DEMOCRITE, atomiste dérouté

23 janvier 2019

Epicure à Biarritz

 Atlantique

I

L'hiver est propice au repli, à l'attitude réflexive qui m'incite à me tourner au dedans de moi-même. Dans ce mouvement de somnolence se glisse parfois le sentiment obscur d'être tel un ludion flottant à la surface d'un océan soumis aux caprices des profondeurs, au dynamisme d'une houle indéterminée liée à des forces et des flux extérieurs. Nous sentons et nous expérimentons que l'essentiel n'est pas ce curieux miroir qui fait danser le moi et ses personnages sur cette étendue liquide offerte aux regards du monde. Le sol ferme ayant disparu, me voilà aimanté vers un gouffre sans visage. La lueur ombreuse de l'impensé peut alors irriguer la conscience d'une vertu nouvelle, d'une force qui la ramène à son origine. Pour les vieux briscards, les Déroutés et autres Nomades vagabonds de ce monde, conscients de leur imposture essentielle, quelque chose remonte à la surface comme le souvenir de ce que nous n'avons jamais cessé d'être, ce quelque chose qui nous imposa un jour de vivre en apnée, coupés en deux, chacun arraché à son propre tumulte, dessaisi de cette part idiote de soi dont l'expression est devenue proprement indistincte. Les sirènes chantent à Ulysse, l'entravé volontaire, l'envoûtante mélopée de son versant nocturne et féminin, la Chose qu'il lui faut absolument tenir à distance, cette Vérité qu'il veut entendre et saisir, cela même qui l'entraînerait dans les abysses et lui ferait perdre son nom.

II

Samedi dernier, au réveil, j'ai su instantanément que nous allions nous rendre avec Sibylle à Biarritz alors même que la veille au soir j'avais quasiment renoncé à entreprendre ce déplacement. La nuit porte conseil, dit-on. L'idée de passer le WE au plus près des vagues atlantiques, mais aussi d'aller écouter notre ami Frédéric Schiffter deviser sur la portée philosophique d'Epicure furent des stimulations suffisantes pour me soustraire à l'horizontalité matutinale. Je ne fus pas déçu. Notre philosophe balnéaire fit, sans la moindre note, une étude de la quasi totalité de La Lettre à Ménécée, analysant le tétrapharmakon à la lueur de la physique atomistique dans une salle comble, pleine de têtes aussi grisonnantes que séduites, incontestablement captivées par la prestance de l'orateur.

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Avec cette dose de chic et d'élégance, de distance amusée et d'intensité dans le regard, Frédéric fit une lecture schopenhauerienne du penseur de Samos, procédant d'un constat physiologique préalable, puisque toute philosophie est d'abord la pathographie de son auteur. Epicure, ce maigrichon valétudinaire souffreteux ne pouvait proposer qu'une philosophie à la mesure de son idiosyncrasie avec pour principale ambition une ascèse – bien loin du stéréotype du sybarite qui colle généralement à l'épicurien, en fait un art mineur consistant à cultiver les "désirs naturels et nécessaires" pour équilibrer l'âme et le corps (ataraxie et aponie). En effet, il n’y a pas grand-chose de commun avec la jouissance maximale recherchée par Calliclès le sophiste dans le Gorgias de Platon ou l'hédonisme majeur d’Aristippe et des Cyrénaïques.

Cette manière assez cinglante de dégonfler les idoles par la légèreté du propos n'est pas pour me déplaire même si je ne partage sur le fond qu'assez peu la lecture qui est faîte ici du programme épicurien, vidé pour l'occasion de sa dimension psychothérapeutique comme du travail sur les fictions de l’imagination. La caricature et la censure exercées contre l'épicurisme par les stoïciens puis les chrétiens montrent combien il y a du sulfureux et de l'infréquentable dans cette doctrine qui n’est pas une morale. Nous avons avec Frédéric un désaccord assez net. L'homme serait-il condamné à demeurer un gamin de 5 ans terrorisé par les fantômes qui courent sous son lit ou dans l'enfer des religions superstitieuses et de la vie post-mortem ? Non seulement, je ne le pense pas mais je sais par expérience que le travail psychique est susceptible de produire des réagencements, des distanciations symboliques, des déplacements utiles, introduisant du jeu sous l'effet d'une prise de conscience dans l’expression pulsionnelle. L’épicurisme crée des médiations précieuses et des outils qui ramènent l’homme à sa mesure dans le tout de la nature. Mais peu importe ici ce désaccord. Je connais depuis longtemps l'aversion du "philosophe sans qualités" pour tout enjeu éthique et somme toute, pour ce qui peut se comprendre comme un certain amour de la vie tel qu'il est pensé par les atomistes et plus tard par Spinoza, Nietzsche ou Clément Rosset.

D’ailleurs et sans doute avec raison, le public reste peu sensible à l'intervention que je propose comme aux rappels théoriques que je souligne. Et pour cause. C’est que ce n'est pas tout à fait Epicure qu'il venu entendre mais bien plus ou bien mieux, comme on voudra, la voix de leur philosophe balnéaire préféré (il n’y en a qu’un) aux indéniables blandices, capable de mettre en œuvre avec ce bel esprit de finesse et ce style qu'on lui connaît, la subtile et redoutable maxime de Pascal : "Se moquer de la philosophie, c'est vraiment philosopher".

 III

Glisse

Après l’excellent moment passé en compagnie d'Epicure, de la Schifftérina et de Frédéric, nous retrouvons la douceur des plages baignées de lumière et les lames puissantes sur lesquelles dansent d’autres surfeurs. Je m’étonne de ce désir de glisse qui consiste à demeurer le plus longtemps possible à la surface, au plus proche de l’écume et de la déferlante, arraché au magnétisme des profondeurs. L’océan produit sur moi un sentiment mélangé d’excitation jubilatoire et d’attention contemplative. Ma sensibilité démocritéenne et lucrétienne se réveille au contact des tourbillons : Turbantibus aequora ventis

 

Onde à Capbreton

 L’intuition du mouvement prend ici une consistance particulière. La vague condense la force du vent en une matière d’autant plus sensible qu’elle est insaisissable. Le récif nous rappelle au caractère moléculaire de l’eau qui se fracasse et vole dans les airs en se déchirant. La houle est la métaphore liquide du réel d’où tout procède. Le Tout de la nature enveloppe chaque chose singulière. Cette paradoxale jonction du particulier à l'universel fait le sens métaphysique de l'homme, son articulation à une forme d'éternité qu'il est possible de reconnaître jusque dans son idiosyncrasie sous la forme d'une intuition fulgurante, d'une "science intuitive" d'autant plus rapide et accélérée (une pensée à la vitesse de l'éclair comme le note Deleuze dans ses leçons sur Spinoza) qu'elle se donne à l'esprit en se retirant. 

Peut-être est-ce cela que la photographe tente de saisir dans son "objectif" tourné vers l'incessant mouvement des vagues et les reflets incandescants de l'astre majeur. Les simulacres voltigent tout en disparaissant. Ils nous indiquent une loi de nature, loi tragique, loi de l'impermanence : "C'est le même temps que celui de la naissance du plus grand bien, et celui de sa destruction". Epicure, Sentences vaticanes, 42

 

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23 novembre 2018

Sagesse de la temporalité végétale

Brumes d'aurore

Nous basculons inexorablement dans l'hiver. La couverture flamboyante de l'automne laisse peu à peu place aux tonalités grises qui signent le repli du végétal dans l'oubli et le sommeil figé de la Terre. C'est là la grande sagesse de ces vivants qui abandonnent l'agitation de la surface aux nomades excentriques que nous sommes, nous les humains affairés et sans gîte. 

Cimes d'Ansabère - Aspe

 L'arbre, dans sa vertu millénaire, est un modèle d'éco-philie. Il s'enracine dans la Terre-Amie sans la détruire ni la haïr. Ouvert sur le ciel aérien l'été, il s'endort, se régénère dans l'humus recouvert de feuilles.

Billare - Lescun

 Comment ne pas songer à ralentir notre frénésie, notre activisme délétère ? Comment ne pas sentir dans cette langueur végétale la temporalité qui convient aux êtres sensés ?

Lac blanc - Néouvielle

 Les choses ne se font-elles pas d'elles-mêmes, "nature naturante, nature naturée", rythme impensable et oublié, d'autant plus fécond qu'il ne se laisse jamais saisir dans les mots ? 

Lume d'automne - Barèges

 

Blandices d'automne

 La saison ne vient pas quand je veux, elle vient quand elle le veut, à un rythme si imperceptible que toutes les transformations qui font la beauté de ces paysages ouverts sur les cimes pyrénéennes demeurent silencieuses et sans raison. Voilà pourqui nous ne les remarquons pas.

Rigueur hiémales

Il est essentiel de faire retour vers l'originaire, retrouver en soi l'élémentarité des processus créatifs pour devenir sensible à la puissance énigmatique de ce qui s'est ainsi constitué sans intention.

Clameurs verticales - Vallée d'Ossau

 

Clameurs verticales 2

 L'aurore volcanique passe comme une danse vagabonde offerte aux poètes du présent et avec elle nos conventions se consument dans le brasier de l'incertain.

Embrasement

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24 juillet 2018

La Nature infinie

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"Quand j'écoute la Nature, je suis partagé entre le sentiment de la multiplicité et celui de l'unité fondamentale. Ma conception de la Nature, qui est dans l'infini et dans l'éternité, est une conception métaphysique, puisque la métaphysique est cette partie de la philosophie qui a affaire à la totalité de ce qui est. Le silence de la Nature devient alors métaphysique parce qu'il amène dans mon esprit des idées. Si je suis dans la solitude profonde dans la Nature, si je tourne mes regards dans la profondeur illimitée du ciel, vers l'infini du ciel, je songe que nul savant, ni Einstein ni ses successeurs, ne peut atteindre la totalité de la Nature. Un cosmologiste ne peut dire quel rapport il y a entre l'Univers du Big Bang et la totalité de la Nature. Par conséquent, je peux m'appuyer sur mes évidences immédiates qui me disent que l'univers est infini (indéfini), que nous sommes environnés par l'infini. La clef de la sagesse est qu'il faut penser toute chose sur le fond de l'infini."

Marcel Conche, Epicure en Corrèze

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16 juillet 2018

Le foot : antisport et misère humaine

 

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Il est pour le moins intrigant d'observer à bonne distance l'hystérie collective qui s'empare des peuples à l'occasion de la coupe du monde de football. Le football, un sport ? Rien n'est moins sûr. Il suffit d'assister à quelques matchs pour être immédiatement saisi par le joli portrait de l'humanité que dessinent ces champions de la triche. Certes, on ne demande pas à des footballers d'être des parangons de haute vertu mais l'image pathétique qu'ils renvoient sous des tonnerres d'applaudissements interroge les phénomènes d'identification qui les portent et les supportent.

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Pas une action, pas un moment d'intensité sans un tirage de maillot, sans un agrippement, un fauchage, une prise de judo, la projection de l'adversaire ! Une fois leurs forfaits accomplis, voilà nos héros gesticulant sans vergogne pour signifier "je n'ai rien fait, il est tombé tout seul !". Le carton jaune fait l'objet d'un calcul. Sa valeur dépend de la "dangerosité" de l'action entreprise par l'équipe adverse de sorte qu'envoyer le rival au tapis, quitte à lui broyer les tibias ou les genoux, peut valoir le coup ! De même, les lamentables jérémiades des joueurs tombés au sol, roulant de tous côtés de douleur afin obtenir déloyalement un coup franc montrent à quel niveau de moralité se hissent ces idoles. Que l'arbitre prenne sa décision et voilà nos souffreteux contorsionnés cavalant à nouveau comme des lapins ! La simulation, la dissimulation, le mensonge, la roublardise sont ici la règle et offrent un beau spectacle pour une jeunesse avide de modèles. 

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Verrait-on pareils gestes au volley-ball, au hand-ball, au tennis et même en boxe anglaise ou française ? L'auteur de la moindre attitude antisportive serait immédiatement sanctionné et sorti du terrain ou du ring. L'esprit du sport se reconnaît à la sublimation relative de la violence dans la maîtrise de soi et dans l'acceptation des règles collectives. Le football n'est pas un sport mais la mise en scène outrancière de la violence sociale et de l'arrivisme de ceux qui courent derrière la reconnaissance et les millions qui l'accompagnent. 

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D'où vient que ces pratiques consternantes ne suscitent pas une réprobation collective alors qu'elles sont rendues visibles comme jamais lors des ralentis filmés en gros plans ? D'où vient que des masses se sentent portées par des immatures capables de transgresser toutes les valeurs supposées du sport ? C'est que ce narcissisme de la réussite est à l'image de l'homme contemporain et plus largement à l'image de l'homme pulsionnel prêt à tout pour gagner. Les footballers ont au moins le mérite de nous offrir une leçon d'anthropologie machiavélienne : "On peut dire en effet généralement des hommes qu'ils sont ingrats, inconstants, dissimulés, tremblants devant les dangers et avides de gain." (Le Prince, chap. XVII)

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Oui mais quel gain ? Pour les joueurs, des primes de plusieurs centaines de milliers d'euros et des contrats futurs mirifiques. Pour le politicien ? Une formidable récupération médiatique dont le bénéfice est bien supérieur au costume présidentiel détrempé pour l'occasion. Pour les médias, des parts de marché et le culte du bla-bla à l'infini. Pour les autres, c'est-à-dire les masses, quoi donc ? Car enfin, qu'est-ce que les Français ont de plus qu'hier avec cette coupe sinon un butin imaginaire, un fétiche qui ne change rien à leur situation ? Peut-être un sursaut d'orgueil dans une affirmation identitaire et phallique ? Et plus fondamentalement, que nous apprend cette pratique mondialisée sinon qu'elle nous met en présence de la caducité totale des activités humaines, de l'insignifiance de ce monde et de ses productions imaginaires ? Par leur petitesse morale, par leur obscénité, les héros du ballon rond donnent à contempler la misère universelle, le vide autour duquel gravitent les sociétés humaines. Si courir derrière un ballon n'a pas grand sens, courir derrière une image, derrière du pognon, derrière la reconnaissance sauve les apparences ce qui n'est pas tout à fait rien. Jadis, les empereurs distrayaient les foules avec du pain et des jeux. Aujourd'hui, on a le ballon, la pub et le pognon, autant dire "'la même chose mais autrement".

 

 

 

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20 juin 2018

Relation de plaisir - relation de désir

 Peyreget - Ossau_modifié-1

Suite à un café-philo relatif au désir, une idée importante est apparue vers la fin entre ce qu'il conviendrait d'appeler une relation de plaisir et une relation de désir. La première caractérise un type de lien dans lequel le sujet est mu par la recherche assidue et persistante d'une satisfaction momentanée, agréable (voir PS), sans autres enjeux apparents que l'expérience immédiate : plaisir de boire un verre, de déjeuner et diner avec d'autres, plaisir de rire, de festoyer, de discuter, de regarder la télévision, de s'abandonner aux sirènes d'une relative excitation physiologique. Voilà l'oeuvre du principe de plaisir. Comme l'a bien vu Freud et bien avant lui Epicure, l'appareil psychique fuit spontanément la douleur, le déplaisir en recherchant sans cesse la polarité opposée, ce qui exprimerait ici des pulsions d'autoconservation dont le bénéfice est assez évident mais dont le risque est aussi la déréalisation. Ce qui vient corriger pour partie ce risque est le principe de réalité contraignant le sujet à l'adaptation et au compromis.

La seconde relation -de désir, peut s'entendre comme l'expression d'une relation d'intégration par laquelle le sujet laisse une place à la polarité multiple de son désir et se propose de rencontrer aussi l'autre dans son désir. Cette relation est d'emblée problématique, délicate, risquée, aventureuse, contradictoire et complexe mais aussi vivante que peut l'être un tissu vivant apte à se transformer par métabolisations successives d'éléments divers. Sans doute tente-t-elle l'exploration d'un noeud qui articule les divers plans de la vie intérieure : imaginaire, symbolique et réel dans une recherche et une expression d'autant plus impliquantes qu'elle peut se tourner vers l'autre.

Si la première relation est centripète et considère le désir comme moyen de combler un manque à la manière du besoin, la seconde est plutôt centrifuge en ce que le désir pousse le sujet à se heurter d'une part à sa propre énigme -l'énigme de son désir, d'autre part à celle d'autrui (altérité) sous la forme de l'intersubjectivité. C'est là qu'un acte de pensée devient possible autour de ce centre obscur qui n'appartient ni à l'un ni à l'autre mais qui rend la relation aussi intéressée (au sens de Heidegger) que dynamique. Notons que ces deux modalités configurent le désir soit comme manque défini ainsi par Platon et Schopenhauer, soit comme puissance  par Spinoza, Nietzsche et Deleuze.

Si les philosophes depuis l'Antiquité se méfient du désir, ce n'est pas nécessairement parce qu'il serait mauvais en soi mais plutôt parce qu'en tant qu'appétit de l'agréable comme le note Aristote, il engage l'homme à ne plus tenir compte de la réalité en fabriquant des illusions souvent tenaces. Sans doute est-ce là une des raisons qui détermine la plupart des humains à considérer les philosophes comme des rabat-joie, comme des gens décidément trop sérieux, comme de tristes sires toujours prompts à saper le moral de ceux et celles qui font du plaisir tranquille l'unique source d'organisation relationnelle.

De là cette allergie de leur part vis-à-vis de toute forme de négativité, de discours portant sur la souffrance, la difficulté de vivre, l'angoisse ou l'inquiétude structurelle qui accompagne la vie psychique. Certaines personnes préfèrent considérer que tout va bien coûte que coûte dans une attitude qui transpire le déni des profondeurs voire la forclusion. Cela n'a rien de condamnable en soi. Toutefois, il est aisé d'entendre derrière cette organisation pulsionnelle caractéristique un système plus ou moins efficace de verrouillage maintenant les pulsions agressives hors de la représentation grâce au divertissement ou à cet art de la diversion comme dit Montaigne. Ainsi, la relation de plaisir ne peut-elle devenir qu'un moyen d'entretenir une consommation de plaisirs successifs sans interroger quoi que ce soit du désir du sujet, en le tenant à l'écart de sa propre réalité comme de celle d'autrui. On peut se demander si dans cette configuration la présence de l'autre ne vaut pas que par le vide qu'elle doit remplir et non par les enjeux qu'elle pourrait susciter, relation circulaire et tautologique sans tiers dont les émanations sentent la fixité à la norme, ce que Canguilhem appelle le pathologique.

Notons que c'est ici que se distingue une conscience philosophique d'une conscience qui ne l'est pas. "Le plaisir est le commencement et la fin de la vie heureuse" écrit Epicure. Oui, mais il ne s'agit nullement d'un point de départ imaginaire fondé sur une cécité personnelle et une incapacité introspective. Pour parvenir au plaisir éthique du sage qui ne soit pas que le reliquat d'une déréalisation, il est indispensable d'opérer par la pensée "un travail du négatif" par lequel le sujet interroge la contrariété de son désir, non pour la nier mais pour lui donner une forme créative dont l'amitié peut devenir le cadre privilégié. Si la relation de désir laisse une place au plaisir ce n'est pas par simple commodité mais plutôt de surcroît. Plus que de plaisir alors, cette relation peut s'accompagner d'une joie qui n'est certes pas garantie mais qui a au moins le mérite de prendre le risque de la création, ce qui n'est jamais l'enjeu d'une relation de plaisir.

PS : On peut établir une analogie avec la distinction kantienne entre l'agréable et le beau dans la Critique du jugement. L'agréable est toujours un jugement relatif, autocentré portant sur un plaisir passager ; le beau est un jugement tourné vers une altérité : l'universalité d'une expérience possible.

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13 juin 2018

Gardeure de troupeaux

Ayo, gardeure de troupeaux

L'autre jour, profitant d'une accalmie, si rare en ces temps de marasme météorologique, j'ai filé dans les hauteurs pour une errance solitaire et féconde sur la bordure centrale de la Sède de Pan. Je n'avais pas prévu de compagnie pour cette déroute montagnarde. Et pourtant, une femelle border collie s'est liée d'un curieux amour pour moi et réciproquement -c'est comme ça que je lis la chose, et m'a accompagné tout le jour, de l'aller au retour, obéissant gentiment aux précautions que je formulais à l'approche d'un troupeau de vaches béarnaises aux aguets, répondant à mes sollicitations avec une douceur et un regard troublant qui semblait dire : nous nous comprenons. Nous partageâmes comme un vieux couple de randonneurs aguerris, boudin basque, pain au chorizo et gâteaux dans une tranquillité silencieuse et réparatrice face aux cimes pyrénéennes encore marquées par l'hiver et les neiges de printemps.

Gardeure de troupeaux

J'ai songé à Schopenhauer et à son amour des chiens, à cette reconnaissance des vivants qui transcende l'espèce et les catégorisations humaines, à sa critique bien légitime du Christianisme qui ne fonde la valeur morale qu'en la conscience de l'Homme, seule créature raisonnable, renvoyant les "bêtes" au niveau des "choses sans raison dont on peut user à sa guise" comme dit Kant. Cette conception étroite, anthropocentrique et meurtrière à l'endroit des animaux est d'une affligeante bassesse si on la compare au bouddhisme. Le vieil Arthur ne s'y est pas trompé : « Les animaux sont principalement et essentiellement la même chose que nous. » Si, comme le note La Bruyère, "il n'y a que trois événements dans l'existence : naître, vivre, mourir", qu'est-ce qui nous distingue sur le fond des autres vivants ?

Ce fut difficile et émouvant de quitter Ayo, le chienne "gardeure de troupeaux" ayant eu le sentiment d'un partage intersubjectif  autant qualitatif que silencieux, peut-être supérieur à bien des relations humaines. Avant de rentrer chez elle sous les ordres de son maître, elle se retourna 4 fois dans ma direction comme pour dire  : je me souviendrai de toi.

Ayo

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09 juin 2018

Fragments indociles 1

Œil indocile

I - Météorologie

Le mois de mai, particulièrement éprouvant sur le plan climatique fut l'occasion d'une plongée dans les méandres de l'intériorité, au coeur d'une tonicité contradictoire faite de brumes ensauvagées, d'orages tumultueux, de coups de tonnerre assourdissants, de pluies interminables. L'humeur a quelque chose d'atmosphérique, de météorique comme je l'ai souvent noté, et la dépression guette lorsque le soleil disparaît trop longtemps derrière l'inlassable férocité des nimbes atlantiques. Le ciel bas n'est pas ici la cause de cette immersion mais bien son occasion, congruence et perméabilité du corps soucieux de son propre repli et d'une sagesse en exil. Quel héros faut-il être pour accepter l'interminable descente et se risquer au plus près de la décomposition, jusqu'à la dislocation de la parole ? La sourde douleur privée de tout écho, de toute image en appelle à la vertu des profondeurs, à l'intelligence archéologique, au téméraire creusement qui ne va pas sans un certain goût pour la vérité. Sous la masse obscure de mille pitons fossilisés un autre voile ne se dissipe guère mais laisse résonner la lointaine mélopée de quelques plaies encore béantes dont les vapeurs acides courent le long des pentes de basalte jusqu'à l'improbable sortie, jusqu'à ce que le ciel se libère et que le soleil brille à nouveau.

 

II - Haine de la complexité

Mercredi dernier café-philo consacré à l'égoïsme (est-il blâmable ?). Partout où le dire se laisse prendre dans les filets de la morale, la pensée a déserté. L'usage de ce terme -l'égoïsme, traduit immanquablement le besoin holistique de faire monde et de sauver coûte que coûte un ordre préconçu, un type de hiérarchie à grands traits de simplifications outrancières. Nous ne voulons pas savoir ce que nous disons lorsque nous l'utilisons et pour cause, c'est là sa raison d'être. L'égoïste, c'est toujours l'autre et l'autre est toujours simple dès lors qu'il peut être jugé. Voilà qui sent à plein nez la réaction organique, la sueur froide d'une excitation nerveuse refoulée. Il y a de la plainte, de l'é-nervement, de l'irritation dans ce jugement, une agressivité rentrée qui condamne tout en fabriquant la magie du désintéressement dont l'altruiste est le parangon héroïque. Partout où on taxe quelqu'un d'égoïste, un juge a pris le pouvoir pour condamner ce à quoi lui, le juge, veut absolument renoncer : la complexité de son idiosyncrasie.

 

III - Le goût du barrage

"Ne pas céder sur son désir" : Combien de digues, de canaux, de murs bétonnés, d'édifices avons-nous construits pour fractionner le courant de notre intériorité et interrompre le devenir ? Combien d'idoles cristallisées infiltrées dans la psyché pour nous projeter à l'avant de nous-mêmes et nous perdre ? Combien de demandes et de transactions névrotiques pour nous tenir à distance de notre propre puissance ? Combien de symptômes et de handicaps, de paralysies et d'angoisses pour briser le flux et nous contenter d'une jouissance misérable ? Ne pas céder sur son désir, tel est le programme éthique de l'homme libre, sa vertu, son courage, sa création singulière, sa force d'âme. Chacun sait en vérité, car sa troisième oreille lui souffle le vent des profondeurs où il a à chaque fois renoncé, quand il s'est divisé au point de se compromettre dans l'aliénation et dans le jeu tyrannique des pouvoirs. Chacun peut sentir combien son dire, surtout le plus savant, teinté d'universalité n'est qu'une tragi-comédie masquant ses renoncements personnels. Céder sur son désir, voilà où se loge bien souvent ce qu'on appelle pompeusement une conscience philosophique, un art de se raconter des histoires, un art de spécialiste, d'ingénieur, de savant qui, oubliant de bricoler ou d'inventer des chemins ouverts ne cesse d'élever des barrages pour mieux céder. 

 

 

 

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20 avril 2018

Homo diffidens et vérité subjective

 

Spéculaire ?Spéculaire

 La vie sociale et relationnelle s'articule autour d'un contrat qui consiste à éviter à tout prix l'irruption de la subjectivité, de sa profondeur, de ses tourments. Cela peut intriguer mais si nous constatons la nature des affects (la paranoïa) qui conditionnent l'adaptation du moi au réel, on peut comprendre qu'il soit absolument contre-indiqué de se laisser aller à la confession publique ou à l'expression de son fond obscur. Si nous sacrifions à la norme commune c'est parce qu'il s'agit de se sauver soi-même dans les apparences du jeu social en se laissant jouer, berner, séduire. Remarquons qu'avec ce jeu c'est aussi une part de l'humanité qui est sauve contre la pulsion instinctive, contre la violence brute de la nature, contre la courbure grimaçante et torturée de nos penchants. Il est par conséquent possible de voir dans cette convention bien comprise une forme d'adaptation superficielle mais assez efficace qui est celle du polissage social et par extension d'une relative politesse. La logique du masque est la règle et le masque protège autant qu'il cache de la sauvagerie de nos impulsions.

 L'un dissimule ses complexes, l'autre la fuite de sa maisonnée, d'une femme ou d'un mari insupportable, celui-là parle de tout sauf de ce qui le meut en vérité, celle-là gravite autour d'une faille narcissique qui est d'autant plus présente qu'elle est tue, un autre enfouit ses toxicomanies, sa violence, ses traumatismes et celui-ci revendique des vertus et pratique l'envie, la jalousie sans même l'apercevoir etc. Chacun parle mais évite de dire, de se dire soi-même ou d'entendre l'autre dire ce qui l'anime en vérité. Telle est la jouissance de la parole qui fait l'économie de la rencontre intersubjective tout en donnant l'illusion d'avoir partagé bien des choses. Il est assez remarquable que le masque laisse passer un certain nombre d'éléments par devers soi, dans l'ombre de la parole. L'envers du décor circule un peu pour qui entend le non-dit du discours. 

 Toujours est-il que ce contrat que nous tissons avec les autres est à l'évidence un pacte de non-agression. Dans ce jeu, chacun prend plus ou moins plaisir à se faire passer pour celui qu'il n'est pas, à fabriquer un rôle qui le tient à distance de ses secrets comme à distance du secret des autres. Nous nous comprenons dans ce théâtre qui ne consiste pas seulement à se mentir à soi-même, à se détourner de sa condition comme l'a bien vu Pascal mais aussi et surtout à ne pas donner prise aux autres, en somme à nous protéger du risque majeur de l'exposition subjective qu'on ne pardonne guère compte tenu de son accent de vérité, rarement admissible.

 C'est dire si la rencontre est dangereuse. Se livrer, dire ce qu'il en est de ses affects réels, de ses craintes, de ses obsessions, de ses frustrations, de ses tentations reviendrait très certainement à armer l'autre, à lui fournir un arsenal prêt à l'emploi pour colporter, humilier, railler, nuire, détruire. Homo homini lupusHomo diffidensCau te. Les philosophes sérieux le savent. Se tenir à distance est une précaution nécessaire, une prudence procédant de la plus grande lucidité.

 Il y a un tel écart entre ce qu'on pourrait se raconter à soi-même si on s'y autorise dans le secret de son intimité et ce qu'on narre sur la scène sociale, qu'il faut bien admettre l'existence d'une possible coupure, d'une scission voire d'un déni des profondeurs barrées par l'intériorisation des images qui font le moi grégaire. Comment ne pas éprouver la morsure de la solitude dans ce qui pointe en nous et qui doit être maintenu hors d'état de nuire ? La solitude et l'errement subjectif sont le prix à payer pour ce refoulement organisé, un prix servant l'intérêt social et dont le moi est le prolongement sur la vaste scène de la représentation.

 Se risquer dans la parole c'est marquer un arrêt, faire étymologiquement scandale, cesser de jouer provisoirement le jeu, "ne plus céder sur son désir" comme dirait Lacan, en opposant à la défiance générale la confiance dans son propre désir, ce par quoi la vérité du sujet peut prendre sens. Mais notons que l'expression de ce désir socialement inaudible ne se fait pas sans affrontement intérieur, sans devoir vaincre la structure organisée en soi et intériorisée de la convention qui nous tient ordinairement à distance de nous-mêmes. Cette confiance est en fait la victoire d'une nouvelle hiérarchie par quoi le sujet saisit un peu mieux ce qu'il en va de lui et de son désir de vivre.

 

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18 avril 2018

De l'affect paranoïaque : des larmes et du sang !

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L'article précédent nécessite quelques précisions. Pour saisir ce qu'il en est de la structure paranoïaque, il faut se placer sur le plan des affects qui déterminent le fait de penser et non sur celui de la taxinomie psychiatrique. La plupart des constructions philosophiques, la totalité des élucubrations religieuses, ce que Comte appelle l'état théologique comme l'état métaphysique lorsque l'esprit s'évertue à chercher le pourquoi des choses, sont des émanations d'une paranoïa fondamentale dont l'objectif premier consiste à réduire l'étrangeté et l'hostilité de la nature c'est-à-dire du réel. C'est parce que le réel est indifférent à notre sort, parce qu'il nous détruit sans raison, parce qu'une goutte, une vapeur comme dit Pascal, suffit à nous précipiter dans le néant que nous sommes condamnés à cultiver une défiance indéracinable vis-à-vis de ce qui est. Comment ne pas croire qu'on nous en veut et que le sort ne s'acharne contre chacun d'entre nous ? Comment faire face au risque insoutenable dans lequel la vie nous a placés ?

Le mécanisme est simple : il consiste, comme le note Spinoza, "à faire délirer la nature avec nous",  à projeter sur ce qui ne fait pas monde, sur l'irrationnel et l'insensé le fonctionnement de l'ordre humain, son besoin irrépressible de sens. Ce délire est la structure paranoïaque par excellence. Anthropomorphisme et anthropocentrisme sont les acteurs de l'opération. On prête au réel des intentions, des volontés, des motivations, des finalités. On lui assigne un vouloir dont les dieux sont les métaphores terrorisantes ou les Idées auxquelles il faut sacrifier. On attribue aux choses un sens alors même que tout indique que la vie est insignifiante. Le réel implacable devient le miroir de notre angoisse qu'il s'agit de domestiquer en le rendant familier c'est-à-dire humain. De là le déni de l'injustice, du monde pulsionnel, de la folie, de l'absurdité et bien sûr, de la mort. On invente une âme éternelle, une justice divine, un progrès de l'humanité. On rêve d'un sens historique, d'une Raison universelle, d'essences pour faire tenir "la branloire", autant de chimères pour répondre à l'absurdité et à la violence que nous adresse notre imposture fondamentale dans un univers qui n'a que faire de notre si vaine et dérisoire présence. Si encore cela fonctionnait. Mais le réel est inéducable ou pour le dire autrement, ça coince, ça couine, ça déraille, raison pour laquelle il y a besoin d'une victime expiatoire, de la violence du sacrifice, du sacrifié, de la mise à mort, de l'enfermement (voir sur ce point le texte de René Girard La violence et le sacré), mais aussi des révolutions, des guerres, des causes à défendre, autant de retours si manifestes du refoulé et si vite effacé de la conscience.

Que le réel ne veuille rien, c'est douloureux surtout lorsque nous sentons comme le note Heidegger que "sitôt nés, nous sommes assez vieux pour mourir", mais ce n'est pas tout. Car ce serait oublier que l'homme est aussi un prédateur, qu'il est un carnassier avide de combler la faille qui l'habite ce qu'aucun dieu ni aucune théorie ne peuvent adéquatement réaliser. La paranoïa comme découverte d'une scission irréductible entre le sujet et le moi aliéné à une image dont l'autre est le porteur (et le miroir le garant) a une dimension persécutrice qui se constitue dans l'enfance et se propage dans la vie adulte de manière structurelle. 

La vie sociale, la politique sont des extensions de la paranoïa personnelle comme affect psychique archaïque et dont l'autre est le visage menaçant. Démocrite, Epicure et plus tard Machiavel et Hobbes puis Freud l'avaient bien compris. De manière plus récente, on doit à Lacan la saisie de cette structure en rapport avec le désir de connaissance, manière imaginaire de désamorcer la dangerosité du monde. La confiance dont certains se targuent n'est qu'une réponse illusoire à l'affect d'angoisse profonde qui sourd dans la psyché et qu'elle cherche à neutraliser sur le mode de la pacification. Il est remarquable que pour signaler la confiance relationnelle on se serre la main ce qui signifie qu'on n'est pas armés et que nos intentions ne sont pas belliqueuses. L'absence de couteau, de pistolet suffit-elle à rendre une intention ? Loin s'en faut. Comme le dit Machiavel, "entre un homme armé et un homme désarmé la disproportion est immense.". C'est pourquoi ajoute-t-il dans le Prince, "quiconque veut fonder un Etat doit par avance supposer les hommes méchants". A la dangerosité des choses et des divers vivants hostiles s'ajoute la dangerosité de l'homo sapiens, si mal baptisé et pour cause.  "Homo diffidens" devrions-nous dire : homme méfiant !

La paranoïa est première car le réel est psychiquement inhabitable, rationnellement incompréhensible et rétif à toute forme de compromis. Il reste au sujet humain d'user de son imaginaire et de la croyance. Son seul véritable pouvoir est là, dans le mouvement aliénant de la reconnaissance spéculaire qui tient le sujet à distance de lui-même comme du réel. Il semble bien difficile d'accepter ce qui se présente comme une condamnation. Pour apaiser son angoisse et tenter de mettre un terme à la persécution, on cherche la vérité, on veut démasquer le complot ourdi par la fortune. On se cherche dans le vaste projet philosophique de la connaissance de soi et, bizzarement, plus on se cherche, moins on se trouve. Remarquons que, si l'autre me cherche, il n'est pas impossible qu'il me trouve. Dans les deux cas, ça finit mal : des larmes et du sang !

 

 

 

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05 avril 2018

Le fond obscur : Paranoïa !

Aporie

Le désir de philosophie ? Donner une place efficiente et une fonction hautement symbolique à sa propre paranoïa.

 

Paranoïa

 Une religion ? Forme institutionnellement élaborée de la paranoïa collective.

 

 

Lutter ?

Une idéologie ? Forme rationnelle et systématisée de la paranoïa collective.

 

Insulaire

Philosopher ? Un divertissement paranoïaque conscient de lui-même.

 

P1560332 bis

 

 

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