DEMOCRITE, atomiste dérouté

14 février 2017

Innocence de la solitude

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"On n'est jamais seul tant qu'on est rempli des souvenirs, des conditionnements, des soliloques du passé : les déchets accumulés du passé encombrent les esprits.

Pour être seul on doit mourir au passé. Lorsqu'on est seul, totalement seul, on n'appartient ni à une famille, ni à une nation, ni à une culture, ni à tel continent : on se sent un étranger. L'homme qui, de la sorte, est complètement seul, est innocent et c'est cette innocence qui le délivre de la douleur."

           Krishnamurti, Se libérer du connu

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03 février 2017

Le bon goût d'être victime

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Il y a quelque chose de savoureux à observer l'attitude surprenante de l'as du redressement dont l'obsession depuis des années consiste à pressurer le pays avec la faillite de l'Etat, la dette, la crise, la maîtrise de la dépense pour mettre fin aux "privilèges" des fonctionnaires et des chômeurs, ces profiteurs qui abusent, comme chacun sait, de l'argent public. Oui, le devoir de moralité en politique ne se discute pas ! Pascal dans ses Pensées nous avait pourtant prévenus : "qui veut faire l'ange fait la bête" !

Savoureux l'argument victimaire, paranoïaque qui est désormais la règle dans le camp des Fillonnistes. On veut notre peau ! Voilà qui est tout à fait intéressant surtout lorsqu'il prend la forme si subtile chez certains militants d'une affiche portant en grosses lettres l'expression : "Je suis Pénélope". Visés par le terrorisme des officines, Monsieur et Madame. Chacun appréciera l'allusion implicite de cette pancarte, support d'une identification passionnelle à une victime expiatoire subventionnée.

Il faut dire qu'à chaque fois que le vainqueur de la primaire des conservateurs a tenté de justifier son attitude pour démentir les éléments révélés par le Canard, la plupart de ses déclarations se sont avérées fausses pour ne pas dire mensongères. Droit dans ses bottes, le cuir endurci comme jamais, comment maintenir ses dires lorsque la principale intéressée les contredit clairement et distinctement lors d'un entretien révélé hier dans l'émission Envoyé spécial ?  

Savoureux également l'argument prononcé ces derniers jours par des militants du Persécuté selon lequel à la corruption éventuelle des uns correspond au fond la très vraisemblable corruption des autres. Bref, tous pourris, de droite et de gauche ! Donc autant élire un homme de droite. S'en prendre aujourd'hui à Fillon alors que d'autres ont sans doute fait la même chose, c'est évidemment un montage et une manipulation politiques à quelques mois de la présidentielle. Pourquoi empêcher ce brave homme d'accéder aux plus hautes fonctions ? On peut évidemment se le demander.

Etendons pour une meilleure compréhension le principe de la corruption et de l'emploi fictif à la grande criminalité. Dans l'hypothèse où les faits seraient avérés, pourquoi arrêter un tueur puisque d'autres courent encore ? C'est injuste ! Celui-là pourrait même se plaindre et se considérer comme la victime d'un système qui veut sa peau à lui alors qu'il y en a tant d'autres qui assassinent sans vergogne et qu'on laisse galoper dans la nature. 

Savoureuse encore l'attitude des politicards de l'Ancien Régime, la meute de ceux qui, sans vergogne, pratiquent l'évitement. Du népotisme sur fonds publics ? Et alors ? C'est légal ! Financer ses enfants à raison de 3800 et 4800€ par mois, alors qu'ils sont étudiants ? Et alors ? Où est le problème ? Avoir une assistante parlementaire supposée, déclarant ouvertement, spontanément et sans pression : "Je n'ai jamais été son assistante, ou quoi que ce soit de ce genre-là." Circulez, il n'y a rien à voir parce que nous, nous voulons parler du fond, du programme et de rien d'autre. Ca vient !

Savoureuses enfin cette main sur le coeur, cette émotion pour dire avec des trémolos dans la voix combien l'amour pour son épouse résistera à toutes les tempêtes. C'est beau. C'est poignant de vérité et de sincérité. Pourquoi la formule de Machiavel résonne-t-elle ici ? "Les hommes sont si aveuglés, si entraînés par le besoin du moment, qu'un trompeur trouve toujours quelqu'un qui se laisse tromper. (Chap XVIII - Le Prince) Nous l'ignorons.

Cette attitude quasi-schizophrénique qui consiste à dire : "il n'y a rien", "rien ne se passe" n'est pas sans rappeler celle d'un ancien ministre socialiste qui "droit dans les yeux" avait juré sur l'honneur qu'il n'avait pas de compte en Suisse, lui qui était précisément chargé par sa fonction, de lutter contre la fraude fiscale. En pourchassant et en condamnant dans le cadre de sa mission ceux qui pratiquaient le même écart de conduite que lui, il pouvait à bon compte s'acheter une bonne conscience puisque le fraudeur, c'était l'autre ! Le faire payer, n'est-ce pas en fait résoudre magiquement et fantasmatiquement le problème ?

Au fond, s'en prendre aux chômeurs, aux pauvres, à la classe moyenne, augmenter la TVA de 2 points, liquider 500 000 fonctionnaires tout en supprimant l'ISF ne permet-il pas avantageusement de faire payer aux autres le bénéfice des privilèges dont on a joui et dont on jouit encore lorsqu'on accède aux plus hautes fonctions ? Servir son pays, sauver la France, quelle abnégation ! Comment en bon chrétien, gagner son paradis sinon en fabriquant des hérétiques ! Et il va de soi que l'hérétique, c'est toujours l'autre.

 

 

 

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31 janvier 2017

Ce qu'on dit ment

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Nous aimerions nous passer de la vérité, nous moquer de cette exigence et vivre du relativisme, quitte à sombrer dans le nihilisme qui guette dans l'ombre la dislocation de nos forces, à la manière de l'intempérie -celle dont nous savons par expérience qu'elle emporte tout sur son passage. Nous serions flattés d'abolir tout rapport au réel dans la plainte de la désagrégation infinie comme dans la victoire d'une parole sans référent. C'est bien ce qui se passe. Rien de pire que la vérité dans les affaires humaines. Mais la question demeure centrale pour qui interroge généalogiquement notre investissement pulsionnel dans le langage et dans le dire, son intention.

Force est de constater que la vérité n'est pas dans le discours mais dans l'attitude de l'homme vis-à-vis de son dire, de sa parole, du récit qu'il se raconte à lui-même pour échapper à sa compulsion première. Et sur ce terrain, il est évident que la vérité est honnie, haïssable même, au point qu'elle ne vaille que dans l'idéal philosophique que les esprits chagrins ont élaboré pour fuir la source originelle. A la limite, quelle importance ? Que chacun se raconte ce qu'il veut ! Soit ! Mais qu'en est-il de la place de l'autre dans le récit qu'on lui adresse ? Y a-t-il seulement un autre ? Rien n'est moins sûr !

Où donc le sujet se trouve-t-il ? "Je suis dans ce que je ne dis pas", répond-il, effaré par sa propre emposture. "Ce que je dis est l'envers de ce qui m'anime en vérité, ne le voyez-vous pas ?"

Entendez-vous cet étrange "bruit de fond" qui froisse discrètement le dire, le trouble, le déforme insensiblement et l'anime d'une intentionnalité subreptice ? C'est à l'arrière de ce qui s'énonce qu'il faut savoir écouter la mélopée qui chante une toute autre partition. Lacan l'a formalisée dans une expression drolatique et dans un jeu de mots qui se place du point de vue de l'inconscient : "Ce qu'on dit ment". Le mensonge travaille par devers soi et nous sert avantageusement un plat bien plus agréable en bouche. Telle est la fonction du "condiment" qui ne serait pas sans rappeler chez Lucrèce la goutte de miel venant sucrer le breuvage amer de la vérité s'il ne s'agissait pas ici de la retourner purement et simplement, contrairement à la perspective épicurienne.

L'un se plaindrait par exemple de sa situation de couple et du malheur de son amie. Dans cette plainte se murmure la souffrance masochiste d'un deuil impossible. Sourde mélancolie qu'il faut sauver à tout prix jusque dans la réitération d'une histoire serve. Car il ne serait nullement question de s'en libérer alors même que la parole consciente pourrait chercher à comprendre en l'autre les motifs de sa douleur. La raison se heurte alors à l'incompréhensible et tourne à l'envi autour d'un enjeu qu'il est essentiel d'éviter. La plainte, elle, dit toute autre chose que ce qui s'énonce dans la parole : ma jouissance existait avant moi, je sui né pour l'incarner. Pas question de m'en défaire !

Serait-il possible de faire signe vers la compulsion de répétition ? Certes non. Rien ne saurait remplacer des amours impossibles qui font le sel de la vie. Tout va bien alors ? Comment échapper à la mythologie personnelle qui enferre le sujet dans son drame et sa jouissance ? La vérité, c'est précisément l'impossible. La parole n'a d'autre but que de confirmer le scénario auquel le sujet souscrit inconsciemment. L'altérité sera réduite au silence et l'intersubjectivité interdite sur l'autel d'un mensonge dont le conscient se fait l'apologue.

Tel autre se précipiterait dans les théories politiques, dans les artéfacts des constructions philosophiques comme pour se donner l'illusion d'un écart vis-à-vis d'une histoire qui exige l'allégeance au dogme intériorisé. Comment demeurer congruent et maintenir une image cristallisée depuis tant d'années ? Comment vivre sans trahir et sans avoir le douloureux sentiment de la déloyauté ? Il suffit de se dire insoumis et de s'enorgueillir de quelques positions de principe et le tour est joué. Quelque chose bat dans cette direction mais les forces souterraines emportent l'action dans le rail d'un conformisme qui récompense au moins fantasmatiquement une bien curieuse fidélité. Le "dire" obéit à ses maîtres et ceux-là ne sont pas où le sujet se les figure.

D'autres pratiquent l'amitié céleste, désincarnée, abstraite, si loin de vous qu'elle pourrait presque faire pitié dans le renoncement qu'elle manifeste. Il y a tant de choses à sauver dans ce bas-monde que nous serons amis dans l'au-delà, dans la mort, dans les arrière-mondes qui n'exigent rien, pas même le signe tangible d'un amour ou d'une contrariété relationnelle. La parole, rare, doit encore sauver les ruines d'une intersubjectivité en friche, incapable de se constituer hic et nunc. "Vous me manquez, oh mes amis !" "Ce qu'on dit ment", répond Lacan ! Ce qu'il faut entendre, c'est tout autre chose que la bienséance ne peut nommer ici. Nous nous contenterons de ces amitiés stellaires.

"Je suis, en somme, là où je ne parle pas." Parler, ce n'est pas seulement exagérer comme le note Oscar Wilde. C'est surtout renverser toute vérité dans un rapport intérieur qui témoigne de la division, de la fracture et de la faille que chacun porte en lui et qu'il nie le plus souvent dans les rares relations qui pourraient faire signe vers l'Ouvert. Le jeu social, dans sa lâcheté rituelle referme magiquement toute fêlure dans le discours. C'est que le consensus mou des relations ordinaires s'accommode parfaitement de la compromission subjective jusqu'à l'ériger en principe social. Comment lui donner tort, en effet ?

Philosophiquement, subjectivement, éthiquement, c'est autre chose. Nous faudra-t-il avaler le condiment avec le plat qui nous est servi, histoire de chanter le même air de con-serf  et ne déranger personne ?

 

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30 janvier 2017

Aspe : le visage de l'incommunicabilité

 Promesse de neige

cliquer sur les images

La vue offerte depuis ma terrasse est à ce point spectaculaire qu'il m'est de plus en plus coûteux de jouer les nomades aventuriers et de me perdre dans les hauteurs pyrénéennes. Prendre la voiture et m'arracher à la foule des affairés, à la circulation urbaine me pèsent souvent.

Ouverture matutinale

Alors, je contemple à distance les cimes coruscantes de l'Escurets et de l'Ourlène tant de fois parcourues.

Je trouve heureusement quelquefois l'énergie pour filer plein sud comme au temps heureux de mon invraisemblable arrivée sur les terres béarnaises, période où comme un fou d'azur, je courrai mains ouvertes dans les pentes, ivre d'espaces et de nature retrouvés, redéployant un devenir-animal trop longtemps brimé par des années de domesticité septentrionale.

Effacement

Hier donc, en compagnie d'une Sibylle, je m'échappai, de façon impromptue sur les hauteurs d'Aspe, non loin des tourmentes frontalières, là où dansent les brumes tourbillonnantes d'une créativité hors langage.

Invasion...

 Le silence hiémal de ces altitudes me tient à distance des choses délestées de leur nom. La force du réel est palpable, sensible. Icare, figé dans les glaces, figure exubérante de l'hybris solaire, a terminé sa course folle dans les plis de la matière blanche. 

Frontière

 L'incommunicable est évidemment la loi pour l'homme éveillé. D'où parlons-nous sinon de nos singulières forces dont nous ignorons le jeu d'affects qui les constitue ? Nous pressentons combien le dire s'évapore et se dissout comme le pas du marcheur dans une neige précoce. 

Tourmente

 L'absurdité de la vie ne réside pas plus dans la vie que dans la surdité qui nous tient au plus loin de nous-mêmes et nous empêche d'ouïr la subtile arabesque des intensités telluriques qui nous pousse à la parole, au dire intentionnel. 

Vers l'Ibérie

 La tectonique des profondeurs fait le rythme et la sismicité de nos échanges. Ces deux observateurs, ces témoins ne se savent-ils pas aussi solitaires que le plus grégaire des hommes ?

Apparence

L'opacité gagne le monde des vivants rongés par le vouloir. Leur cécité n'est-elle pas aveuglante ? Faudra-t-il, tel Oedipe, se crever les yeux et voir pour la première fois ce qui nous empêche de voir ?

 Marcher

Source féconde de l'incommunicabilité,

Dans le silence du temps décomposé

Aspe se drape du voile de la Vérité. 

Incommunicable

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25 janvier 2017

Illicite !

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Loin des culs-serrés, des pisse-froid, des têtes-plates, loin de la vie de château, de la molle bandaison des corrompus subventionnés, des profiteurs éhontés qui, sans vergogne, donnent à tous des leçons de moralité, qu'il est jouissif de s'abandonner à la vigueur dionysiaque du clown illicite, "laissant son âme indolente dériver en ses grands palais."

Higelin - Illicite.wmv

Un moment d'intensités écartelées sous l'énigme d'une capricieuse caresse. Ici, ça respire, ça ventile, ça bande haut dans la sueur partagée d'un corps à cris aux rythmes interlopes. "Il n'y a que l'interdit qui m'excite, qui pique mon imagination". A l'épreuve de la plus rauque des ivresses, jamais nous ne nous sommes sentis plus vivants, plus dignes d'une rencontre devenue fête, aventure des profondeurs, pionniers des intermondes. Du grand Higelin !  

 

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11 janvier 2017

Epicure : le choc des divinités

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        Imaginons un cours de philosophie consacré à l'épicurisme et plus précisément au second passage de la Lettre à Ménécée dans lequel le maître du Jardin déconstruit avec une impitoyable rigueur rationnelle les projections anthropomorphiques des hommes, empêtréés dans l'image des dieux créateurs, des dieux jaloux, revanchards, colériques, soucieux d'être priés, idolâtrés, loués, bref, des dieux se comportant stupidement comme des autocrates ou des tyrans, rongés par toutes les passions et l'hybris qui font l'animal humain. Dans un tel cours, les élèves découvriraient avec une relative stupéfaction combien les fictions de l'imagination et la peur créent des monstres, et plus grave encore, des intoxications contagieuses qui interdisent à ces mêmes humains de réfléchir et d'interroger la véritable nature de ces divinités supposées. Un dieu pourrait-il vouloir être prié, pourrait-il se mettre en colère ou se venger des hommes, pourrait-il pardonner ou récompenser ? Comment une telle niaiserie n'apparaîtrait-elle pas à l'esprit sensé comme la négation de la définition élémentaire du dieu bienheureux et parfait, jouissant dans sa perfection et son autarcie de la plus haute sagesse ? Pourquoi cette figure de la sagesse irait-elle se corrompre dans les miasmes putrides de l'humanité ? Qu'irait-elle faire dans cette galère, elle à qui rien ne manque ?

       C'est qu'en fait, les dieux n'intéressent pas réellement les hommes. Pour lutter contre l'angoisse du devenir et l'incertitude qui sont la condition même du vivre, il fallait un remède, un "pharmakon", autant dire des divinités au pouvoir "humain trop humain", des Pères de substitution comme le verra plus tard Freud. Ce remède qui fut celui des Grecs superstitieux, mais au fond de l'humanité religieuse, se révéla bien pire que le mal. Un "poison" en vérité, ce qui est précisément l'autre sens du "pharmakon", un poison capable de maintenir toutes les dominations possibles et d'entretenir dans la fausse piété, la même peur, la même inquiétude devant le hasard et l'absurdité de la vie. Que valent la compréhension rationnelle des dieux et l'acte de penser devant la peur et le désir de domination ? Et par où passe ce désir sinon par l'abrutissement des masses et les conditionnements rituels qui fondent le pouvoir traditionnel et ses hiérarchies ?

       Imaginons que ces questions se posent précisément lors de ce cours de philosophie et qu'à cet instant, il soit perturbé par des bruits provenant de la salle voisine, par une sorte de chant récréatif et lancinant, de plus en plus insistant et étrange, au point qu'on finisse par distinguer ce dont il s'agit : la récitation joyeuse d'un "Notre Père" par un groupe de bambins suivant un cours catéchétique dirigé par une Soeur dévouée ! Que pourrait bien penser à ce moment précis, l'élève de classe terminale de l'argumentation du philosophe grec, mort il y a près de 2300 ans ? Y aurait-il d'ailleurs matière à penser quelque chose de cette irruption inattentue ? Il n'est pas impossible que dans un tel contexte, le professeur de philosophie, réagisse, lui, à sa manière, levant sa tête, tournant son regard vers le plafond d'un air pénétré, en s'exclamant avec l'humilité requise : "Ciel ! un impondérable !"

 

 

 

 

 

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31 décembre 2016

Balades pyrénéennes de fin d'année

        Pour lier dans un même mouvement passé et avenir, voici quelques images de mes dernières déroutes dans la douceur béarnaise entre coteaux et Pyrénées. Cliquez sur les images

Vgnemale

 

  

Midi d'Arrens

 

 

Néouvielle

 

 

Balade en coteaux - l'Ossau

 

 

Plateau du Bénou

 

  

Massif du Ger

 

  

De rocs et de pointes

 

 

Néouvielle - Pic Long

 

 

Soum de la Pène - vue orientale

 

 

Pène - Vue occiendtale

 

  

Pic Permayou

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29 décembre 2016

Rosset entre ivresse et allégresse

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     Quelle joie matutinale d'écouter et d'entendre Clément Rosset dans Les Nouveaux Chemins parler de l'ivrognerie, de l'ivresse dionysiaque, du double, de la musique, de Nietzsche évidemment et de l'allégresse comme chemin d'accès au réel. La voix rauque, balbutiante, hésitante, dévoreuse de syllabes et de mots, décalée à la façon de Tournesol, allergique à la musique de Beethoven tel Haddock face à la Castafiore, voix indocile et faussement naïve, est à elle seule, une expérience de la belle ivresse, fruit d'une idiosyncrasie qui coïncide parfaitement avec son "idiotie" fondamentale. Voix sourde s'il en est, tant elle résonne d'une profondeur en prise directe avec l'absurdité du monde. Voix sourde qui se fait légère en sautillant d'un point à l'autre, d'une perspective à l'autre, déjouant notre impérieux besoin de logique, de continuité, de cohérence. Voix trouée par le rythme hasardeux du réel, par une ébriété philosophique d'autant plus fécondante qu'elle est déconcertante, Rosset nous emporte dans l'univers du simple qu'on n'entrevoit plus guère.

       Il y a une forme de sagesse active chez cet homme qui jamais n'attaque, ne condamne ou diminue ceux qui ne comprennent rien à ses thèses comme à celles de Nietzsche. A un de ses collègues marxiste qui s'étonne du goût de Rosset pour l'oeuvre du Moustachu à laquelle il prête, de façon ridicule, la volonté de "liquider tous les ouvriers", il répond sobrement : "Ha bon ?! Tu m'apprends, tu m'apprends !!

      Il nous rappelle, non sans enthousiasme, qu'il a puisé une part essentielle de sa compréhension de l'allégresse chez Nietzsche, à la fin du Zarathoustra, dans Le chant d'ivresse, qui initie l'esthète à la joie devant le réel pur, "la joie qui veut l'éternité de toute chose", cette joie toujours plus profonde que la tristesse.

 "Je me suis éveillé d'un rêve profond : 

Le monde est profond et plus profond que ne le pensait le jour.

Profonde est sa douleur,-

Et la joie,-plus profonde encore que la peine du coeur."

      Je ne puis oublier ce délicieux moment passé chez lui, sur la terre ensoleillée du Néo-Mexique lorsqu'il offrit aux quelques amis-philosophes dont j'étais, un Gin-Tonic sans Tonic (ou presque). Nous partageâmes une ivresse bleutée comme ses yeux d'enfant malin, comme le ciel azuréen, ivresse sensible, qu'une chèvre frondeuse vint interrompre pour signifier dans son bêlement, la fin de notre entrevue.

Démocrite Chez Clément Rosset

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28 décembre 2016

L'oreille intérieure (2) : le sommeil de l'archer

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           La figure du tigre n'est pas sans lien avec celle d'Apollon, le maître de l'arc. Sous l'apparente beauté de l'animal assoupi et de sa fourrure solaire rayée de stries ombreuses, se dissimule le terrible prédateur mangeur d'hommes, le lanceur de flèches acérées, capable de défaire une armée entière sur son propre terrain. La silencieuse harmonie est l'autre versant d'une rageuse sauvagerie. Cela revient à dire que la qualité du sommeil est à mettre en perspective avec le déploiement réel de ses forces propres dans la grande Nature. (voir l'oreille intérieure 1)

        Faudrait-il se guérir de la force vitale ? Quelle hypocrisie ! Faudrait-il réduire son espace mental au jeu macabre de son impuissance sans apercevoir simultanément tout ce à quoi on a soi-même renoncé ? Sans pressentir la sourde contamination qui s'est emparée de soi ? Allons bon ! C'est parce que le félin-dormeur se risque sur les terres ignorées de son être qu'il peut réduire à néant la troupe de parasites moribonds qui cherchent à le tenir éloigné de sa dynamique. C'est ainsi qu'il peut se laisser aller plus librement aux parages de l'intersubjectivité, au risque de la rencontre.

        En décochant ses flèches vitales aux limites du monde à la manière de l'archer Lucrétien, il voit plus loin. La plainte lancinante des insomniaques épuisés, des esprits valétudinaires se perd dans les intermondes. Au-delà de lui-même et de ses rituelles frontières, l'univers infini et les infinies possibilités d'exploration l'amènent à se déterritorialiser, s'éveillant comme jamais à la nouveauté du jour. 

 

 

L'oreille intérieure : le sommeil du félin

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          Les tigres dorment, paraît-il, dix-huit heures par journée soit les trois quarts de leur existence. J'ignore ce qu'ils vivent lorsqu'ils s'adonnent à ce repos majeur mais force est de reconnaître que la valeur de la vie ne se mesure pas nécessairement au temps passé à s'agiter en tous sens. Les félins, d'une manière générale, nous l'indiquent sous la forme d'une sagesse en acte. Le chat, ce tigre miniature, est un admirable exemple de cette pratique du repli dans les voies de l'intériorité. A ces heures, il ne dérange personne et laisse le vouloir-vivre opérer comme s'il n'y était plus.

         Pourtant, à mieux l'observer, il n'est pas rare qu'il donne des coups de pattes de-ci de-là, ce qui semble confirmer l'hypothèse selon laquelle il n'est pas totalement sans rapport avec sa condition de prédateur, vivant et mortel. Cela voudrait dire qu'il n'échappe pas tout à fait à la vie instinctive et au caprice de ce qui l'anime à son insu.

         Sans doute, en est-il de même pour nous. Le sommeil vaut comme un retrait salutaire par lequel le sujet expérimente une dissolution du moi et une étrange dynamique de désindividuation, parfois haute en couleurs et comme prise dans le jeu des formes liquides sublimées en visages, tonalités, vagues sonores, fracas du tonnerre et autres intensités primitives.

         Ce félinisme, cet art majeur de l'intériorité doit être loué comme l'épreuve intime d'un abandon à l'immanence des forces. Ce que la réalité ne nous donne pas ou plus depuis longtemps, nous pouvons avantageusement l'expérimenter durant le sommeil qui fait coïncider le Soi avec le Tout. L'énergie du rêve, c'est la pensée profonde qui renoue avec son origine, mêlant indistinctement la tonicité redoutable et contrariée d'Eros et de Thanatos, les pulsions de création et de désagrégation.

        C'est sous la bannière écarlate de Dionysos et de son double, l'archer Apollon, que naît le subtil équilibre qui donne au rêve sa puissante fécondité. La déprise qui anéantit le moi dans un réel quasi pur recharge l'organisme en créant de nouveaux agencements, favorisant parfois une insolite recomposition. Le plus grand malheur de l'homme est de ne rien pressentir de sa pensée onirique, de ses humeurs toxiques, de sa bile plus ou moins noire, de sa continentalité subreptice comme des forces de cicatrisation, toutes ces choses dissimulées qui font les intuitions philosophiques les plus inattendues. 

       Si le culte de la vie consciente et de l'activisme qui l'accompagne est un drame pour le type occidental ordinaire, le pire est encore d'être privé du rêve à l'image des insomniaques condamnés à l'errance nocturne cadavérique. Loin de son indicible source, rétif à toute forme d'abandon et de digestion, suffoquant en asthmatique à la manière de Cioran devant l'épreuve ingrate du réel disloqué, comment un tel homme pourrait-il comprendre de toute sa chair et en vérité ce qui se joue dans la tectonique des profondeurs à laquelle il résiste coûte que coûte ?

       Ne pouvant se payer le luxe de se frayer, en rêveur, un chemin métaphorique au coeur des tensions les plus vives de son être, l'insomniaque ne peut qu'hésiter entre la folie d'une condensation délirante et une hargne pour toutes les choses qui le rappellent à sa condition de vivant. A moins qu'il ne conjugue les deux dans un seul et même mouvement et dont le nihilisme pourrait bien être la posture finale, jouée sur l'espace mondain de la pensée représentative. Que le soleil n'a-t-il "déménagé devant l'irruption du chimpanzé" ? 

      Les chats déroutés, les tigres débottés, les Oniriques et les Siesteux dorment sur le sol et savent dans leur sommeil ce qu'ils doivent à la Terre qui les porte en les laissant couler et se perdre dans le grand Tout indifférencié. Là, une bien étrange mélopée se joue de leurs songes et les envahit. Comme le note Nietzsche dans son Zarathoustra, "que celui qui a des oreilles entende". Les artistes songeurs, ces grands et nobles rêveurs-félins dorment toujours avec leurs oreilles pointées vers l'intérieur. Ils n'ignorent pas à leur réveil, que toute pensée digne d'être pensée, est d'abord le fruit d'une polyphonie poétique intestine dont les images et la musicalité métaphoriques font signe vers l'Inassignable et qu'ils appellent, à défaut de mieux, le Réel.