Je ne sais pas ce qu’est une femme. J’ignore tout autant ce qu’est un homme. Je sais en revanche ce qu’est une « bonne-femme » et je dois reconnaître que les quelques articles rédigés sur le blog du philosophe sans qualités par mon Camarade Frédéric Schiffter évoquant cette espèce largement répandue, n’est pas sans me parler depuis longtemps.

         La "bonne-femme" existe, je l’ai rencontrée trop souvent et pour tout dire, il suffit d’ouvrir les yeux pour  la voir partout exhibée. Elle n’est pas une affaire de genre, d’identité sexuelle, ou de féminité. C'est un type commun dont la structure est agencée selon un certain rapport de forces.  La "bonne-femme" est l’incarnation de la force réactive qui s’exprime par un usage grégaire de la rancune, de la bêtise et par un attachement viscéral à la figure du grand Autre qu’elle vénère d’autant plus qu’elle la hait secrètement. La rencontre dont elle rêve clandestinement est une guerre masquée, une entreprise de dépeçage et de castration, bientôt un charnier dont la seule raison consiste à s’emparer de l’organe immatériel, le phallus, symbole d’une puissance hallucinée dont elle se croit privée et qu’elle veut conquérir tout en pratiquant assidûment la flagornerie.

        La "bonne-femme" a la stratégie subreptice et la couardise pour moteur. Sa victime c’est d'abord l’homme ou la femme en passe d'être victime de la même hallucination mais faisant usage de la douceur, de la patience, d’un amour inconditionnel et d’autant plus sot qu’il renforce la hargne souterraine de la prédatrice veule. Très vite, le piège se referme. 

         Combien sont-ils ceux et celles qui ont succombé au pouvoir exorbitant des "bonnes-femmes" ? Combien se laissent posséder par ces gorgones acéphales ? C’est stupéfiant ! Que celles-ci s’attachent à humilier, à détruire à petit feu leur entourage immédiat, qu’elles s’empressent de nier leur prochain, qu’elles l’intoxiquent jusqu’au malaise vagal ou au cancer, qu’elle l’incitent à un suicide lent, qu’elles  soient systématiquement hostiles aux amitiés privées ou antérieures de leur con-joint, qu’elles ne tolèrent aucun désir d’ailleurs, rétives à toute aventure, les "bonnes-femmes" ont toujours leur bonne conscience pour elles et l’approbation collective en renfort. Il faut dire qu’elles se chargent avec minutie du bien des autres tout en prenant soin de le dissoudre et de le fondre dans l’empire qu’elles s’imaginent édifier. La "bonne-femme" investit autant d’énergie dans la conquête et la destruction de l’altérité qu’elle est faible et même ridiculement stérile sur le terrain esthétique. Elle vit dans l’obsession du grégarisme qui encourage son unique possibilité de jouissance.

        Sur un certain plan, une "bonne-femme" est d’abord une idéaliste, une pratiquante assidue de l’ontologie, convaincue qu’il existe des êtres, des essences, des idées, des valeurs, des formes supérieures auxquelles elle est toute prête à sacrifier pour satisfaire le magma désenchanté de ses pulsions réactives. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle elle pullule socialement. Elle est l’incarnation d’un régime pulsionnel d’autant plus réactif et crétin qu’il paraît garantir l’ordre social et la stabilité. Notons que l’idée ou l’essence n’a guère besoin de faire ici l’objet d’une élaboration conceptuelle ou d’une métaphysique. De cela, en règle générale, elle est incapable. La "bonne-femme" a investi massivement le champ des sciences humaines mais aussi et surtout le terrain éducatif, l’école, lieu dans lequel elle peut sévir avec délectation. Rien de pire, de veule et d’ignoble qu’une "bonne-femme" prof. Et nombreuses, elles le sont à jouir d’une position faussement maternante dans les salles de cours, à exercer leur impéritie sur des esprits malléables et prêts à succomber au syndrome.

         En ce sens, la "bonne-femme" est un phénomène viral et dramatiquement contagieux. C’est pourquoi, on la trouve partout : dans les coulisses du pouvoir, dans les lycées, les maternelles, les universités, les clubs de journalistes, les basses-cours politiques, dans les associations de défense des parents, des victimes de la route, du mariage et des empostures sociales  etc. Bref, la volaille se reproduit très vite et les poulaillers sont de plus en plus nombreux. Elle croît et se multiplie aussi vite que les objets de consommation dont elle raffole et qui lui donnent le sentiment d’exister objectivement.

      La "bonne-femme" est une excroissance de la pathologie collective, une réaction parfaitement aboutie de la bêtise et du ressentiment dont l’humain est capable. J’en ai connu beaucoup qui, s’acoquinant avec un membre actif de la harde, ont perdu leur âme et ont sombré dans les affres de la soumission à l’idole.

     Etrange transaction relevant d’une économie psychique dont les soubassements restent obscurs. Aurions-nous seulement oublié que l’économie est d’abord domestique, qu’elle est née d’une "bonne-femme" dont la seule ambition est de tenir les cordons de la bourse ? Et quand les bourses chutent, les "bonnes-femmes" s’agitent en tout sens et jouissent assurément en poussant des petits cris affolés.