DEMOCRITE, atomiste dérouté

22 août 2016

Déroute néo-cubaine : Hierro, "l'île de fer"

Soleil-continent - El Hierro

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Egaré dans un coin du monde entouré de déferlantes, il n'y a plus d'échappatoires. Face à moi, plein ouest, trois mille kilomètres d'océan et derrière, vers l'Afrique, quel port où jeter l'ancre, quel pont franchir pour se tenir entre deux eaux ? Jamais perdition ne fut plus accomplie. Quelle quantité de terre et d'espace faut-il pour se sentir contenu, retenu, et créer le monde dont on a besoin pour habiter ? Que contient cette terre néocubaine oubliée des hommes et des Dieux ? "Hierro" m'assaille de toute part et charrie en moi les sentiments les plus contradictoires.

Fin du jour à la Pena

Sous les brouillards permanents du nord-est, mon esprit de septentrional retrouve ses réflexes d'antan, mouvements immédiats de repli sous la couette en attendant des jours meilleurs. Mais ils ne viendront pas car la lancinante circulation de l'air a colonisé depuis deux millions d'années ces pentes demandeuses.

Tibatage, danse des brumes

 

Une danse s'éternise ici que rien ne saurait taire, pas même la supplique de l'homme fatigué, pas même le regard interrogateur de l'homme nouveau, de l'étranger, du marcheur. Comme la vague frappe le récif inlassablement, les nimbes se forment et épousent la terre orientale de l'Île de Fer.

Bonanza

A quelques encablures de là, tout change, la fraîcheur humide cède la place à un trio : la roche volcanique et rauque, le soleil subtropical incisif et la vague qui taille le récif hostile. La couleur vient des profondeurs où la vie s'est installée, sous le tohu-bohu de l'écume fracassée et de sa candeur moléculaire.

L'homme de Charco Azul

L'île me repousse du côté de ma servitude, non loin de ces failles qui ne se referment jamais. Le corps entier résiste aux surrections volcaniques, aux forces vives qui dessinent le paysage du vivre.

Résister

Comment apprivoiser tant de sauvagerie lorsque le brasier des origines fume encore sur la grève interdite ?

Vérodal-sauvage

Comment pourrais-je prendre place alors que l'univers se forme ici dans les plis tutélaires de la convulsion originelle ? Il en faut de l'audace et de la démesure pour marcher sur la terre indocile quand le vivant exige le temps long de la pacification et des patientes métamorphoses. Hierro ramène aux primitives dualités de la nature, aux affrontements primordiaux des divinités organisatrices. Vivre en témoin lucide ces antiques séismes fait courir le risque de disparaître dans le cône du feu sacré.

Le cratère d'Orchilla

 

Certains affirment leur vouloir face à l'abîme, s'élevant au-dessus des eaux et des brumes tenaces pour respirer et vivre haut.

Crassula insulaire

 

 

Vouloir vivre

 

D'autres ont choisi le mode de la colonisation plus ou moins invasive.

Los Reyes

 

Conquête

 

Se laisser apprivoiser par l'île. Se laisser glisser dans le vent jusqu'à ce que le voile apparaisse et que la lumière danse entre ciel et terre.

Le voile d'El Hierro

 


15 juillet 2016

Libre dans la réalité

Monte perdido depuis le pic de Bacias clic

L'indifférence de la nature est une évidence pour le marcheur dérouté, pour celui qui parvient à se délester de ses lunettes mentales, de ses sécurités archaïques et qui voit les choses dans leur nudité.

Garmo Negro

La beauté n'est pas cette apparente harmonie des formes mais la dynamique sensible des forces qui rayonnent partout, dans toutes les directions à la fois. 

Lacs de Brazato

 Il est une autre vérité qui pourrait apparaître au marcheur : c'est qu'au moment où il se croirait perdu en pleine nature, il sentirait soudain une porte s'entrouvrir dans son esprit comme si le vent des cimes balayait des brumes accumulées dans son regard pétrifié depuis toujours. 

Brazato orientaux

Sans cap, trouvera-t-il la vitalité inassignable qui le mènera à tous les choix possibles ? Se serait-il vraiment égaré ? La disparition de tous ses repères ne vaut que dans le monde constitué de ceux qui furent il y a peu ses congénères. Ici, elle ne peut signifier qu'une chose : qu'il est au centre de sa propre vie.

Brazato inférieur

Il se pourrait même que le ciel s'éteigne brutalement et que le marcheur saisisse en fulgurance sa situation dans l'univers illimité, devant découvrir sa propre force sur le terrain qu'il s'est choisi.

Vignemale

La réalité, à travers ces lacs et ces pics dévastés par le temps, souffle désormais à ses mains ouvertes qu'il est le plus libre des hommes.

 

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13 juillet 2016

Le Vent nous portera

 Le Vent emporte tout

           Une bien belle découverte que cette version de la célèbre chanson de Noir Désir interprétée ici par l'excellente Sarah Caillibot : Le vent nous portera.  Impermanence : telle est la loi du monde ! Le vent emporte tout...et nous avec. Fragilité et force, sensibilité et puissance, destruction et création...le charme d'une voix intense.

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Sarah Caillibot - Le vent nous portera- de Noir Désir

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10 juillet 2016

La philosophie : un théâtre social ordinaire

 

Amphithéâtre de Gavarnie : vérité géologique

            A mesure qu'on prend conscience du pouvoir du jeu social, de son extension dans tous les domaines de l'existence, de ses modalités d'infiltration dans les couches les plus profondes de la subjectivité, se pose pour soi l'étrange question d'un reste, d'une part qui serait le propre du sujet en deçà des rôles et des activités joués avec plus ou moins de complaisance. Cet enjeu est si difficile qu'il exigerait pour le saisir dans sa radicalité de se délivrer du langage et de la parole comme outils représentatifs. Car ce qui est au fondement du jeu social ce sont les hiérarchies et les pouvoirs structurés par le symbolique et fixés dans l'esprit par la représentation. Pour le dire autrement, le théâtre social ne fonctionne que dans la mesure où le système symbolique cristallise de manière imaginaire ce que doit être l'ordre des choses.

        La représentation, fruit d'une séparation ontologique entre le mot et la chose nous impose un arrachement à la vie pulsionnelle, à la dynamique des forces brutes contraintes à la domestication par la pensée, cette faculté d'adaptation réactive. C'est pourquoi nous n'avons d'autre choix que d'entrer peu ou prou dans la matrice et de tenter plus ou moins de conquérir dans l'espace social joué ce qui a été primitivement refoulé.

          Sans doute se glisse-t-il là le sentiment pénible que l'illusion collective sur laquelle s'édifie la plupart des jeux de rôles auxquels nous sacrifions produit des effets bien réels avec leur lot d'injustice et de violence, de brutalité et de discrimination en tout genre. Nous croyons volontiers qu'il suffirait de changer les règles (du jeu) pour adoucir les moeurs, accueillir l'étranger et s'aimer les uns les autres. Mais quelque chose se glisse dans ce jeu pour détraquer le système et entretenir la faille, tel le grain de sable qui fait couiner la machine et gâcher irrémédiablement la fluidité de l'ensemble. Oui, quelque chose coince quelque part.

         La philosophie a ceci de particulier qu'elle cherche précisément à délivrer le sujet de ses illusions fondamentales, des représentations fallacieuses, des opinions fausses. Mais son arme, depuis Socrate n'est autre que le langage et la dialectique, l'Idée contre la croyance et l'erreur. La philosophie a succombé aux sirènes de la réaction, au pouvoir magnétique des signes en opposant le logos de la raison au pouvoir des rhéteurs. Ce faisant, elle a joué un jeu social équivalent, en s'attribuant une fonction libératrice culminant avec les Lumières contre l'obscurantisme. Tout en cultivant une présomptueuse vertu d'émancipation et de Vérité elle s'est institutionnalisée, organisée en université pour produire des professeurs, des étudiants, des assistants, pour noter, évaluer, discriminer. Elle a reproduit en son sein le jeu social avec ses dominations coutumières, ses titres et ses gloires, ses candidats, ses réussites, ses échoués. Bref, c'est cela la philosophie : une illusion sociopolitique au milieu des illusions collectives, un jeu de rôles au milieu des jeux de rôles, une étiquette dans le grand marché des étiquettes. En deux mots : une représentation ! Une emposture !

            Comment ne pas se moquer avec Nietzsche de "ces maîtres qui ne se moquent pas d'eux-mêmes" ? Même l'estimable Marcel Conche a succombé au charme et aux sirènes du jeu social. Car le maître croit à la philosophie comme au métier de philosophe qu'il revendique depuis toujours. Sa propre puissance critique s'arrête au seuil de l'idole qui a fait non seulement sa notoriété de professeur mais aussi son soubassement identitaire, son idéal du moi. Et pourtant, il y a bien chez ce philosophe le geste philosophique initial, décalé, singulier, subjectif, chez celui qui enfant courait au bout du champ paternel dans sa Corrèze natale pour savoir si le monde était fini. Il ignorait alors combien il était proche de l'archer dans le De Natura Rerum de Lucrèce, décochant sa flèche aux confins de la réalité pour tester l'illimitation de la nature et rendre sensible l'intuition antésocratique d'Anaximandre (Apeiron). Ce geste philosophique primordial ne faisait pas un métier et moins encore une fonction mais une question au bord de l'énigme du réel.

          C'est ici qu'il convient de distinguer la philosophie comme production sociale ordinaire avec son grégarisme théâtralisé entretenu par le pouvoir du langage conceptuel et ses normes logiques et le philosopher. Ce verbe, à défaut de mieux, nous rappelle à la nécessité subjective, à une tension irréductible procédant d'une énigme singulière dont le sujet est porteur et qu'il peut reconnaître pour lui-même comme source possible de son activité. Jusqu'où serons-nous capables de nous dépouiller et de voir ce qui pour nous fait énigme ? Jusqu'à quel point pourrons-nous penser contre le régime ordinaire de la représentation et rencontrer cet impensé qui n'a que faire de la philosophie ? 

            La philosophie ne peut décevoir que les esprits mondains. Elle ne peut impressionner que ceux qui ont besoin de croire et qui cherchent une nouvelle religion. Elle ne fascine que les adeptes d'un pouvoir halluciné. La philosophie n'existe pas hors de sa propension imaginaire. Seuls demeurent des gestes philosophiques en prise avec l'impensé, confrontés au réel qui n'épargne personne. La géniale formule de Pascal prend ici toute sa dimension en ce qu'elle constitue un point d'arrivée, expression amusée et quelque peu ironique d'une entière lucidité : "se moquer de la philosophie, c'est vraiment philosopher." 

 

 

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21 juin 2016

Marcher : une féconde déraison

Perspectives de ma tarrasse

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         Ecrasé par une somme indigeste de copies, j'éprouve le plus grand besoin de prendre l'air et de m'abandonner à cet horizon de perspectives pyrénéennes dont les masses coruscantes et partiellement enneigées vibrent à nouveau depuis ma terrasse. Je dois, pour l'heure, me contenter d'une immobile contemplation entre deux épreuves. Mais ce n'est pas rien et, me laissant aller de-ci de-là à quelques rêveries passagères, je m'imagine aisément courir dans les pentes fleuries, me hisser en vagabond au faîte d'une cime solitaire, respirer intensément l'air des hauteurs avant de pratiquer une sieste réparatrice non loin d'un lac aux rives tranquilles.

Castérau devant l'Ossau

        C'est d'ailleurs ce qui se produisit lors de mes dernières balades en compagnie d'une Sibylle toujours inspirée et avide de déployer sa vitalité sur des chemins de hasard. 

Sibylle au Listo

      "Je n'ai rencontré dans le cours de ma vie qu'une ou deux personnes qui comprissent l'art de Marcher, c'est-à-dire de faire une promenade - qui eussent, pour ainsi dire, le génie de la balade."  H.D. Thoreau (Marcher)

 

Jonquilles en Peyrelue

          Ce génie est une forme poétique de déraison lorsque le pas, libéré de sa gangue sociale et de ses funestes habitudes grégaires, se risque à la manière des vivants dans la réalité, c'est-à-dire hors du monde. 

Lac d'Estaens - Aspe sauvage

       "Il me faut des torrents, des rochers, des sapins, des bois noirs, des chemins raboteux à monter et à descendre, des précipices à mes côtés qui me fassent bien peur.[...] Tout cela dégage mon âme, me donne une plus grande audace de penser, me jette en quelque sorte dans l'immensité des êtres pour les combiner, les choisir, me les approprier à mon gré sans gêne et sans crainte." Rousseau (Les Confessions)

Pic d'Ayous et lacs éponymes

         La marche remet à l'évidence les choses dans l'ordre, dans le bon ordre. La pensée résiste dans un premier temps à la vigueur du pas, au régime énergétique imposé par la pente. Mais bientôt, elle reconnaît son maître et fait progressivement silence devant les puissances inaudibles du corps. Ici, sur les hauteurs d'Ayous s'affirme la vérité du corps-roi, la seule vérité qui importe pour l'homme vivant !

Fleurs à Estaens

        "Corps suis tout entier, et rien d'autre, et âme n'est qu'un mot pour quelque chose dans le corps. Derrière tes pensées et tes sentiments, mon Frère, se tient un puissant maître, un inconnu montreur de route - qui se nomme soi. En ton corps il habite, il est ton corps." Et plus loin, "Profond état d'inspiré. Tout conçu en chemin au cours de longues marches. Extrême élasticité et plénitude corporelle." (Nietzsche, Zarathoustra

Le pic de Ger

       Gagner un point haut et dégagé et soudain, sentir comme jamais, la force de la multiplicité, les infinies perspectives sur le réel. L'unité du monde éclate comme un ballon disloqué par sa pression interne. Sa cohérence, son Idée même se diluent dans la mobilité des formes allégées. En bas, la pesanteur des hommes affairés sature la plaine, écrase l'individu sous la charge théorique qui le condamne à la morne répétition de sa tâche.

         

Coulée

          La légèreté du marcheur se conquiert au plus près des cimes, dans le grand vent tourbillonnant, face à la diversité des choses qui n'obéissent à aucune loi. Alors, l'esprit comprend la valeur du "clinamen", la féconde déraison qui le porte, la puissance vitale qui le relie à la folie créatrice de la nature.

Ossau

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20 juin 2016

Asymbolie bachelière

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         Lacan a modélisé la structure psychique à partir du réel, de l'imaginaire et du symbolique. Hier, l'imaginaire s'est emparé de moi pour échapper provisoirement au réel de la correction qui plombe la fin d'année. Et pourtant, ce difficile effort n'avait pas trop mal débuté avec de bonnes copies de philosophie en série littéraire et une moyenne générale très convenable.

       Mais aujourd'hui, le symbolique s'effondre littéralement sur lui-même à mesure que je découvre le niveau ahurissant des pages que je dois affronter. Ces candidats d'une autre série  (sciences économiques et sociales) ont une mention en sciences politiques et ont pratiqué quatre heures de philosophie par semaine toute l'année. Or, il me semble avoir affaire à un troupeau étonnamment et dramatiquement homogène sorti d'un centre de réadaptation mentale pour jeunes gens souffrant d'asymbolie généralisée.

       Faut-il en rire ? Peut-être ! Voici quelques "perles asymboliques" trouvées dans des copies... différentes (sic !). 

 

            "Chacun est responsable de soi. Tout le monde est livre de pensée." (Le candidat a volontairement effacé le "b" de libre pour lui préférer un "v", sans doute un objet rare. Il aurait pu supprimer le "l", histoire d'être "spiritueux" (hic!)).

 

              Le suivant a le sens de la formule : rire ou larmes ?  "L'erreur est quelque chose de quotidien, nous-même somme-t-on pas une erreur ?Voilà qui n'est pas sans rappeler le "Nous sommes ton père" du film de Veber, Les Compères.

 

             Rappelons le sujet choisi par le candidat suivant : Pourquoi avons nous intérêt à étudier l'histoire ? Réponse problématisée d'un candidat ayant réfléchi à la signification d'une étude historique : "L'histoire permet à chaque région de défendre leur culture. En France, son histoire, c'est le vin rouge, le fromage, le béret, la baguette de pain. Cela paraît comme un cliché mais c'est tout de même une partie de la France." Vive la science politique ! Vive l'épistémologie !

 

          Sur le texte de notre pauvre Descartes, le sens de la vérité s'affirme haut et fort :  "Pour certaines personne, même si notre vérité est fausse dans notre tête, elle sera vraie car on accepte pas d'avoir tord."

 

            Un autre candidat qui a le sens du singulier : 

"Le jugement apportés par certains individu peuvent être faussement cruel.

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29 mai 2016

Enseigner la philosophie ou l'art de donner du jeu au jeu

         A la suite de mon dernier articledeux témoignages de lecteurs m'incitent à interroger l'enseignement de la philosophie dans son rapport au jeu social.

 

    Résultat de recherche d'images pour      L'enseignement de la philosophie n'échappe pas au jeu social, au théâtre institutionnel. Il faut rappeler ici la grande leçon de la sociologie de Durkheim à savoir que l'institution précède toute rencontre et s'interpose entre des individus qui se font face et qui ne se sont pas choisis. Or, ce tiers institutionnel n'est pas visible alors même que c'est lui qui conditionne la présence des uns et des autres. Il est intériorisé et construit le paradigme plus ou moins inconscient dans lequel des individus normés doivent "fonctionner", à commencer par les fonctionnaires, ces gardiens de la structure. C'est lui qui règle et détermine les rapports, les programmes, les types de discours, la sensibilité commune, les valeurs acceptables, les conduites interdites et les espaces plus ou moins grands de liberté. C'est lui qui fixe en grande partie ce que doit être un cours.  

        Il est, de ce fait, important de distinguer l'enseignement de la philosophie et le philosopher. A quelles conditions le premier peut-il rendre possible le second ? A ce niveau, la question du jeu social se pose. Mais il se pose d'abord pour la subjectivité du professeur capable d'émerger plus ou moins par un effort nécessaire et laborieux de distanciation. Jusqu'où le fonctionnaire-professeur de philosophie entend-il être l'expression de la norme qui l'autorise dans sa classe et lui confère un pouvoir qu'il n'a plus, sitôt qu'il se trouve hors de la structure ? Jusqu'à quel point le professeur de philosophie peut-il penser les conditions de son exercice ? C'est très compliqué car chacun se confronte à ce paradoxe, à savoir que pour philosopher librement, il est essentiel de prendre conscience de ce qui conditionne toute acte de pensée et s'arracher aux mécanismes aliénants qui infiltrent partout le système.

      Comment par exemple amener l'élève au libre exercice de la pensée alors qu'il est soumis à une organisation punitive d'évaluation et de classement ? Cette contradiction traverse l'enseignement d'une discipline -la philosophie, qui ne peut se soumettre dans son principe à toute forme d'aliénation ou de conditionnement stupide sans disparaître. On voit mal Socrate, Epicure ou Aristote attribuer des notes à leurs disciples, leur imposer des "conseils" de classe et encore moins des parents venir se plaindre du discours des maîtres comme on l'observe aujourd'hui ! Comment permettre, de même, à l'élève d'accéder à un questionnement sérieux si on ne l'autorise pas à devenir sujet ? Le jeu scolaire doit pouvoir garantir une trouée subjective, une parole qui n'est plus seulement jouée mais qui procède d'une impulsion devant l'énigme du monde ou plus prosaïquement devant l'étrangeté du jeu de rôles que constitue par exemple le système scolaire. Pour ma part, je ne me prive pas d'interroger avec mes classes la violence institutionnelle à l'oeuvre partout à l'école. Que signifie le mot "classe" ? Qu'implique-t-il ? Ce que ces sujets humains ont à dire sur ces enjeux est souvent stupéfiant et leur expérience plus ou moins heureuse d'une profonde richesse. 

       C'est là que se pose le problème de la distanciation subjective autrement dit la conscience du jeu social. Il est des professeurs qui ne savent pas assez qu'ils jouent et qui s'imaginent devoir devenir la norme. En règle générale, ils assomment les élèves en dictant un cours et en constuisant une approche cumulative de la connaissance. Ce faisant, ils s'acquittent de leur tâche en maintenant l' élève dans la position régressive d'un apprenant (sic !) condamné à ingurgiter un programme indigeste et des dizaines de citations. A la normalisation du prof correspond dans ce cas la normalisation de l'élève ! D'une façon générale, ces collègues ennuient leur "bétail" mais confortent tout le monde dans la "valeur" d'un système abrutissant qui a pour seul mérite de fonctionner. Dans d'autres cas, les élèves n'écoutent plus et "foutent le bordel", ce qui est un acte de revendication et d'expression subjectives que l'institution tolère rarement mais qui dit évidement quelque chose. Les professeurs autoritaires le sont parce qu'ils ont intériorisé la valeur de la norme et s'y sont soumis très tôt pour pouvoir réussir leurs études et passer les concours. Reproduction sociale oblige ! La rigidité en classe est un signe évident de soumission. J'ai connu des collègues de philosophie et d'histoire qui soutenaient, sans blague, que les élèves n'étaient pas là pour penser !

      Tout le problème de l'enseignement réside dans la plasticité du jeu. Des conditions psycho-philosophiques sont requises pour se donner les moyens de la distanciation. Lorsque le professeur parvient à donner du jeu au jeu social, il fait advenir une intersubjectivité qui, parce qu'elle excède la relation prof-élève, permet de faire signe vers les problèmes humains que nous rencontrons tous. Philosopher en classe doit permettre de s'arracher provisoirement à la normalisation en faisant surgir un "en-jeu" universel, tapi dans l'ombre ou dans l'oubli collectif. L'impulsion de la pensée est alors à la fois conditionnée par le cadre et simultanément hors-cadre par sa visée authentique, tournée vers quelque chose qui n'est plus artificiel ou conventionnel. Sans ce jeu subtil, rien ne se passe.   Il est donc essentiel que les élèves découvrent qu'ils jouent comme tout à chacun. En en prenant conscience, ils perçoivent non seulement l'aliénation commune et rencontrent le problème de la subjectivité et de la parole singulières. C'est déjà cela penser philosophiquement : dé-masquer et dé-router ce qui semblait inamovible. En repérant l'illusion sociale, on apprend à cultiver l'écart par où toute relation peut se jouer autrement. L'exercice philosophique devient un art, un art de jouer avec les jeux établis, un art d'exercer sa liberté.

27 mai 2016

Du jeu : vérité de la fiction - fiction de la vérité

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       La fin d'année scolaire approche. Alors que mon esprit souffre d'une lassitude évidente à se rendre au lycée et se confronte à sa propre inertie, je fais le curieux constat que ce sont les élèves qui, par leur seule présence, m'obligent et me rappellent à la nécessité de mon exercice professionnel. Le pire ou le plus drôle, c'est qu'à chaque fois, me voilà pris par le jeu, condamné, en quelque sorte, à le jouer et à tenter de le jouer le mieux possible. Une fois en classe, je suis devenu instantanément celui que je n'étais pas quelques minutes auparavant, gagné par la force de ma discipline, son prestige, sa dynamique de pensée, son souci de maintenir un certain degré qualitatif dans le rapport à autrui, face aux problèmes que nous sommes contraints de rencontrer dans tous les secteurs de l'existence. Comment pourrais-je me dérober surtout avec de jeunes humains qui devront aussi affronter ces enjeux en disposant si possible de quelques outils. Il y a là un défi. L'attente que je perçois dans leur regard ne doit pas être déçue.

      Aujourd'hui, c'est dans le jeu machiavélien que je me suis engagé avec un groupe. Il n'y a pas de pratique politique efficace sans une compréhension psychologique du jeu social. Quel est ce jeu sinon le fait de savoir paraître, de donner le sentiment de posséder les qualités qu'on n'a pas mais qui sont exigées par la fonction qu'on occupe ? Ce sont d'ailleurs mes impressions du moment. Et pourtant, la magie qui gouverne les relations humaines officie immédiatement sur la scène. Ce n'est pas la réalité qui importe mais l'image de la réalité, d'autant que cette image permet de faire fonctionner le pouvoir, comme l'a bien montré Pascal. Le gouvernant, ce "simulateur et grand dissimulateur" (Machiavel) trompe et doit tromper car c'est précisément la règle du jeu et nul ne saurait s'y soustraire. Le peuple le premier veut être trompé pour la bonne raison que chacun passe son existence à jouer des rôles, au travail, en famille, comme en amour, où la séduction est la règle qui anime et entretient le désir. Tout le monde trompe et chacun se trompe lui-même avantageusement. C'est la première règle sociale. On ne pardonnerait pas à celui qui voudrait se montrer tel qu'il est. Pourtant, voir la réalité telle qu'elle est, du point de vue de la vérité effective de la chose, comme y invite Machiavel, est une nécessité politique. Cela permet justement de comprendre le subtil renversement que nous opérons tous de façon plus ou moins consciente, à savoir que la fiction est à l'évidence opérationnelle. C'est l'imaginaire qui dicte les conduites des hommes et non la vérité. "La vérité effective de la chose" mène paradoxalement au caractère illusoire de la vérité lorsqu'on vise l'efficacité poitique et la gestion habile de ses affaires. Ou pour le dire autrement, il est nécessaire pour gouverner sa vie comme un pays de constater l'efficience d'une vérité de la fiction dont les hommes ont besoin pour rester sociaux. Ce qui distingue alors un prince éclairé de l'individu ordinaire n'est autre que le premier sait qu'il joue là où le second fait, en règle générale, mine de l'ignorer. Le drame survient lorsqu'on oublie qu'on joue tels ces adolescents coincés dans leur jeu vidéo, où l'amant convaincu que son amour est autre chose qu'une modalité du jeu relationnel dans lequel se glisse une part de son affectivité. Dans ces cas de figure, comme en politique, lorsque le réel défait l'imaginaire qu'on croyait réel, la catastrophe globale n'est pas loin.

     Hier, je crois pouvoir dire qu'avec une autre classe, nous avons vécu un grand moment philosophique, autour de la difficile question de la vérité comme dévoilement (Alètheia). En règle générale, je m'abstiens  d'envisager ce cours en terminale. Mais là, ce sont les élèves eux-mêmes qui m'y ont conduit. Qu'appelle-t-on penser ? se demande Heidegger dans un texte célèbre ? Ce n'est pas croire, opiner, adhérer, ni savoir ou connaître mais révéler en fulgurance l'impensé qui définit le cadre dans lequel l'esprit évolue ordinairement. C'est là, dans l'éclatement soudain de la représentation que quelque chose se passe, dans le creux d'un étonnement qui dévoile la vanité du discours commun et des croyances collectives, dans un pas de côté, une déroute fertile par laquelle le sujet prend conscience de l'énigme habituellement niée, de la faille recouverte par nos conditionnements. Tout le groupe n'a pu se hisser jusque-là. Mais des filles d'une incroyable audace métaphysique, ont creusé le sillon tracé par le questionnement, démasquant la fiction de la vérité ordinaire. "Si la vérité disparaît, pourquoi philosopher ?" se demande l'une dans un éclair de luciditéIl faut pousser plus avant, ce qu'elles feront, pour découvrir que la vérité, abolie dans la parole, n'est autre que le dévoilement de l'énigme et non sa résolution dans la connaissance ou le discours. Voilà pourquoi l'énigme ne disparaît jamais de la conscience philosophique et se prolonge dans toutes les voies de recherche qui mènent le sujet au plus près de sa féconde ignorance. Qu'en ferons-nous ? Qu'en ferez-vous ? Chacun aura à porter pour lui même ce rapport énigmatique à son existence comme à la présence d'un monde dont l'harmonie et la signification pré-données ont disparu. "Je comprends maintenant pourquoi il n'y a pas de réponse définitive en philosophie, s'est exclamée une élève, les yeux illuminés par sa découverte. "La vérité, ce n'est donc pas un savoir, ajouta-t-elle, mais la conscience de l'énigme comme Socrate disant "je ne sais qu'une chose, c'est que je ne sais rien".

      

       Hier et aujourd'hui, il m'est apparu à l'évidence que les élèves ont, tout comme moi, joué le jeu, ce qui n'est déjà pas si mal et qui pourrait presque m'encourager. Nous verrons... 

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22 mai 2016

Science, vérité et philosophie (2)

 

L'énigme du crépuscule

 

        Mon précédent billet a suscité un certain nombre de réactions, diverses et souvent surprenantes car toutes ou presque ont porté, à mes yeux, sur un point de détail et n'ont concerné finalement que la doxa (la première partie) et la question de la réfutation.

        L'enjeu de mon article consistait pourtant à montrer que la science s'est constituée en s'affranchissant de tout rapport à la vérité -rapport qui demeure par contre au centre de la conscience philosophique sous des modalités qui relèvent moins de la connaissance que d'une attitude devant l'énigme du tout de la réalité.

     Je souhaite ici clarifier quelques points. La réfutabilité a manifestement posé problème. Réfuter c'est montrer la non conformité d'un énoncé au cadre épistémologique (paradigmatique) dans lequel il prétend pourtant prendre place et rendre compte de certains phénomènes. En ce sens, c'est invalider une thèse non pas parce qu'elle serait fausse en soi mais parce qu'elle ne peut servir de référentiel pour prolonger la recherche sans l'entraîner dans des complications infinies voire insolubles (voir le rasoir d'Ockham). La vérité comme la fausseté ne sont pas les critères de la réfutation.  Celle-ci rend possible une ligne de partage entre un discours scientifique et un discours qui ne l'est pas (Popper). De ce point de vue, des éléments scientifiques ont bien réfuté un ensemble de thèses métaphysiques qui imaginaient se situer abusivement sur le terrain positif. Ce faisant, les scientifiques abandonnent ces représentations au domaine qui les caractérise : la métaphysique, la théologie, la mythologie ou plus prosaïquement l'expérience immédiate avec sa part de croyance et de soumission au sens.

         La réfutation ne signifie donc pas que les sciences ont raison ou disent vrai mais elle permet, comme instrument méthodologique, de distinguer des types de discours, des registres et d'éviter ainsi des confusions qui perturberaient inutilement le cadre paradigmatique dans lequel une recherche se déploie. Il est intéressant de souligner avec Bachelard que la connaissance scientifique se constitue d'abord contre l'esprit, contre ses tendances spontanées au relativisme, soutenu le plus souvent par les préjugés d'une époque ou les idéologies dominantes qui font depuis l'enfance les lunettes à travers lesquelles nous voyons la réalité. La méthodologie propre à chaque science tente de séparer le donné du factuel à partir de cet effort initial de l'esprit confronté sans cesse à des "éléments impurs" (Bachelard).

        Cependant, les sciences n'échappent pas au relativisme puisqu'elles construisent un champ à partir duquel elles tentent de rendre compte d'un phénomène et ce champ ne peut prétendre faire totalement abstraction des données socio-idéologiques. Comme le note Kuhn, le paradigme contient aussi des éléments non-scientifiques comme une politique de la recherche, des financements qui pèsent sur les orientations des chercheurs et une adhésion plus ou moins forte voire inconditionnelle à celui-là, produisant des résistances quasi-inconscientes à la nouveauté. C'est tout le problème des conditions de la révolution scientifique qui se pose alors.

       Ce principe de réfutabilité n'interdit en rien d'adhérer à la métaphysique d'Aristote ou au dogme mythologique de la création. Chacun s'en débrouille avec ses exigences propres. Il est d'ailleurs assez évident que sur ce point, tous les arrangements et bidouillages sont possibles dès lors qu'on cherche à sauver le sens que la science ne donne pas. Ce besoin est l'essence même du religieux (Freud) avec lequel il est si difficile de rompre tant l'esprit se heurte à sa propre étrangeté. C'est précisément là que se trouve une autre ligne de démarcation, plus cruciale encore, plus décisive et difficile en ce qu'elle détermine une pratique dés-espérée du vivre. Ici, c'est entre le philosophique et le religieux que la question de la vérité se joue, vérité toujours abolie d'un côté et revendiquée de l'autre sous la forme d'un sens qu'il s'agit en règle générale de sauver à tout prix.  

 

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19 mai 2016

Science, vérité et philosophie

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         Je viens d'achever cette semaine avec ma classe littéraire une leçon consacrée au rapport de la science à la vérité et contre toute attente, je constate que l'âpreté de la tâche n'a pas complètement découragé le petit effectif présent. Curieusement, ces élèves auront manifesté jusqu'au bout (mais avec peine) un désir de compréhension bien plus sensible qu'en séries scientifiques dont le goût pour leur spécialité est, le plus souvent, dicté par la seule logique des coefficients, donc par la contrainte sociale à laquelle ils ont sacrifié par mimétisme. On ne s'inscrit pas en série scientifique par intérêt pour les sciences mais par conformisme à un stéréotype qui veut et pose par principe que la meilleure orientation soit celle-là. Il suffira d'appliquer des méthodes et non de réfléchir, ce qui d'ailleurs se vérifie assez bien dans ces classes qui sont presque toujours les plus dociles. 

         En posant la question, la science parvient-elle à la vérité ? je conjugue dans un même mouvement de pensée mes ardeurs de physicien, de météorologue, d'astronome, de biologiste contrariés et de philosophe car ce sujet permet une véritable déconstruction d'un autre stéréotype selon lequel l'activité scientifique serait le moyen privilégié d'accès à la vérité grâce à la vérification expérimentale, à son souci démonstratif, à ses preuves et son efficacité pratique, difficilement contestable. 

        Ce triomphe apparent du domaine scientifique avec ses lois et ses prévisions déterministes amena Kant à constater, non sans amertume, l'échec de la métaphysique, incapable de "trouver la voire sûre d'une science" et empêtrée depuis toujours dans les méandres insolubles de l'argumentation contradictoire. Au regard des découvertes et des progrès en physique, la philosophie semblait alors condamnée à une forme de stagnation et d'enlisement. Il faut dire, comme le souligne Marcel Conche, qu'Aristote n'a jamais réfuté Platon, que Descartes n'a pas plus réfuté Aristote ou que Nietzsche n'a jamais balayé Schopenhauer, alors qu'il est incontestable que Galilée, en formulant mathématiquement la loi de la chute des corps, confirmée par expérimentation, a définitivement réfuté Aristote sur ce point. Si la science réfute effectivement, la philosophie doit, semble-t-il, se contenter de ses contradictions internes. A ce niveau de réflexion, la réponse semble toute faite et la doxa renforcée.

        Pourtant, peut-on parler sans nuance de la science ? De même, que vaut l'idée massive et unitive de la vérité ? S'il existe une multiplicité de sciences aux méthodes, aux finalités, aux fonctionnements tout à fait distincts, qu'y a-t-il de commun entre le formalisme des mathématiques ou de la logique et la science du vivant ? Et que penser de toute démonstration lorsqu'elle repose en dernier ressort sur un indémontrable ? Comment concilier la physique classique newtonienne et une physique quantique dont le "principe d'incertitude ou d'indétermination" (Heisenberg) rend caduc tout accès à l'observation directe ? Et que dire de l'interprétation à l'oeuvre dans les sciences humaines comme en histoire dont la méthode ne peut s'appuyer que sur une "subjectivité impliquée" (Ricoeur) ?

       Bref, l'unité de la science vacille et finit par s'effondrer sur elle-même. Que penser dans ce cas de la vérité lorsque l'univers entier demeure inaccessible telle une montre fermée, comme le soutient Einstein et plus récemment lorsque les astrophysiciens sont contraints de faire l'hypothèse invérifiable et inobservable de la matière noire sans laquelle le paradigme de la physique contemporaine s'effondrerait ? Quid de la vérité dans ces conditions ? Les sciences ont plus modestement admis un principe de validité provisoire pour caractériser leur modélisation jusqu'à une prochaine réfutation (Popper).

       Faut-il dans ce cas renoncer à la vérité ? Comme discours, certainement, car "les vérités sont des illusions dont on à oublié qu'elles le sont" (Nietzsche). Le langage étant incapable de saisir les choses hors des mailles de la représentation, le chercheur comme le philosophe semble condamné au "démon de la tautologie", à "l'illusion grammaticale". Mais, il n'est pas impossible de déplacer la question de la vérité sur un autre terrain que celui du langage en interrogeant le registre qualitatif des émotions et des sentiments, des sensations infiniment variées qui nous animent, de l'imagination créatrice qui nous met en prise directe avec le mouvement de la vie et la durée pure (Bergson), au plus proche de l'impermanence universelle et de la "branloire pérenne". Si la science est adaptative grâce à l'intelligence qui est à l'homme ce que l'instinct est à l'animal, l'intuition est féconde et dynamique à l'image d'une mélodie intérieure qui fait signe vers la puissance trop souvent inaperçue de la singularité. Ici, la vérité devient l'expérience sans médiation d'un vécu accompagné d'une conscience de son déploiement.

       Dès lors, nous constaterons qu'avec Heidegger, "la science ne pense pas véritablement" car elle n'interroge jamais son propre impensé. Déterminée par ses besoins et son souci d'efficacité, elle ne peut échapper au paradigme qui la fonde. C'est pourquoi, l'énigme du réel n'est ni son véritable projet ni sa raison d'être. La vérité ne la concerne pas alors qu'elle est au coeur de toute conscience philosophique comme expérience voilée (Alètheia), comme drame de l'insignifiance et étonnement majeur devant l'incompréhensible. Le philosophe se sait définitivement ignorant et perplexe face à l'énigme du réel qui l'enveloppe et le constitue. Cette conscience ne lui donne aucun privilège et ne lui assure aucune maîtrise, seulement la lucidité du dés-espoir, ce qui n'est pas tout à fait rien.

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