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         Le droit à l'information a laissé place au devoir d'être informé. En quelques minutes, il devenu impératif de voir, de savoir, de reconnaître l'abjection, de la prendre magiquement en charge dans un deuil national auquel il est impossible d'échapper. Quelques heures après une attaque en pleine ville, une minute de silence est décrétée et s'impose à tous les établissements scolaires de France. Des enfants de 6 ans, 8 ans, 11 ans sont sommés de penser aux victimes d'une agression à l'explosif, au terrorisme, et de voir partout autour d'eux, des adultes qui, dans ce contexte de crise institutionnalisée, se trouvent dans l'affectation, la douleur ou l'effroi.

        Peut-on seulement échapper au caractère toxique de l'information ou pour le dire autrement, comment la psychè peut-elle faire face au déferlement d'images et aux affects qui envahissent les écrans et les radios tout en constatant dans le même temps sa totale impuissance ? Il y a là un enjeu éducatif majeur autour d'un paradoxe : celui du caractère désormais perméable de l'école et de sa réactivité instantanée à des événements sociaux ou politiques alors même que les lieux d'éducation sont de plus en plus fermés pendant les jours de cours. Paradoxe d'une institution qui s'isole physiquement dans les villes et qui laisse entrer dans ses murs toute la fureur du monde.

       De même, le journalisme est plus que jamais en prise avec un autre paradoxe, celui d'une actualité sans temporalité journalistique, sans médiation. Le "direct" est l'injonction médiatico-démiurgique suprême comme si il était possible de lever le voile obscur de la vérité, de la regarder en face, de se l'approprier sans distance. 

        Dans pareilles circonstances, l'esprit fait ce qu'il peut pour s'adapter mais il est à craindre qu'aux séquelles terribles vécues par les victimes directes des attentats s'ajoutent de multiples séquelles imaginaires qui n'auront pas fini d'empoisonner les représentations de tous, et de susciter, comme on l'entend déjà, d'inquiétantes réactions hystériques ou paranoïaques.