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         Il y a quelque chose de particulièrement pathétique à mettre en scène un homme seul, séparé du reste de ses contemporains par sa charge de grand prêtre, de magicien omnipotent, de monarque plus ou moins bienveillant et de le confronter à des citoyens censés représenter des enjeux collectifs, afin de lui demander des comptes. Cette exhibition est terrible et presque perverse tant elle révèle l'irréductible gouffre qui sépare la réalité sociale de l'exercice politique. Voilà le Prince sommé de répondre aux jeunes, aux retraités, aux grands patrons, aux petits patrons, aux pauvres, aux déshérités, aux socialistes, aux libéraux, aux ouvriers, aux chômeurs, pourquoi pas aux terroristes, aux musulmans, aux financiers, lui, l'homme qu'on aurait voulu providentiel, responsable de tout et de tous, de l'univers entier, Zeus en personne !

        Hollande le Léviathan ? Allons bon ! Mais le pire ou le plus drôle, c'est qu'il a l'air d'y croire lui-même et que sa fonction lui donne la responsabilité entière du pays, du sort des 66 millions de français, de leur vie, de leur misère, de leur plainte, de leur insatisfaction et...de leur bonheur supposé. "Moi Président, j'ai voulu que... j'ai décidé que... j'ai fait en sorte que... etc. Quel est donc ce pouvoir illimité dont l'homme politique se croit affublé ? Qui est-il pour imaginer une seule seconde qu'il peut être tenu responsable du destin du pays à l'instar du paterfamilias de jadis ? Il ne fait que jouer le rôle d'acteur exigé, défini par un scénario constitutionnel devenu inadapté à la réalité sociale et par conséquent sénescent. 

         Comment ne pas s'apercevoir que sous le vernis présidentiel et le masque de plomb qui l'enserre, il y a un pantin à la logorrhée désarticulée qui ferait presque pitié, un type qui a tellement voulu dans son avidité de pouvoir se hisser à cette place qu'il se retrouve fait comme un rat devant ceux qui le rappellent à ses promesses trahies ? Ce spectacle est d'autant plus vil qu'il révèle comme jamais l'artifice de la situation, mettant à jour la pénible vérité au coeur des hiérarchies sociales et de nos institutions : un homme préside mais il est fondamentalement nu, désarmé, face à des individus qui ne croient plus depuis longtemps à la rhétorique politicienne, qui ont cessé d'adhérer aux énoncés performatifs. Nous sentons tous que le véritable pouvoir est ailleurs et certainement pas dans la parole du prince ! 

      La magie du monarchisme présidentiel a vécu même si subsistent des illuminés qui jouissent encore à l'idée de servir la figure aliénante d'un grand Autre dont la grandeur est évidemment hallucinée. Plus près du trône, on a besoin d'entretenir cette magie, de la répandre dans les masses. Là, gravite la caste des animaux de cour, des flagorneurs et des jobards, des conseillers qui prospèrent sur la déliquescence de nos institutions au service desquels travaillent l'immense majorité des journalistes et les économistes du système. Et puis, dans l'ombre, tapie, une autre caste n'est pas prête à lâcher le morceau car elle a besoin de ce pseudo-pouvoir pyramidal et unifié pour sous-traiter ses intérêts et négocier le plus avantageusement possible sa propre croissance en se donnant une légitimité : service contre service. C'est la puissante oligarchie des multinationales et des corrompus, les grands médias tenus par quelques-uns, la cohorte scrofuleuse des panaméens, des évadés fiscaux, la horde des politiciens cumulards, les potentats locaux garantis par ceux d'en-haut ! Tout ce beau monde sert à peu de choses près les mêmes intérêts après avoir infiltré à leur profit les institutions et les organes de décision. La cooptation est la règle, le renvoi d'ascenseur le cas général, le cumul indécent des indemnités défiscalisées et les postes de confort grassement subventionnés sont monnaie courante en échange d'un service rendu !

       Le roi est nu, définitivement nu mais il n'est pas encore mort. La cinquième république agonise avec ces hommes de pouvoir que le ridicule et la honte n'achèvent décidément pas. Et pour cause. Il faudrait pourtant en finir et initier une république nouvelle, soucieuse de démocratie réelle et citoyenne. Certains dans le paysage politique la proposent. Des mouvements surgissent d'en-bas qui nous rappellent à des formes d'insurrections porteuses de nouvelles pratiques. Cela suffira-t-il à envoyer à la casse toute cette basse-cour politicienne, cette aristocratie dégénérée qui nous rappellent douloureusement que nous n'en avons toujours pas fini avec l'Ancien Régime ?