05 février 2018

Qu'appelle-t-on penser ?

Après une discussion stimulante avec quelques bons amis, j’en suis venu à distinguer cinq niveaux qui ne sont en rien normatifs mais qui me semblent dire quelque chose de ce qu'on appelle penser. Premier niveau : « ça pense ».  Il s’agit là du registre psycho-physiologique inconscient dont le corps est la ressource fondamentale en tant que dynamique de forces (propriétés émergentes de la matière organisée dans l’atomisme, conatus chez Spinoza, vouloir-vivre chez Schopenhauer, dynamisme pulsionnel et pensée... [Lire la suite]
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02 janvier 2018

La Danse des Inutiles

Partout des souhaits et des voeux, partout des espoirs ! Partout désespoir ! Cette cantate rituelle sonne comme un aveu de faiblesse, comme l'antique angoisse devant la catastrophe annoncée, devant l'imparable nouveauté qui pointe et qui, invariablement, chasse les vivants de ce monde, les uns après les autres. La fête de la nouvelle année résonne, à l'évidence, comme une inéluctable défaite devant le temps objectif qui fait destin. Si l'anniversaire signe l'emprise de Chronos sur l'individu, le nouvel an consume la totalité des... [Lire la suite]
27 décembre 2017

Le pressentiment de Nietzsche

 Il y a 130 ans et un jour, le 26 décembre 1887, Nietzsche rédigeait cette lettre tristement prémonitoire à l'attention de sa sœur Liesbeth Förster. Le philosophe ignore évidemment à cette date combien celle-ci jouera un rôle déterminant dans la falsification du manuscrit « La Volonté de puissance » et la récupération délirante des thèmes nietzschéens par les nazis.  « C'est toi mon pauvre Lama qui as fait une des plus grandes bêtises, et pour toi et pour moi. Ton mariage avec un chef antisémite... [Lire la suite]
10 décembre 2017

Joie tragique et vérité

                "Exister équivaut à un acte de foi, à une protestation contre la vérité".    Cioran, Précis de décomposition.         Comment ne pas entendre dans cette formule ramassée, dans ce trait fulgurant la sinistre vérité de notre condition ? Peut-on froidement regarder le réel en face, contempler avec lucidité l'improbable déroulement de l'existence voué au hasard, à la maladie, à la vieillesse, à la déchéance et à la mort sans se... [Lire la suite]
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24 octobre 2017

La philosophie : un théâtre social ordinaire

              A mesure qu'on prend conscience du pouvoir du jeu social, de son extension dans tous les domaines de l'existence, de ses modalités d'infiltration dans les couches les plus profondes de la subjectivité, se pose pour soi l'étrange question d'un reste, d'une part qui serait le propre du sujet en deçà des rôles et des activités joués avec plus ou moins de complaisance. Cet enjeu est si difficile qu'il exigerait pour le saisir dans sa radicalité de se délivrer du langage et de la parole... [Lire la suite]
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22 octobre 2017

Que voulons-nous savoir ?

Jean Rustin - Trois personnages  Je n'ai pu exceptionnellement assister au dernier Apéro-philo que nous avons organisé dans la cité paloise. Manifestement, cette soirée fut de la meilleure qualité, comme souvent suis-je tenté de dire. Le sujet posé fut : Que voulons-nous savoir ? A cette question, je serais tenté de répondre : rien !  Ou plutôt rien qui puisse trouer le cercle rassurant de la tautologie intérieure et les bases sur lesquelles la subjectivité se structure. Chacun ne vit-il pas dans le monde plus ou moins... [Lire la suite]
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18 mars 2017

Qu'est-ce que savoir ?

C'est dans le cadre d'une réflexion et d'une discussion collectives avec des amis chers que m'est venue cette idée : le savoir n'est pas une chose qui pourrait faire l'objet d'une quête ou d'une conquête. S'il est placé comme finalité du désir, alors il ne peut être que manqué et témoigne d'une pulsion de maîtrise dont la faille irréductible est la condition première et son intentionnalité, une illusion. Cette vision au fond platonicienne ne fait qu'entretenir une course à l'échalote confondant indéfiniment savoir et connaissance. ... [Lire la suite]
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29 décembre 2016

Rosset entre ivresse et allégresse

       Quelle joie matutinale d'écouter et d'entendre Clément Rosset dans Les Nouveaux Chemins parler de l'ivrognerie, de l'ivresse dionysiaque, du double, de la musique, de Nietzsche évidemment et de l'allégresse comme chemin d'accès au réel. La voix rauque, balbutiante, hésitante, dévoreuse de syllabes et de mots, décalée à la façon de Tournesol, allergique à la musique de Beethoven tel Haddock face à la Castafiore, voix indocile et faussement naïve, est à elle seule, une expérience de la belle ivresse,... [Lire la suite]
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28 décembre 2016

L'oreille intérieure (2) : le sommeil de l'archer

           La figure du tigre n'est pas sans lien avec celle d'Apollon, le maître de l'arc. Sous l'apparente beauté de l'animal assoupi et de sa fourrure solaire rayée de stries ombreuses, se dissimule le terrible prédateur mangeur d'hommes, le lanceur de flèches acérées, capable de défaire une armée entière sur son propre terrain. La silencieuse harmonie est l'autre versant d'une rageuse sauvagerie. Cela revient à dire que la qualité du sommeil est à mettre en perspective avec le déploiement réel de... [Lire la suite]
22 décembre 2016

Crise de la subjectivité

           Une nouvelle époque se déploie devant nous, une époque de grandes tensions et d'évidente intranquillité narcissique. Une époque où un dire privé de sa source se déverse en tous sens comme un fleuve sans bords dans les espaces indéterminés de la grande toile. S'adressant à un autre sans visage, sans nerfs ni colonne vertébrale, la parole d'un sujet non-constitué glisse à la surface d'un écran et flotte parmi des spectres erratiques, qui, par milliards, ont été arrachés au néant pour une infime... [Lire la suite]