Péninsule du Néo-Mexique

 

      Me voici donc revenu du Néo-Mexique (cliquer pour voir les images) !

     J'aime bien cette destination qui concentre quelques paradoxes : des hardes de touristes en quête de bronzage et d'horizontalité bavarde se massent sur les plages saturées de la côte méridionale tandis qu'à quelques lieues de là, une nature préservée, radicale invite à la solitude, au retrait, à l'immersion dans quelques calas isolées de la péninsule. D'immenses falaises plongent sans bruit dans une mer étale, aux mille reflets, alors qu'à l'autre bout de cette terre, sur des espaces rongés de mondanités estivales, des foules excitées coassent de concert en consommant.

Falaises du Néo-Mexique

        Les langues se croisent et se heurtent : catalan, castillan, allemand, anglais, russe, chinois font une fanfare cosmopolite qui ne s'arrête jamais, un tohu-bohu bruyant et animé ; pendant ce temps, sous les flots bleus d'une eau à 28°, le silence des profondeurs ramène l'esprit à la vérité crue de la nature prédatrice, peuplée de poissons de toutes les couleurs qui dansent et s'immobilisent, qui semblent méditer sous un rocher, sans tricher, sans faux semblant. Ici, même la cruelle sélection naturelle paraît suspendue, dissoute par la torpeur d'une mer "tropicalisée" sous un soleil rageur.

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       Et puis, il y a les villages perdus de la cordillère, quelque part entre mer et montagne, des maisons roussies par la chaleur cuisante de l'été, des auberges improbables où on vous sert les plats Néo-Mexicains typiques qui vous conduisent avec béatitude vers une sieste longue et inspirée sous l'olivier centenaire ou le chêne vert. La brise de mer monte toujours vers les quinze heures, et tournoyant, enveloppe délicatement le corps en lui assurant une digestion légère et un repos assuré.

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       Enfin, le Néo-Mexique, c'est le lieu des retraites désirées, là où l'authentique, le vrai philosophe se perd pour se ressourcer, loin des réputations, de la montre et des convoitises. Vient l'heure de la rencontre, aussi improbable qu'espérée, avec un être cher, de raison et d'esprit, qui a tant contribué à l'initiation philosophique, à l'éducation au réel, à la conscience des doubles imaginaires, à la joie tragique du présent auteur. Dans cette contrée solaire et reculée où la réalité a le bon goût de tourner sur elle-même, nous partageâmes, en amitié, un Gin Tonic rafraichissant et roboratif avec l'excellent Clément Rosset. Notre conversation, entre cuisine et séjour miniature, fut pour le moins étrange, aussi jubilatoire "qu'idiote" (au sens rossetien du terme), aussi insignifiante qu'il est possible. Ce fut, pour le dire autrement, une délicieuse conversation de philosophes en retraite.

Rencontre au Néo-Mexique