19 janvier 2008
Sagesse indienne
Photo de Edward S. Curtis (1868-1952)
"Nos moeurs sont différentes des vôtres. La rue de vos villes fait mal aux yeux de l'homme rouge. Mais peut-être est-ce parce que l'homme rouge est un sauvage et ne comprend pas.
Il n'y a pas d'endroit paisible dans les villes de l'homme blanc. Pas d'endroit pour entendre les feuilles se dérouler au printemps ou le froissement d'aile d'un insecte. Mais peut-être est-ce parce que je suis un sauvage et ne comprends pas.
Le vacarme semble seulement insulter les oreilles. Quel intérêt y a-t-il à vivre si l'homme ne peut entendre le cri solitaire de l'engoulevent ou les palabres des grenouilles autour d'un étang la nuit ? Je suis un homme rouge et je ne comprends pas.
L'indien préfère le son doux du vent s'élançant comme une flèche à la surface d'un lac, et l'odeur du vent lui-même, lavé par la pluie de midi, ou parfumé par le pin pignon.
L'air est précieux à l'homme rouge car toutes choses partagent le même souffle : la bête, l'arbre, l'homme, tous partagent le même souffle."
Chef Seattle (1786 - 1866)
21 juin 2007
Solstice, la danse du feu
Solstice, la danse du feu, Septentrion, 21 juin 2007
L'astre majeur est au plus haut dans le ciel, et déjà son ascension annonce une lente migration vers des terres australes. L'été est comme l'eau et le vent, on ne le possède pas ; il glisse sur la peau telle une onde fuyante. Sur les berges du lac, l'eau s'assoupit, l'oiseau s'endort et le ciel s'embrase.
"Oui, je sais bien d'où je viens !
Inassouvi, comme la flamme,
J'arde pour me consumer.
Ce que je tiens devient lumière,
Charbon ce que je délaisse :
Car je suis flamme assurément !"
Nietzsche (Le Gai savoir)
Solstice, la danse du feu II, Septentrion, 21 juin 2007
13 juin 2007
Causse
Le poing serré ne serre que du vide ; la main ouverte embrasse l’Univers entier (un moine bouddhiste)
Causse
I- Définition
Plateau calcaire presque stérile dans le centre et le sud de la France.
II- Le vent et la terre
Ici, rien ne rompt l’étrange facétie du vent. Ce souffle est obstiné, indomptable, il ressemble au pays, mistral et tramontane, bise et foehn, vent lunaire, vent solaire, vent d'orient et d'occident, il scuplte dans son incessant tourbillon le roc qui affleure et l'esprit de l'homme. Le causse est une invite à la rêverie poétique des hauteurs. Je pose les pieds sur le socle du monde et me sens herbe, mousse, menhir, fossile et minéral. Sa respiration calcaire vibre sous mes pas, son rythme fissuré, sa lande mobile et son chant discret m'envahissent jusqu'à la nuit qui vient toujours.
III- Résistances
Je ne suis pas un animal nocturne! Mon regard défie l’obscurité et préfère la crispation du poing serré. Ce poing me fait être! Il est la signature de ma présence, ma seule certitude, mon essence, ma lanterne, ma dernière balise! Je suis le fils des étoiles et je récuse cette parenté stellaire, réduisant par mon cri l’espace à des significations avariées. j’invoque les tentations urbaines, le mirage de la raison, car je suis, oui, je suis philosophe! Ne t’abandonne pas aux effluves solaires, aux improbable rives des tempêtes, au tumulte souterrain des atomes, au caprice de la dérivation ! Garde ce monde à tes pieds et postule l’être immuable comme principe! De cette maîtrise, tu jouiras! Voilà l’injonction majeure! Voila l’injonction ridicule.
IV - Noyade ?
Il suffit de lever la tête et de se perdre dans l’infini car le ciel est total, sans revers, sans cache, sans détour ; cette étrange transparence se livre à la posture souriante des mains ouvertes. Partout, la danse illuminée des étoiles fait surgir l’étrange question de l’origine. La rêverie métaphysique pénètre la pensée et fait peser sur le coeur humain le trait pointu et incisif de l’interpellation, le risque de l'intoxication. Je suis devenu ce causse, haché par des reflets sans fin, le pas hésitant devant l'abîme, risquant une féconde et métallique noyade au milieu de nullle part.
V- Nudité
La main s’ouvre, l'esprit se tait. Assis sur une comète, je chante toute la joie calcaire des grands causses. Enfin nu.
Août 2001, le causse Méjean - chaos de Nimes-le-vieux
24 mai 2007
Désir
Pour célébrer la nuit qui s'approche, voici la délicieuse Sappho :
Le désir est le serviteur de la rusée Aphrodite
Je t'en prie Abanthis, prends ta lyre et chante la belle Gongyla
Dont le désir t'obsède.
La vue de sa robe t'a excitée et moi je jouis, car
Aphrodite elle-même me blâme de l'implorer...
L'amour a ébranlé mon coeur, tel un vent de montagne
S'abattant sur les chênes.
L'amour à nouveau me trouble et me paralyse.
A la fois doux et amer, c'est un serpent invincible.
Tu es venue, et moi je te désirais. Tu as enflammé
Mon coeur qui se brûle de désir.
Puisse cette nuit compter double !
Sillages
Sillages
" Marcheur, ce sont tes traces
ce chemin et rien de plus ;
marcheur, il n'y a pas de chemin,
le chemin se construit en marchant.
En marchant se construit le chemin,
et en regardant en arrière
on voit la sente que jamais
on ne foulera à nouveau.
Marcheur, il n'y a pas de chemin,
seulement des sillages sur la mer."
Antonio Machado
"Parole n'est que l'ombre de l'acte", disait Démocrite l'ancien, la parole poétique, comme la parole philosophique est cette expérience de la dé-route. Elle est la métaphore inépuisable du réel qui passe au plus près de la vie mais qui n'est jamais la vie même. Si le chemin poétique se construit en marchant, il est toujours trop tard pour en faire un chemin. De cet écart minimal, de cette irréductibilité naissent toutes les fulgurances, toutes les intuitions et toutes les désillusions. Seule demeure cette pureté sensorielle de l'expérience présente. Se retourner ? N'est-ce pas déjà mourir un peu ?










