Panora Sesques arête de Gentiane_modifié-1

Avec le printemps, la végétation clame son insoumission devant le petitesse de l'homme confiné, contraint à la lenteur, sommé de voir en face les quatre murs qui font son ordinaire de "civilisé". Difficile de ne pas arpenter les cimes, de ne pas se perdre sur les plateaux aux fragrances d'infini ou de courir mains ouvertes sur des sentes interlopes, là où grouille une vie saine et indocile, là où souffle l'air sauvage de la Terre, là où l'homme libre se tient à distance de ce monde devenu fou !

Vol de Gypaètes



Etre empêché de toucher la neige printanière, d'humer les jonquilles ouvertes dans les estives, d'ouïr les ruisseaux cascadant le long des pentes est une infamie, une violence adressée à la vie, à l'intelligence et au bon sens.
D'aucuns s'imaginent que tous se contentent d'exister à leur façon, attroupés, bruyants, réduits au grégarisme et au contact rapproché dans un parisianisme qui ferait loi universelle avec ses métros bondés, ses boulevards saturés, ses officines prêtes à tout pour appâter le chaland, obsession urbaine du lucre.

 

Partage


Mais quoi ! Il existe des lieux d'heureuse solitude dont les témoins ancestraux se dressent vers le ciel - sapins tutélaires des Terres Inconnues, pointes granitiques d'Ansabère arrachant au ciel immense des nébulons égarés, cirque inhabité du Fond-de-Besse où se lève chaque matin, en majesté, la fragile gentiane au bleu stellaire. 

 

Pic d'Ansabère



Avec ce virus, l'homme mondialisé, avaricieux découvre l'ampleur des confinements ordinaires de son existence, du parasitisme dont son esprit fait preuve depuis ce temps où dans sa cécité de "sapiens", il a décrété qu'il devait "se rendre comme maître et possesseur de la nature". 
Voué à l'affairement stérilisant, à la production de l'inutile, à la vanité de ses marchandises, il se confine pour se soustraire à la sauvagerie d'une nature traumatisée, violentée par ses pratiques insensées. Ce retour du refoulé se paye au prix fort !
Dans l'hybris générale d'une humanité gagnée par la vitesse des échanges et leur caractère viral, nous voilà face à l'immobilité apparente d'une nature qui prend son temps et nous rappelle à la vérité du vivant.

Milan Royal Layens_modifié-1


Comment prendre soin de son prochain si on ne comprend pas que le prochain c'est aussi l'arbre et la fleur, la terre et l'insecte, le milan royal, l'isard et le loup, l'océan et cette eau douce qui tombe du ciel et ce nuage volcanique qui s'enflamme au couchant.

Barétous


C'est en poète qu'il faut vivre, en chat qu'il faut marcher, en ours qu'il faut humer, en arbre qu'il faut patienter et contempler le monde, en homme libre qu'il faut aimer la Terre.

 

Cascade ossaloise