Perspectives de ma tarrasse

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         Ecrasé par une somme indigeste de copies, j'éprouve le plus grand besoin de prendre l'air et de m'abandonner à cet horizon de perspectives pyrénéennes dont les masses coruscantes et partiellement enneigées vibrent à nouveau depuis ma terrasse. Je dois, pour l'heure, me contenter d'une immobile contemplation entre deux épreuves. Mais ce n'est pas rien et, me laissant aller de-ci de-là à quelques rêveries passagères, je m'imagine aisément courir dans les pentes fleuries, me hisser en vagabond au faîte d'une cime solitaire, respirer intensément l'air des hauteurs avant de pratiquer une sieste réparatrice non loin d'un lac aux rives tranquilles.

Castérau devant l'Ossau

        C'est d'ailleurs ce qui se produisit lors de mes dernières balades en compagnie d'une Sibylle toujours inspirée et avide de déployer sa vitalité sur des chemins de hasard. 

Sibylle au Listo

      "Je n'ai rencontré dans le cours de ma vie qu'une ou deux personnes qui comprissent l'art de Marcher, c'est-à-dire de faire une promenade - qui eussent, pour ainsi dire, le génie de la balade."  H.D. Thoreau (Marcher)

 

Jonquilles en Peyrelue

          Ce génie est une forme poétique de déraison lorsque le pas, libéré de sa gangue sociale et de ses funestes habitudes grégaires, se risque à la manière des vivants dans la réalité, c'est-à-dire hors du monde. 

Lac d'Estaens - Aspe sauvage

       "Il me faut des torrents, des rochers, des sapins, des bois noirs, des chemins raboteux à monter et à descendre, des précipices à mes côtés qui me fassent bien peur.[...] Tout cela dégage mon âme, me donne une plus grande audace de penser, me jette en quelque sorte dans l'immensité des êtres pour les combiner, les choisir, me les approprier à mon gré sans gêne et sans crainte." Rousseau (Les Confessions)

Pic d'Ayous et lacs éponymes

         La marche remet à l'évidence les choses dans l'ordre, dans le bon ordre. La pensée résiste dans un premier temps à la vigueur du pas, au régime énergétique imposé par la pente. Mais bientôt, elle reconnaît son maître et fait progressivement silence devant les puissances inaudibles du corps. Ici, sur les hauteurs d'Ayous s'affirme la vérité du corps-roi, la seule vérité qui importe pour l'homme vivant !

Fleurs à Estaens

        "Corps suis tout entier, et rien d'autre, et âme n'est qu'un mot pour quelque chose dans le corps. Derrière tes pensées et tes sentiments, mon Frère, se tient un puissant maître, un inconnu montreur de route - qui se nomme soi. En ton corps il habite, il est ton corps." Et plus loin, "Profond état d'inspiré. Tout conçu en chemin au cours de longues marches. Extrême élasticité et plénitude corporelle." (Nietzsche, Zarathoustra

Le pic de Ger

       Gagner un point haut et dégagé et soudain, sentir comme jamais, la force de la multiplicité, les infinies perspectives sur le réel. L'unité du monde éclate comme un ballon disloqué par sa pression interne. Sa cohérence, son Idée même se diluent dans la mobilité des formes allégées. En bas, la pesanteur des hommes affairés sature la plaine, écrase l'individu sous la charge théorique qui le condamne à la morne répétition de sa tâche.

         

Coulée

          La légèreté du marcheur se conquiert au plus près des cimes, dans le grand vent tourbillonnant, face à la diversité des choses qui n'obéissent à aucune loi. Alors, l'esprit comprend la valeur du "clinamen", la féconde déraison qui le porte, la puissance vitale qui le relie à la folie créatrice de la nature.

Ossau