Qu'est-ce que la fidélité ? Une somme d'infidélités surmontées.      

      La seule fidélité qui mérite d'être vécue n'est-elle pas celle qui se réclame de la plus haute, de la plus difficile, de la plus grandiose infidélité ?  Qui regardera en face ses incalculables trahisons, ses minuscules et innombrables tentations, ses fantasmes et ses déviances les plus saugrenus, ses impératifs catégoriques calcinés par les désirs les plus inavouables ? Il y a là, dans la froide et lucide reconnaissance du mouvement de sa propre intériorité, les signes évidents d'une vérité supérieure parce que scandaleusement inaperçue et pourtant si proche de la dynamique vitale. Il y a là une attitude autrement digne de considération que celle qui se complait dans l'hypocrisie de la fidélité affirmée et de la morale commune ! 

      Certains esprits, rares, s'en emparent et cultivent en esthètes la belle infidélité, faisant du jeu la subtile danse de la rencontre. Le jeu est le secret et la vie se joue de nous à tout moment et plus encore dans nos certitudes, nos engagements et nos promesses. Dans l'infidélité surgit une musicalité singulière avec ses arythmies, ses dissonances, ses silences et ses écueils.

     Magie de l'écart, de la distanciation, de la séparation, de la séduction pour l'ailleurs. Facéties du clinamen et de la plus inattendue des possibilités.

     Se perdre, se tromper pour se retrouver comme étranger à soi-même, à l'autre, à l'humanité entière et devoir apprivoiser cette nouvelle étrangeté, cette énigme et la perdre à nouveau inlassablement, moi qui ne cesse d'être infidèle à ce que je suis. 

       Le Dérouté fait signe vers la Danse du libre, vers la créativité qui rend toute pensée infidèle et tout devoir caduc. Ayant déchiré le voile de l'emposture, devenir une fois pour toutes, fidèle à l'infidélité !