Merci à notre Ami vénérable Karlfontaine de nous avoir envoyé cette docte fable.

 

L'Homme est une curieuse engeance :

Terriblement intelligent,

Mais inapte à voir l'évidence.

La fantaisie de cette gent

Ne trouve point ailleurs d'équivalent

Chez nos amis les quadrupèdes.

Aucun animal jamais ne se dépossède

De tous ses biens en dévastant son territoire.

C'est ce que va conter cette petite histoire :

 

Un pêcheur, engourdi par un vent boréal

Et repoussé fort loin du village natal,

Découvrit au détour d'un cap misanthropique,

En un lieu retranché, une superbe crique :

Un sable pur, nul vent ;

De grands pins d'Italie pleins d'élans tutélaires

Obombraient congrûment

Une grève profane, aux embruns salutaires ;

De fins effluves de santal

S'alliaient à l'arôme floral.

Ce lieu était placé sous les meilleurs auspices :

La baie fut en poissons généreuse matrice ;

Il vécut ainsi quelques mois.

Mais bientôt l'ennui le gagna.

« Il me faudrait sans doute à ce lagon prescrire

Quelque aménagement afin qu'il soit la mire

De quelque gens. Je puis, avec raison,

Construire là un port, ici force maisons.

Ma fortune est faite ! Mais avant toute chose,

Une voie vers un proche village s'impose ! »

Il pria finement quelques voisins bonards

De terrasser le long du précipice

Jusqu'au  lagon un sentier adventice...

Vain serait le récit des autres avatars !

Notre pêcheur, devenu maire,

Agit en docte gestionnaire ;

Car la rumeur d'un petit coin de paradis

En ce pays agreste enflamme les esprits.

Il lui faut contenir une cohue nouvelle,

Satisfaire aux caprices, aux jolies demoiselles,

Car chacun, achetant, suit son envie :

En un mois on détruit, on dévalise

Ce que Nature en siècles catalyse ;

Plus guère de poissons, ni parfums délicats,

Ce dont nul ne semblait faire grand cas.

 

Quant à notre bonhomme,

Quelque dépense inopportune

Lui fit connaître un revers de fortune.

Il rembarqua un beau matin d'automne,

Quand, engourdi par un méchant mistral...

 

Ma fable, je le vois, n'est pas très commerciale...

D'ailleurs, est-ce une fable, ou un prodrome ?

Pour beaucoup, notre fin perdra tout son arôme.

Allons ! Osons ! Et relevons le gant !

Développement, progrès ne sont que mots

Pour receler de l'homme un des pires défauts :

 Comme je hais l' esprit de conquête !

« Moins mais mieux » n'est pas un slogan :

C'est une noble quête.