Voici un extrait de la réponse (avec quelques légers arrangements) faite au dernier commentaire de Tchoumi (Verticalité de la marche)et qui me permet de préciser l'importance de la marche en montagne, une marche "verticale", véritable mode actif au plus près de l'insignifiance du réel.

Je tiens à la "verticalité" de la marche (mais une verticalité sans au-delà ni transcendance) car celle-ci contraint le corps à l'effort, à l'épreuve de la gravité donc de la terre. La montagne invite au dessaisissement, à la démesure, à la transpiration et au transfert énergétique. L'épreuve secoue la pensée et provoque les résistances. Voilà ce qui doit être surmonté pour que vivent la sensation et le sentiment le plus brut de cette présence ou de cette im-posture essentielle qui est nôtre. Je crains que la marche horizontale ne se transforme en méditations solitaires à la manière de Rousseau, devisant et discutant avec lui-même au point de perdre de vue les déséquilibres du pas. Ce risque n'est pas qu'anecdotique. L'aphasie est active et ne se contente pas de l'oubli ou de l'égarement dans des pensées vagabondes facilitées par des chemins qui en imposeraient peu à l'organisme. Différence de degrés et non de nature entre une marche horizontale et une marche verticale, mais une très petite différence au départ, dans les conditions initiales, peut produire des effets démultipliés et imprévisibles. L'aventure du clinamen est de ce côté-là.