13 décembre 2009
La joie du dés-espoir
Marcheur, tes pas sont autant de décolonisations, de déterritorialisation. Ton audace apparemment assurée n'est rien sans l'épreuve de la divinité qui t'enveloppe et te submerge de part en part. L'heureuse perforation de la brume abolit tout objet et te livre en pâture aux assauts tragiques de l'éphémère : en ces lieux, tu meurs et renais mille fois. A chaque expiration, à chaque prise d'air, tu te rapproches un peu plus des choses que rien ne contient. L'aurore commence avec la décomposition de l'idée et l'incinération de la pensée. C'est au crépuscule que la joie se fait jour, à l'heure où le temps s'effondre sur lui-même et qu'une parcelle d'éternité t'inflige la nécessité du retour. Alors, la misérable domesticité qui te porte te rappelle à ta condition et suscite en toi l'espoir de revenir vivant sur tes pas.
12 décembre 2009
Colonisation
Tapissé d' audace, le dessin de la vague est une provocation pour le monde vertical de la montagne. Les stries intempestives de la nappe frôlent la matière jusqu'à sa disparition provisoire. Tel est le voile de la représentation. Telle est l'ultime fixation et le point nodal de la pensée, ce mirage : recouvrir coûte que coûte le réel et l'amoindrir en l'inflitrant.
Jeu spectral
D'invraisemblables formes se dessinent, des spectres de vapeur dansent et fusent d'un versant à l'autre de ce col dérouté. Des courants contradictoires s'affrontent entre orient et occident. Seuls les arbres conservent leur enracinement et leur fixité végétale.
Ce ballet mouvant est l'insignifiance même du réel ; il se joue dans une musique aux accents mineurs qui abolit pour le méditant que je suis, toute tentation. Plus d'ange ni de démon, plus d'au-delà : seul compte ce qui a perdu toute valeur : le sublime passage d'un état à un autre, la métamorphose de la figure jusque dans son anéantissement.
15 novembre 2009
Le Jaüt et le vautour
Du Soum de Granquet, 1880 m
Je reviens des cimes pyrénéennes et du grand frais. J'ai contemplé cet après-midi, le vol imperturbable des vautours, j'ai marché sur des pentes raides, j'ai senti la mollesse de la neige d'automne, son tempérament précaire et audacieux ; je me suis hissé au faîte d'une montagne, seul. J'ai fraternisé avec les pics, les cimes et autres divinités calcaires qui déchiraient un ciel déjà crépusculaire. Il faisait froid mais c'était grand et beau ! La marche dans cette nature abrupte et sauvage me rend à la puissance de la vie, décuple l'énergie du corps, excite la sensibilité, stimule l'attention, invite au silence d'une aphasie réconciliatrice. La pensée se tait et la peau refait surface, réapparaît à la conscience comme surface inépuisable d'impressions que l'air et les éléments stimulent. En ces lieux de haute densité, je sais la vérité et cela fait ma joie.
08 novembre 2009
Okéanos
27 octobre 2009
Automne aragonais
Le Suerio et la Punta Corona (1942 m)
Eglise romane de Fanlo
Eglise de Fanlo (2)
Les flammes de l'Aragon et le Sestrale
Eglise de Badain
Dans le canyon de Niscle
26 octobre 2009
Ordesa - Monte Perdido
Canyon d'Ordea et la cascade de Cotatero
Mille mètres plus bas le Rio Arazas cascade dans un grondement qui s'élève jusqu'au ciel. Un mètre de plus et c'est la chute vertigineuse dans l'abime. C'est qu'il faudrait des ailes pour parader comme les vautours ou les grands corbeaux au-dessus des canyons roussis par l'automne tardif. L'immense chute de Cotatuero dévale les pentes de son cirque, grosse de la fonte des neiges qui recouvrent l'envers ibérique des murailles de Gavarnie.
Ma traversée du haut Aragon me transporte dans un sentiment d'une radicalité esthétique sans précédent. Ce vertige des hauteurs est une initiation à la condition élémentaire de terrien, les deux pieds sur la Terre Sacrée, en prise avec les forces les plus intenses de la nature.
Les lointains d'Aragon, Punta Diazas, 2249 m
Du pueyo Mondicieto, 2384 m, le canyon de Niscle
Canyon d'Arazas et cirque de Soaso
Cirque de Soaso et Mont Perdu
Je longe l'invraisemblable canyon d'Arazas. Je me pique régulièrement pour m'assurer que je ne rêve pas. Des vautours me lorgnent avec leur oeil perçant. Je sens le courant d'air dans leurs ailes. La-bas, le cirque de Soaso mène au refuge de Goriz et permet l'ascension du Monte Perdido (3355 m), le plus haut (sur l'image)et le troisième sommet des Pyrénées.
Il me faut parcourir les 10 km qui me séparent du col pour redescendre par "la senta de los cazadores" (chemin des chasseurs). L'immensité porte mon pas, la solitude est ma sublime compagne. J'expérimente la plus belle et la plus pure des vérités : l'immersion dans la grande nature !
Canyon d'Ordesa et la brèche de Roland
J'imagine le fracas du temps et l'incroyable travail de l'érosion pour creuser cette faille de 900 m de profondeur. La durée infinie de la nature est inscrite là, sous mes pas. De l'autre côté commence le monde des cimes blanches, le monde d'en haut avec la fenêtre vers la France : la fameuse brèche de Roland et le Taillon à sa gauche.
Colorado aragonais, Ordesa
Châteaux
La brèche de Roland
La cascade de Cotatuero
Ordesa au couchant depuis Torla
08 août 2009
Le sablier du temps : photo et texte de Max Lerouge
Ce rocher Kannesteinen étonnant se trouve sur la presqu 'île de Vagsoy, lat 62°00' long 5° 00' environ. Lorsque je l'ai découvert dans une brochure touristique généraliste de Norvège, il est devenu un de mes objectifs incontournables.
Son érosion est remarquable, la vision que j 'en livre n'est évidemment pas objective ( à cause du cadrage) mais n' a subi aucune intervention virtuelle.
Le temps fait si bien les choses...
Le Sablier du temps, Max Lerouge, Norvège, juillet 2009 ( oeuvre publiée avec l'autorisation de l'auteur)
22 juillet 2009
Dimension
Incroyable passage de cumulonimbus mamatus. L'avion donne ici la dimension du phénomène. De quoi vivre dans sa chair, sous la forme d'une commotion philosophique, d'un étonnement majeur, l'immensité de la nature et son intarissable énergie.










































