement pleine de vérité. Le chef de l'Etat a déjà répondu. "Les réformes se poursuivent !" On ne saurait être plus clair ! Plus personne n'a peur de la grève !

La grève d'un jour ne serait-elle le signe de la disqualification du syndicalisme plus préoccupé par le maintien de son existence objective dans et grâce à la plainte des travailleurs que par la lutte et la défense réelle des droits incarnées dans un rapport de force ? La grève d'un jour ne serait-elle pas cette entreprise de pacification sociale, de normalisation syndicalement encadrée ? S'il est aisé de se plaindre, il est plus difficile d'agir.

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25 janvier 2009

Entre ciel et mer

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Depuis le Pic d'Escurets (1440 m), Béarn

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L'église de Lescun en vallée d'Aspe

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24 janvier 2009

Déphilosopher

« Pouvez-vous seulement comprendre que philosopher authentiquement c’est désapprendre la philosophie ! »

Voilà l’insupportable leçon du philosophe appliqué. Vous avez cru et vous croyez toujours en la vérité, en ce réalisme de la valeur qui s’incarne dans l’Idée , dans toutes les formes de l’idéal, de l’éducation à la politique, de la science à la religion, de la métaphysique à la communication, du progrès et des choses sacrées. Vous vous êtes imaginés que le philosophe renseignerait la vérité, lui attribuerait un contenu constitutif et objectif comme on remplit un flacon qui préexiste à son breuvage, comme on résout un problème géométrique par la démonstration. Vous avez cru qu’il donnerait à ce monde de bassesses et de vanités « un ordre élevé », « une dignité », que son programme « éthique » participerait d’une voie à suivre sous l’autorité d’une raison cardinale, fondatrice des petites et grandes vertus. N’est-ce pas là le signe premier de la pathologie, non pas l’idée qui n’en est que le symptôme mais la motivation cachée et néanmoins bruyante qui désanime la pensée en la rigidifiant sur l’autel des ridicules idoles de l’humain ? 

La maladie première de l’homme, son appétit morbide de fixités et de normes pour la conduite d’une vie cadavérique et aseptisée est l’affirmation d’un idéal. L’idéal est l’envers de la vie, sa triste fossilisation dans l’esprit. L’homme de la certitude est bourré d’arrière-pensées et d’éléments nécrosés. Il croit en la vérité comme en la vie parce qu’il est tout entier absorbé par l’angoisse du devenir, par l’insécurité convertie en sécurité.  Sa posture est l’imposture dédoublée dans le besoin toujours continué de sens et de direction. La vérité importe peu ! Que voulez-vous donc sauver ? De quoi avez-vous donc peur ? 

Il m’est impossible de ne pas pressentir sous le nom de  « philosophe » le plus minuscule de nos affabulateurs, le plus réservé de nos intrigants, ce produit social qui couvre et recouvre l’urgent besoin d’être soutenu dans et grâce à la sphère des Idées, ces idées qui ne manquent jamais de produire le bruit nécessaire à l’oubli, à la paralysie de la pensée "heureusement" et dramatiquement saturée. La société a besoin de philosophes, comme on a besoin d'anxiolytiques et de caches-misère. Ils sont les productions savantes de l'imaginaire inquiet, d'une conscience qui, tout en se saisissant elle-même, s'arrache à la vie et devient "idée". Mais sont surtout convoqués sur la grande scène publique, les idéologues majeurs, ceux qui ne se satisfont pas du bruit mineur de la philosophie suspectée sous cape de rationalité obsolète. Ceux-là aiment le vacarme, le hurlement des micros et des caméras ! Ils ajoutent à la cacophonie de l'existence leur normopathie discursive et leurs mots d'ordre. Tous ceux-là sont les pauvres d'esprit de la philosophie. Ils n'échappent pourtant pas à son projet, la grande fabrique de l'ordre au milieu du chaos ! Ils vivent et s'émeuvent dans le même monde, ces économistes de l'improbable, ces politiques de la décadence et du travail aliéné, ces financiers de la croissance stérile, ces fascinés de la pétrification et ces philosophes de la raison salvatrice ! 

Philosopher ne sauve pas et abandonne l’existence à son ultime condition. « Dé-philosopher » devrais-je dire, défaire, dérouter, dériver, délivrer, délier ! Celui qui accepte cette dé-saisie, celui-là déphilosophera en vérité contre l’imposture de la vérité ! Il fera taire le philosophe comme le tonnerre recouvre tous les discours en frappant l’esprit de surdité. Soyez sourds mes Frères ! Cessez d’entendre pour retrouver cette mélodie élémentaire de la dé-raison enveloppée dans les puissances du réel.  Clinamen - de natura rerum !

Voilà ce qu’est vivre en vérité ; c’est sentir le poids du corps tourné vers l’abîme, entre le feu et l’air, le vent et la tempête, la santé et la maladie qui ne sont qu’une seule et même chose. La seule vérité de l’existence est sa tension idiosyncratique entre les deux pôles du vivre et du mourir. Cette tension est œuvre ou désoeuvrement, œuvre ruinée, désoeuvrée et déjà moribonde, oeuvre magnifiée dans son impermanence même, oeuvre sublime et défaite tout à la fois, entièrement affirmée jusque dans sa capitulation ! Voilà ce qu'est vivre en vérité - déphilosopher- un trait de création provisoire et flamboyant dans les ténèbres du cosmos ! 

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Depuis le Pic Canaourouye

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Epreuve de glace, 2341 m

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23 janvier 2009

Océanique

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Pic d'Escurets, 1440 m, janvier 2009

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22 janvier 2009

Autre climat ? Autre élève ?

Le professeur que je suis découvre depuis la rentrée 2008 une nouvelle région, un nouveau climat mais aussi un nouvel établissement, de nouveaux élèves, de nouveaux collègues etc. Beaucoup de changements a priori surtout quand on effectue, comme je viens de le faire, une traversée du grand-nord français vers le méridion occidental, entendons par là, le sud-ouest et le Béarn pour être plus précis.

Avant de jouir de cette mutation, je me suis souvent posé la question suivante : les élèves de ce grand sud sont-ils différents ? Ont-ils d'autres représentations, d'autres moeurs, d'autres rapports au savoir, à l'école, aux enjeux du monde du travail et plus largement à l'existence ? Après tout, Montesqieu a bien écrit une théorie des climats dans laquelle il pose que le comportement, la sensibilité, les représentations et les modes de réaction des hommes sont, en partie, façonnés par les météores et plus sensiblement par le climat qui participe à la circulation des humeurs dans l'organisme. Aussi pouvait-il écrire sans rire "qu'il faut écorcher du moscovite pour lui donner du sentiment" tant le froid a figé l'émotion et le ressenti dans un corps adapté aux rigueurs du dehors. A d'autres climats, d'autres moeurs, pourrait-on dire avec l'auteur de l'Esprit des lois. Et il faut bien dire que le climat béarnais n'a rien à voir avec la rigueur septentrionale. La douceur du méridion occidental n'est pas une légende ; le printemps, pour ne pas dire l'été, peut intervenir à tout moment au coeur d'un hiver qui invite à vivre dehors et à épouser la lumière quasi-aragonaise.

Je ne cache pas que c'était avec un peu d'espoir que j'abordai cette nouvelle année scolaire, l'espoir d'une pensée décalée peut-être par l'accent de sa formulation si charmant et musical, mais aussi par la  présence visible d'une nature radicale et puissante, de ces montagnes pyrénéennes qui tissent un horizon d'épreuves, de ressources et de vitalités, de beautés verticales et sombres, de mystères et de recoins. Tant d'aventures pour le corps, l'oeil et les mains, pour les poumons, les jambes et l'énergie vitale, tant de possibles qui doivent nécessairement produire leurs effets sur l'esprit des jeunes béarnais dans une invitation à la conquête de soi et du réel. La montagne est l'expérience initiatique par excellence, cela ne peut que germer dans des esprits en quête de certitudes ou de compréhension. Oui, mais à la condition qu'une telle nature ne soit pas qu'un décor, qu'un lieu de consommation, qu'un ensemble de stations vendant de la neige et du vertige dans des autoroutes pour skieurs en mal d'émotion ! Mais revenons !

Après plusieurs mois de pratique philosophique, je suis à même de répondre à ma question initiale. Force est de constater que les représentations des élèves sont bien partout et toujours les mêmes : les mêmes préjugés, les mêmes stéréotypes, les mêmes fixations scolaires, la même histoire avec des rapports au monde étonnemment identiques. L'exercice philosophique se répète sur le terreau commun de la pensée molle et dramatiquement soumise aux autorités mal situées, mal positionnées. L'école semble donc partout la même et partout produire les mêmes effets anomiques que j'ai analysés auparavant. Même école certes, mais aussi même télé, mêmes émissions abrutissantes, mêmes modèles de réussite et d'échec, même intériorisation des valeurs de la consommation et du travail. Bref, il y a bien une société avec la force de ses représentations nationales, de ses influences, le pouvoir de ses images mentales et de ses icones.

Si mes élèves sont fort sympathiques - mais là n'est pas la question - ils sont trop nombreux à sembler souffrir d'une grave inertie, d'une sorte de dépression collective qui les condamne à prendre, sous la dictée, les notes du maître-dominus. Même intériorisation donc que les élèves du septentrion. Bien sûr, certains échappent à la maladie scolaire, ceux qui ont été triés, regroupés dans un même faisceau d'énergie tendu vers la réussite. Pour ceux-là ( une terminale scientifique), la philosophie est une aubaine, une incroyable chance, une possibilité d'invention dans la routine de la scolarité, une authentique mise à l'épreuve de la pensée dans l'expérience difficile du doute. Des classes comme celle-là, on n'en a pas beaucoup dans sa carrière, mais elles sont l'exception qui confirme la règle, règle qui pose d'ailleurs ou a posé qu'il fallait regrouper "les meilleurs" pour maintenir la possibilité d'une élite. Cela n'est en rien nouveau et confirme tout ce que j'ai déjà dit. Les processus scolaires sont partout les mêmes, mêmes déterminismes et mêmes extinctions quand on se trouve dans le cas général.

Montesquieu aurait-il eu tort ? Mais c'est oublier que notre juriste philosophe est aussi le penseur de la séparation des pouvoirs et de leur équilibre mutuel. Or, s'il est bien un lieu où les pouvoirs s'exercent sans distinction juridique (c'est le même qui forme et qui note ; qui constate un problème et qui punit), c'est bien l'école. Et sur ce point, il ne fait aucun doute que la violence institutionnelle est identique au nord, au sud, à l'est et à l'ouest

Je retrouve par delà cette réflexion, ce vieux sujet de philosophie qu'on donne parfois aux élèves : la philosophie est -elle en guerre contre les préjugés ?  Telle est la posture du professeur de philosophie : être au front, à la lutte, confrontation et mobilisation non pas à travers la posture du guerrier habilité à détruire, mais plutôt à travers l'interrogation et le doute que le professeur pose dans un acte symbolique qui invite à la déconstruction. Déconstruction des stéréotypes, analyse critique des enjeux que les élèves (en principe soucieux de leur élévation) peuvent être à même de formuler librement dans un temps et un espace consacrés à cette tâche. Pas de fin pour les préjugés, tout est à refaire chaque année et le Béarn n'échappe pas non plus à la règle. Le professeur découvre l'immensité et le caractère dérisoire de son activité dans un océan de confusion. Mais qu'importe, si les élèves, dans leur représentation, sont globalement les mêmes, c'est que les préjugés sont puissants, c'est donc que la philosophie est nécessaire ! Au moins, puis-je avoir le sentiment de l'utilité de ma fonction et sur ce point, il ne fait aucun doute que la signification du métier change avec les années, ce qui est d'ailleurs tout à fait stimulant. Mais cela fera l'objet d'une autre reflexion ici-même. A suivre. 

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21 janvier 2009

Passant

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18 janvier 2009

Communiquer émotionnellement, une robinsonade ?

Alors que je viens d'assister au premier café-philo de Pau autour du sujet suivant : (la communication doit-elle être émotionnelle ?), j'avoue volontiers être surpris par les contenus développés à l'occasion de cette soirée. Si la communication apparaît telle une évidence par le fait que nous exprimons soit des idées, soit des sentiments, ou par le fait qu'il existe une "communication de masse" sur le terrain politique, il  semble acquis et incontestable qu'elle possède un contenu positif, c'est-à-dire réel. Rien n'est moins sûr.

J'ai déjà, sur Clinamen, souligné l'impasse communicationnelle prise dans le piège de la représentation individuelle et collective. Alors, n'y allons pas par quatre chemins : et si la "communication" était cette croyance selon laquelle il serait magiquement possible de briser la sphère de l'individualité, de rompre l'isolement dans lequel le sujet humain se trouve précisément à travers l'expérience toujours unique de ses propres émotions ? Que la communication soit reliée par devoir ou par nécessité à l'émotion me laisse penser qu'on doute précisément de son effectivité, de sa réalisation puisque toute émotion procède d'une "façon d'être-au-monde qui fonde l'altérité absolue d'autrui et la terrible incapacité de sentir réellement et de savoir, en vérité, ce qu'il éprouve. Sur le terrain de l'idée, on doute déjà de l'authentique rencontre et de la modification opérée par un message. Les structures psychiques sont à ce points fortement ancrées que la lente élaboration et intériorisation d'une idée se produit bien au-delà de la communication et du rapport direct à autrui. Nous avons déjà abordé ici la question du langage comme "régime de la dépossession" et l'impossibilité fondamentale de l'homme de se saisir lui -même dans un acte introspectif ou par une opération de verbalisation. Mais sur le terrain de l'émotion, les choses semblent être apparemment plus faciles dans la mesure où une émotion est forte, incontrôlable, puissante et parfois destructrice. L'émotion séduit et inquiète ; elle paraît nous toucher immanquablement mais assure-t-elle pour autant une commnication ?

"Nous sommes toujours seul dans notre douleur" écrit Gaston Berger. Que puis-je savoir de la colère d'autrui, de son amour, de l'intensité et de la résonance de son impression ? Son émotion lui appartient, et quand bien même je le côtoie et l'entoure, quand bien même il me parle, ne suis-je pas condamné à demeurer hors de son sentiment, de sa singularité subjective, de ce qui fait qu'il la vit de cette manière à lui qui n'est jamais objectivable ni transmissible. On le voit, c'est tout le problème de la solitude existentielle qui se pose, solitude existentielle que l'idée bien confortable d'une "communication " vient briser dans la sphère réconfortante de la mise en commun. Je ne suis plus seul puisque nous communiquons, je peux partager. Telle est l'illusion de la transmission magique ! Tel est le délire nécessaire qui permet à l'homme de soutenir son existence dans l'hypothèse rassurante qu'il existe un territoire psychique commun (idées, émotion, sentiment, sensation). Qu'on relise le Robinson de Tournier, privé des autres, il communiquera certes, pour ne pas mourir ; il communiquera avec ses propres personnages, tous les Robinsons auxquels il attribue un rôle, une fonction sociale, une définition. Robinson survit, mais il survit grâce à son délire paranoïaque qui lui permet de supporter son effroyable condition, c'est-à-dire sa solitude absolue. Ce qui est plus difficile à concevoir, c'est que nous sommes peut-être tous Robinson, des insularités subjectives, des naufragés de l'existence ayant à affronter la mort et le tragique de la vie. On comprendra pourquoi la croyance en une communication, même émotionnelle, ressemble fort à un remède hallucinatoire, histoire de briser la tragédie.

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Vers le Pic des Tourelles

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Rescapés ?

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Les orgues de Camplong, depuis le pic des Tourelles (2038 m)

Posté par Democrite à 20:44 - Singularités optiques - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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