Résultat de recherche d'images pour "intersubjectivité"

La difficile question de l'intersubjectivité articulée à l'enjeu de la vérité ne laisse pas de me préoccuper. Non pas la vérité comme savoir ou connaissance. Qui pourrait d'ailleurs prétendre la posséder sinon les dogmatiques et idéologues de toute farine ? Ma question est plutôt celle-ci : quelle possibilité de parole trouée et enrichie par l'ombre portée (comme en peinture) donnant à voir ce qui constitue la source véritable du dire de l'un et de l'autre ? L'intersubjectivité, sans cesse battue en brèche par nos masques et notre sensibilité trop souvent exacerbée, interroge la faille narcissique du sujet et son aptitude à se déterritorialiser psychiquement, à rencontrer l'autre sans confondre le dire et le dit, la parole et l'être.

Pouvons-nous nous extraire psychiquement du destin apparent de reconnaissance qui nous aliène à notre propre faille et que nous n'entendons ni ne voyons ? Sans ce travail du côté obscur de notre personnalité, il semble assez "clair" que l'altérité demeure niée et rabattue sur le seul terrain de l'utilitarisme relationnel.

C'est à cette possibilité de la parole partagée et de la rencontre sous l'aplomb de la vérité du non savoir -l'abîme, que se mesure la qualité de nos liens. Nous est-il possible de faire signe vers la multiplicité des perspectives et des ombres portées au devant de nous sans froisser définitivement l'image de soi ou celle de l'autre ? Il est à craindre que Lacan ait raison lorsqu'il sous-entend que les tendances paranoïdes sont au fond des éléments constitutifs de la personnalité, ce qui permet de mieux comprendre les réactions irritées de ceux qui ne tolèrent aucun désaccord, ni aucune expression contradictoire comme si leur intégrité psychique était en "jeu" dans un combat qu'il mène contre la part ombreuse d'eux-mêmes mais qu'il projettent sur les autres.

Tout comme la communication, l'intersubjectivité se heurte aux bordures invisibles du moi qui font "monde", quelles que soient les références théoriques et les valeurs supposées des uns et des autres, y compris chez ceux qui prétendent non sans quelques arrière-pensées que le monde est une fiction et le chaos la règle. Le monde se loge d'abord dans la circularité de la parole et dans les phénomènes de répétition, autant d'artefacts permettant d'éviter toute intrusion et de résister à l'invasion.