DEMOCRITE, atomiste dérouté

26 avril 2017

Chemin brisé

Grands Espaces

Rien de tel que de gravir des cimes et de sentir la solitude des grands espaces pour échapper aux miasmes d'en-bas. La puissance tellurique des pics d'Aspe dessine la sauvage frontière des origines. De l'autre côté se dissimule l'impossible, le sans-Voie. Gardons-nous de nous en approcher ! 

Sibylle sur la pointe de Surgatte

 

La lumière fécondante sculpte le relief. Sibylle donne la mesure de l'Immense sur la Pointe de Surgatte. L'Immense cache toujours son propre détail enveloppé dans les ombres naissantes.

Jonquilles - pic de la Gentiane

 

La grande séduction printanière a débuté sur les pentes du pic de la Gentiane où s'écarquillent les premières jonquilles, ces charmeuses solaires qui sourient aux cimes coruscantes du Sesques.

Lac d'Estaens

 

Sommes-nous vraiment arrivés ? Nous faudra-t-il un but ? Le lac gelé dément toute catégorie. Les saisons se mêlent et s'entremêlent saisonnant à l'infini l'innommable énigme. Le chemin se brise lui-même sur l'indiscernable et la pensée se résorbe à la lisière du réel.

Chemin brisé

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19 avril 2017

Philosophie politique de l'insoumission

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Jamais l'incertitude n'aura été aussi grande quant à une élection présidentielle. Le sentiment très désagréable du "tout est possible" dans une France passablement fracturée par un inquiétant antagonisme des forces en présence n'augure rien de bon. La victoire dramatiquement envisageable des réactionnaires de la droite-extrême qui s'accommodent sans vergogne de la corruption de leur chef et de sa folie autistique ou de l'extrême-droite paranoïaque, fait peser sur ce ciel clair de printemps, une étrange atmosphère d'imprévisibilité totale. Rarement la fortune n'aura été à ce point sensible. Car de son "opérativité" jaillira la victoire d'un système de forces sur un autre diamétralement opposé. Pour quels effets ?

Je m'étonne des réticences stéréotypées de certain(e)s collègues "philosophes" vis-à-vis du seul candidat qui ait bâti avec des milliers de citoyens une plateforme programmatique rationnelle et rigoureuse économiquement, dans l'esprit d'une philosophie de la résistance à l'obscénité oligarchique et médiacratique de notre temps. Et pourtant, celui-là nous rappelle au "phi" de la philosophie, à la culture grecque et à l'invention démocratique, à la décroissance épicurienne des désirs, au respect des animaux, à l'amour de la Nature qui constituait pour les Anciens le référent par lequel la vie humaine pouvait se situer dans l'orbe de la nécessité naturelle et universelle. Que vaut aujourd'hui dans notre monde désenchanté cette symbolique de la philosophie qui est aussi symbolique du "philein", de l'amitié partagée, d'un lien fécond tissé entre les hommes ?

Cet appel insoumis à la pensée n'entend pas réduire l'homme à ses seuls appétits de prédateur dont l'enrichissement illimité et la guerre de tous contre tous sont devenus la règle dans une Europe qui a organisé par ses traités la dérégulation économique et sociale. Les références instruites interrogent aussi le rapport du citoyen au pouvoir qu'il n'a pas. Son auteur fait signe, en lisant le Discours sur la servitude volontaire de La Boétie vers les compromissions des peuples qui font la tyrannie par le seul pouvoir de leur imagination délirante, "la folle du logis" et dont Pascal nous rappelle avec son génie propre, combien cette dernière est "maîtresse d'erreur et de fausseté". Ce qui se passe présentement en Turquie en est l'illustration dramatiquement la plus parlante. Votons pour un autocrate ! Il y a de la jouissance à se faire maltraiter, à payer une dette infinie, à saborder ses droits, à pratiquer le masochisme collectif ou le sadisme envers un ennemi imaginaire dont l'étranger ou le migrant est la figure cristallisée. Ces perversions s'emparent peu à peu des pays limitrophes de l'Europe et s'infiltrent partout jusque dans l'attitude réactionnaire de la droite française animée de pulsions agressives.

Mais voilà ! Quel prétendant à la fonction présidentielle aborde les enjeux de notre temps, fort de ces contre-pouvoirs que sont la raison et la philosophie ? Verrait-on la clique de l'Union des Moutons de Panurge (UMP) citer Montaigne ou Epictète ? Les macronistes se référer à Thoreau ou à Lucrèce pour penser le rapport de l'homme à l'animal ? Les paranoïaques de l'extrême droite évoquer les Cyniques de l'Antiquité ? Qui aujourd'hui se risque sur ce terrain de la pensée et de l'histoire, osant penser avec d'autres les possibilités d'une intelligence collective, instruite et citoyenne ? Qui aborde sans trembler les insupportables dérives de la monarchie présidentielle, la corruption des élus, la confiscation des pouvoirs, les grands enjeux écologiques planétaires, la paupérisation généralisée dans des pays de plus en plus riches en proposant des réponses raisonnées, argumentées, financées, fruit d'un authentique travail d'élaboration contradictoire, mené par des citoyens, des économistes, des sociologues, des philosophes, des mathématiciens ?

Il est difficile de raisonner en politique tant les passions sont fortes et les intérêts puissants. Il y a là une étrangeté qui ne laisse pas d'interroger l'homme de bon sens. Faut-il admettre avec Machiavel et Hobbes que la politique n'est qu'une affaire de régulation des affects et dont le principal serait la peur ? Peut-on penser autrement qu'en termes de passions tristes la question politique ? Chacun sait que la peur sépare, divise, oppose et accroit la tristesse et l'impuissance d'où émane le discours affligé et affligeant de ceux qui font profession de diffuser la crainte, l'angoisse, la ruine et la haine. Car au final, la peur n'engendre-t-elle pas la guerre dont nous constatons partout les effets délétères et que nous redoutons par dessus tout ?

Sans nier le pouvoir de la peur, il est possible et nécessaire de penser davantage en termes de puissance réconciliatrice et d'unité, de paix et de créativité, d'intelligence et de congruence. Mais pour cela, il faut une instance tierce qui autorise, émancipe et accroit la puissance de chacun, articulant le génie personnel et sa dynamique à un niveau plus général et commun garanti par la loi commune. Il faut penser une "res publica", une puissance symbolique dans laquelle, et selon l'excellente formule de Montesquieu, "le pouvoir arrête le pouvoir" mais relie simultanément les citoyens entre eux. C'est, par exemple, la révocation des élus qui ne respectent pas la loi ou trahissent leur mandat. C'est le devoir de voter et la prise en compte du vote blanc. C'est le respect strict de la laïcité comme principe d'apaisement et de séparation entre conscience privée et conscience publique. C'est l'éducation à la citoyenneté par laquelle chacun s'efforce grâce à l'extension de la culture de s'arracher aux préjugés identitaires, à l'hubris de la consommation folle et irraisonnée. C'est le partage de la richesse car la fin de l'existence ne réside ni dans la possession ni dans l'accumulation illimitée. C'est l'effort par lequel chacun peut comprendre que la liberté politique naît d'une instance régulatrice -l'Etat, qui à défaut de mieux, a été inventée, comme le note joliment Rousseau, pour ne pas obéir aux hommes et les sortir de l'assujettissement économique dans lequel le monde capitaliste dérégulé les a précipités.

Qui pour voir dans la France insoumise un gigantesque effort pour sortir de la déraison et, comme le médecin, réduire l'intensité des symptômes dont nous souffrons ? Plus que jamais nous avons besoin de philosophie et de ce "phi" réconciliateur qui fait de l'autre, non mon ennemi, mais celui avec lequel il devient possible de penser la définition d'un intérêt général humain et plus largement, d'un intérêt général planétaire.

 

 

 

04 avril 2017

Dessaisissement matutinal

Brumes liquides sous les coteaux

C'est dans un état d'ahurissement matutinal que je me précipitai hier, au sortir du lit, sur ma terrasse pour contempler le jour nouveau et ses brumes liquides. Ma nuit n'avait pas été bonne, chahutée par des récurrences nodales insurmontées. Il me semblait éprouver, au coeur d'une horizontalité véhémente, la balance d'un rythme anarchique, rétif à la régularité qui rassure et offre au sommeil, en général, sa garantie.

Que diable s'était-il passé pendant la nuit ? J'avais tout de même dû m'assoupir et m'abandonner un peu. Le ciel lourd de ses nébulons retors s'était, la veille, abattu sur la terre. Il s'était aussi emparé de mon esprit, perméable aux ondes océaniques qui font la mélancolie et me rappellent aux temps anciens de mes impuissances d'enfant. Les Pyrénées en avaient profité pour s'échapper, comme souvent dans ces cas-là. Je l'avais bien remarqué. Elles avaient filé à l'anglaise, plus loin vers le sud, au méridion, pour se soustraire au regard fatigué du sédentaire.

Le mot me vint ce matin-là, comme ça, d'un coup, comme un miracle blanc dans mon oeil noir de noctambule désabusé, devant l'audace des ces cimes réapparues sur des rivières fantomatiques. Ce mot fut : Dessaisissement... dessaisissement! Me voilà aussi nu qu'il est possible et aussi fugace que ces lambeaux brumeux, voiles disparates comme peut l'être la vérité. 

Vagabondage

 

Si l'angoisse est cette intime terreur devant la disparition programmée de ce qu'on possède, face au pressentiment de la perte irréparable d'un objet investi, voilà le remède, le remède absolu. Il est là ce matin devant mes yeux hagards, obscène dans sa simplicité même, d'une telle évidence que la raison ne parvient pas à s'y résoudre. Que possédons-nous ? Qu'ai-je à perdre ? Qu'ai-je jamais eu qui fut définitivement mien ?Rien ! Rien de rien ! Pas même ce paysage qui se dérobe non quand je veux mais quand il le veut. Je ne suis qu'un passant comme les neiges de mars sur l'Ourlène ou l'Escuret. 

Dépossession

 

Ce mot m'avait rappelé quelque chose. Je me souvins alors d'un passage de l'Antinature de Clément Rosset que j'avais lu, il y a quelque temps un peu vite. Des bribes me taraudaient l'esprit au moment où je songeai au dérisoire qui est celui du sentiment de deuil, à la même inanité qui est celle de l'angoisse de la perte. Là encore, nous raisonnons à l'envers. Schopenhauer s'est trompé. Le monde n'est pas absurde. Non. Il est insignifiant comme ces nuages et ces flocons évanescents qui virevoltent dans l'azur. L'homme ne possédant rien ne peut définitivement rien perdre. 

Passage

 

"S'il est vrai que la philosophie est d'abord médecine, moyen parmi d'autres de se guérir contre l'angoisse, il est également vrai que cette tâche cathartique peut se concevoir selon deux grands ordres d'intention : rassurer en redonnant du sens, ou rassurer en en privant complètement. Faire croire que l'objet n'est jamais perdu ou qu'il n'est jamais vraiment donné. Dans l'un et l'autre cas est levée l'angoisse toujours afférente à la crainte d'une déperdition : que rien ne soit perdu ou que rien ne soit à perdre signifiant également l'improbabilité d'une perte. La seconde voie qui est celle de la pensée tragique, celle de "la logique du pire" conduit à une plus grande sécurité que la première.[...] C'est au renoncement à toute possession qu'invite la représentation d'un monde dénaturé." Clément Rosset, L'Antinature, p.72

 

Noctambules

 

 

02 avril 2017

Ecrire : fécondité d'un ratage

L'Ossau vu des coteaux de Rébénacq

Écrire ? D'où écrivons-nous ? De quel corps ? De quelle physiologie un acte d'écriture procède-t-il ? De quelle ombre est-il l'émanation ou l'arrachement ? Je me suis souvent dit que cette expression particulière était un compromis au sens psychanalytique, à la manière du rêve, la domestication condensée de pulsions dont nous ignorons la véritable charge. Combinant le secret régime de nos excitations physiologiques à la magie du langage, l'écriture n'est-elle pas ce miroir-mirage par lequel nous croyons saisir dans une forme organisée et domestiquée cette part oubliée et inaudible de nous-mêmes ? Se saisir tout en se ratant. Se penser tout en se perdant dans le labyrinthe des signes. S'abandonner au jeu de renvois de la langue en se laissant jouer par elle, croyant par là accéder à l'universel d'un dire qui nous inscrirait dans le symbolique humain. Que de paradoxes et de prétention ! Mais surtout, quelle incroyable magie...! Et quel plaisir possible dans ce jeu qui nous donnerait presque l'illusion d'en être l'auteur, le maître d'oeuvre...

Et puis, l'écrit ne demeure-t-il pas un peu après soi ? N'est-il pas aussi une trace, une manière de ne pas mourir trop vite et de ne pas passer comme passent nos émotions les plus intenses et les plus vivaces ? Il n'est pas impossible qu'il y ait un fond mélancolique au coeur de cet acte, une tentative de "saisie" non par la lumière -comme la photographie, mais par l'ombre (l'encre sur la page vierge) de la chose dont on ne peut faire le deuil et que la pensée prétend objectiver dans la formalisation des signifiants.

Une amie évoque un exil possible, une manière subtile de déterritorialisation. J'y vois plutôt un exil paradoxal dans le connu, comme la stimulante tentative toujours échouée de donner une forme singulière à son être, avec un matériau qui ne l'est pas, mais dont la trace permet d'arrimer la subjectivité à ce qu'elle sait déjà et qu'il lui faut impérieusement reconnaître dans une image symbolisée, lui assurant ainsi contenance et continuité.
Nietzsche voit dans la connaissance (pas spécifiquement l'écriture) une reconnaissance. Autrement dit, connaître c'est reconnaître ce qu'on sait. Étrange exil s'il en est, qui nous porte au plus proche de soi, tout en nous tenant à l'écart, en "décalage"  vis-à-vis de soi. Sans doute est-ce dans l'imaginaire que cet acte peut-il recoudre quelque chose, lier enfin des éléments hétérogènes qui ne peuvent l'être dans le réel et qui donneraient presque le sentiment d'une victoire sur soi-même. Cela n'est déjà pas si mal car enfin, si nous ne rêvions pas, nous deviendrions tous fous !

Ecrire ? Un Art de vivre si on entend par art, une aventure qui nous ramène au point de départ, à cette chose que nous savons et que nous préférons ignorer. Le ratage n'est-il pas la chose la plus féconde qui soit puisque c'est de lui que procède toute autre tentative ultérieure ? S'emparer de façon imaginaire de la chose qui manque toujours et qui est éternellement relancée, n'est-ce pas ce qu'il convient de préserver à tout prix ?

L'écrivain ? Ecrit-vain. La vanité de l'acte n'a pas ici de sens moral mais il fait signe malgré lui vers sa pauvreté originelle, une caducité productive, ce qui n'est pas tout à fait rien.

En somme, il me semble que nous écrivons pour donner une chance à notre folie, pour lui laisser une place sur la vaste scène du symbolique, et pour l'articuler à quelque chose sans lequel nous aurions le sentiment de mourir pour de bon, de disparaître dans l'immanence organique de notre insignifiance qui est notre fond singulier et dont l'étrangeté nous demeure d'autant plus angoissante qu'elle est rigoureusement incompréhensible.

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18 mars 2017

Qu'est-ce que savoir ?

Faille - Malte

C'est dans le cadre d'une réflexion et d'une discussion collectives avec des amis chers que m'est venue cette idée : le savoir n'est pas une chose qui pourrait faire l'objet d'une quête ou d'une conquête. S'il est placé comme finalité du désir, alors il ne peut être que manqué et témoigne d'une pulsion de maîtrise dont la faille irréductible est la condition première et son intentionnalité, une illusion. Cette vision au fond platonicienne ne fait qu'entretenir une course à l'échalote confondant indéfiniment savoir et connaissance.

Qu'est-ce donc qu'un savoir ? J'y vois pour ma part non pas quelque chose qu'on pourrait posséder mais un processus, un tracé psycho-physiologique essentiellement inconscient et ombreux par lequel se constitue l'organisation d'éléments idiosyncrasiques épars. Le savoir est l'apparition d'un ordre intérieur appartenant en propre à la subjectivité. Et c'est au prix d'un trajet plus ou moins long et laborieux qu'une hiérarchie parvient à la lumière de la pensée consciente et troue soudainement le champ de la représentation. Alors le sujet peut dire "je sais cela".

Ce que nous appelons tel ou tel savoir est en fait le résultat, la conséquence d'une appropriation subjective qui ne va pas sans métabolisation, sans l'apparition d'une ligne de force intérieure qui doit trouver son expression dans le langage symbolique. De la nuit organique et de son fonds indiscernable naissent de nouvelles intensités qui forgent le caractère dynamique de la subjectivité vivante et dont le savoir est l'expression symbolisée.

En ce sens le désir de savoir n'est certainement pas étranger à un certain "savoir de son propre désir" comme tentative de constituer une congruence entre la part obscure de son être et sa part lumineuse, celle qui se donne à voir dans le monde et se saisit dans la langue toujours manifeste (au sens freudien). L'écrit émerge de l'obscurité comme la parole dont on ne sait guère la source nocturne. C'est dans ce sens que la parole démocritéenne de la reconnaissance d'un non-savoir originel prend toute sa dimension. Montaigne ne se demande pas à la manière de Kant ce que la raison universelle peut connaître mais ce que lui, Michel de Montaigne, sait en vérité. C'est bien le sens de sa formule célèbre "que sais-je ?".

Je pose donc ici une distinction avec la connaissance comme régime de la culture, comme hétéronomie fondamentale à l'image du discours des maîtres, du pouvoir institutionnel de la langue, de l'accumulation d'éléments articulés du dehors par intériorisation des normes. La connaissance ne dit rien du savoir réel du sujet parce qu'elle demeure liée au pouvoir hypnotique de l'objectivité. Il se peut même qu'elle le maintienne au plus loin de sa source à l'image de ces élèves ou de ces étudiants qui apprennent des contenus sans saveur, qu'ils s'empressent d'oublier une fois le processus boulimique achevé dans une régurgitation pathétique, au moment de leurs examens finaux. 

Mais il en va de même pour ces maîtres qui ne vivent que par les maîtres et qui ne laissent pas de place à ce tracé mystérieux et tellurique dans lequel se joue le risque d'un savoir inaudible et décalé parce qu'insulaire et subjectif. Comment le maître, produit des institutions pourrait-il laisser surgir un savoir s'il doit sa prétendue maîtrise, sa connaissance, à ces mêmes institutions ? Sans l'accès à sa propre nuit, il n'est pas impossible de se perdre dans la connaissance et de ne pas avoir la possibilité de découvrir ce savoir qui est sans maîtrise réelle et qui s'accomplit dans le silence.

Se pose enfin la question du passage de la connaissance au savoir. Pour ma part, je fais le pari que l'enseignement d'un professeur ne vaut que si la connaissance est articulée à un savoir, certes inapparent, mais qui interpelle l'élève dans l'émergence et l'écoute de ce quelque chose qui fait signe vers leur intériorité subjective respective et leur puissance mutuelle de pensée. C'est à cette condition majeure que le professeur suscite chez l'élève le souci risqué d'une interrogation. Sans doute est-ce également à cette condition qu'un régime intersubjectif devient également réel, lorsque le savoir énigmatique de l'un se frotte au savoir énigmatique de l'autre.  

Ici, la culture et la connaissance ne deviennent au fond que des prétextes ou plutôt des pré-textes à un texte original que chaque humain, comme sujet singulier, doit pouvoir élaborer afin d'habiter son propre monde et avoir accès à une part de sa vérité. 

 

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02 mars 2017

613 coups sur Flickr

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J'ai créé ma galerie Flickr en 2013 et publié depuis, plus de 600 images. 750 personnes y sont actuellement abonnées. Près d'un million, sur toute la planète et les cinq continents l'ont consultée, peut-être même les manchots de la terre Adélie, allez savoir....

Jamais n'aurais-je pu imaginer, comme beaucoup, pareille possibilité de diffusion. L'internet est vraiment quelque chose d'extraordinaire, une sorte de révolution anthropologique qui, par bien des aspects, pourrait soulever un enthousiasme illimité à la manière de Michel Serres, si on ne s'en tenait qu'à la seule mise en ligne des savoirs, des arts et de la pensée. Je laisse évidemment de côté tout le problème de la surveillance généralisée et des polices secrètes qui accompagnent l'extension technologique.

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Je ne dirais pas que mes images ont une vocation artistique, car je ne suis ni photographe de métier ni à la recherche de l'image rare. Ce qui m'importe, c'est l'expérience brute de la nature, de la lumière et des phénomènes atmosphériques relatifs le plus souvent à mes incursions montagnardes ou insulaires. Au fond, chaque photographie est pour moi une sorte de stupéfaction en tant que témoin vivant et vibrant devant l'énigme des forces de ce monde et de la beauté sauvage qui en émane.

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Je n'attends nullement comme Kant parlant du beau, le moindre assentiment universel. Ces images ne sont ni des oeuvres ni du symbolique, à moins de les lier comme expressions actives à des points d'exclamation, des points d'interrogation et de suspension devant un réel qui demeure une source d'étonnement originel et dont je retrouve l'élément d'irrigation lorsque je les contemple. Chaque moment est alors présentifié telle la réminiscence affective épicurienne.

 

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Une part ce cet "étonnement" s'est inscrite dans l'image, une part de ma vitalité. Mais au-delà, il s'agit sans doute pour le photographe de rendre visible l'invisible en brisant l'ordinaire de la représentation et la linéarité d'un temps social fondée sur la répétition et l'oubli. Poétique de l'espace et de l'insignifiance ! Poétique de la déflagration et de l'incendie ! Poétique de l'éphémère et de la surrection ! L'image laisse place au silence de la forme et de l'ombre qui monte subrepticement de la terre pour répandre son opacité. Cette part obscure est la condition du voir, véritable métaphore sensible de l'autre versant du chemin que nous empruntons et qui s'efface à mesure que triomphe en nous l'intentionnalité de la conscience, cette puissance trompeuse et tyrannique.

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Lorsqu'on a passé, comme moi, presque quinze années dans les brumes industrielles du septentrion et dans le caracère mondain de la prolifération humaine, il devient urgent de dépouiller l'homme, de le réduire au silence devant l'énigme d'une cime qui n'attend rien, ne veut rien et qui, dans son insignifiance même nous rappelle à notre plus totale étrangeté. Les territoires virginaux font signe vers la part ombreuse de ma vie et son indéniable pauvreté. Les brumes enlacées et disparates sont les métaphores de ce que nous appelons pompeusement l'Être, être qui se désagrège avec le moindre courant d'air. L'impermanence n'est pas qu'une idée mais une expérience que chaque singularité optique rappelle furtivement, dans sa fugacité d'instant et avec elle, c'est la gratuité de notre présence et ses immenses possibilités de vie qui surgissent du fond obscur pour se risquer dans l'expérience étoilée d'une traversée sensorielle.

 

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Et cela qui n'est pas rien suffit à ma joie. 

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28 février 2017

La faille relationnelle

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La difficile question de l'intersubjectivité articulée à l'enjeu de la vérité ne laisse pas de me préoccuper. Non pas la vérité comme savoir ou connaissance. Qui pourrait d'ailleurs prétendre la posséder sinon les dogmatiques et idéologues de toute farine ? Ma question est plutôt celle-ci : quelle possibilité de parole trouée et enrichie par l'ombre portée (comme en peinture) donnant à voir ce qui constitue la source véritable du dire de l'un et de l'autre ? L'intersubjectivité, sans cesse battue en brèche par nos masques et notre sensibilité trop souvent exacerbée, interroge la faille narcissique du sujet et son aptitude à se déterritorialiser psychiquement, à rencontrer l'autre sans confondre le dire et le dit, la parole et l'être.

Pouvons-nous nous extraire psychiquement du destin apparent de reconnaissance qui nous aliène à notre propre faille et que nous n'entendons ni ne voyons ? Sans ce travail du côté obscur de notre personnalité, il semble assez "clair" que l'altérité demeure niée et rabattue sur le seul terrain de l'utilitarisme relationnel.

C'est à cette possibilité de la parole partagée et de la rencontre sous l'aplomb de la vérité du non savoir -l'abîme, que se mesure la qualité de nos liens. Nous est-il possible de faire signe vers la multiplicité des perspectives et des ombres portées au devant de nous sans froisser définitivement l'image de soi ou celle de l'autre ? Il est à craindre que Lacan ait raison lorsqu'il sous-entend que les tendances paranoïdes sont au fond des éléments constitutifs de la personnalité, ce qui permet de mieux comprendre les réactions irritées de ceux qui ne tolèrent aucun désaccord, ni aucune expression contradictoire comme si leur intégrité psychique était en "jeu" dans un combat qu'il mène contre la part ombreuse d'eux-mêmes mais qu'il projettent sur les autres.

Tout comme la communication, l'intersubjectivité se heurte aux bordures invisibles du moi qui font "monde", quelles que soient les références théoriques et les valeurs supposées des uns et des autres, y compris chez ceux qui prétendent non sans quelques arrière-pensées que le monde est une fiction et le chaos la règle. Le monde se loge d'abord dans la circularité de la parole et dans les phénomènes de répétition, autant d'artefacts permettant d'éviter toute intrusion et de résister à l'invasion.

 

 

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24 février 2017

Que voulons-nous savoir ?

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Jean Rustin - Trois personnages

 Je n'ai pu exceptionnellement assister au dernier Apéro-philo que nous avons organisé dans la cité paloise. Manifestement, cette soirée fut de la meilleure qualité, comme souvent suis-je tenté de dire. Le sujet posé fut : Que voulons-nous savoir ? A cette question, je serais tenté de répondre : rien ! 

Ou plutôt rien qui puisse trouer le cercle rassurant de la tautologie intérieure et les bases sur lesquelles la subjectivité se structure. Chacun ne vit-il pas dans le monde plus ou moins clos de ses croyances, opinions, stéréotypes, dans ses manies recouvertes d'un vernis mondain plus ou moins construit ? Si tout le monde, comme je le pense, et contrairement à ce que soutient Aristote, n'a pas le désir de savoir, il n'est pas impossible que tous, nous ayons la volonté de voir.

Sans doute est-ce d'abord la problématique de la vision qui se pose pour chacun, de ce que les psychanalystes appellent la pulsion scopique. Nous voulons voir. Voir la chose qui nous échappe depuis toujours et que Pascal Quignard nomme "la nuit sexuelle". Voir cette origine fécondante qui nous a portés à la lumière, à l'existence. Nous nous heurtons ici à l'énigme fantasmatique de notre être, au coït parental, à cette férocité pulsionnelle qui n'est pas nous, ne nous regarde (!) en rien et qui pourtant, déterminera notre apparition sur le vaste théâtre des vivants. Comment et pourquoi vouloir fixer notre regard sur une scène primitive qui ne nous regarde pas ? Tel est l'enjeu. Et tel est aussi l'enjeu du tableau de Jean Rustin - les trois personnages, dans lequel, un enfant au regard complètement fixe et apathique tourne le dos à l'acte sexuel de ceux qui pourraient bien être ses géniteurs. La volonté de savoir pourrait ici se comprendre comme la métaphore transposée dans le champ symbolique d'un "voir ça", d'un "ça-voir" qui anime et détermine une part importante de ce qu'on appelle l'énigme, qu'elle -cette volonté, tente d'assouvir vainement de manière sublimée dans le savoir.

Comment faire face à l'inanité de notre être, à sa vacuité primordiale ? Nulle part nous ne nous trouverons dans ce coït qui nous impose de fermer les yeux ou de nous tourner ailleurs. Seul le fantasme poursuivra son oeuvre de configuration sublimatoire pour faire face à ce néant primitif que même le désir des parents ne peut combler dans leur corps-à-corps ou dans la parole rassurante qu'ils adresseront plus tard à l'enfant pour lui signifier qu'ils le voulaient. Mais voilà, ce n'était pas lui car il n'y avait personne. Il n'y avait qu'un coït. Comment se hisser symboliquement à l'effroyable découverte que nous ne sommes qu'une "erreur-errance", qu'un hasard, qu'une contingence absolue dans l'expérience inaugurale qui nous a précipités dans le monde. Nous portons ce néant au plus profond de nous comme un invisible fardeau et nous le recouvrons d'une histoire toute faite.

Comment mettre fin aux faux savoirs ? Comment rompre avec le récit imaginaire ? C'est d'ailleurs une des analyses saisissantes d'Epicure reprise par Lucrèce au livre III dans son poème De la nature des choses lorsqu'il nous invite à penser la création, ce mythe si difficile à déraciner dans la psyché comme l'angoisse de l'homme face au néant. 

 "Regarde en arrière : quel néant fut pour nous tout le temps infini d'avant notre naissance !"

La question devient alors : la volonté de savoir ne se heurte-t-elle pas à ce que nous ne pouvons pas voir, à ce qui est recouvert par le fantasme ? Ne nous pousse-t-elle pas à ne rechercher que ce que nous savons déjà ou croyons savoir dans une dynamique d'évitement circulaire ? C'est d'ailleurs en partie le sens de la formule nietzschéenne : "toute connaissance est reconnaissance". Le scénario se répète inlassablement pour justifier défensivement l'ordre sur lequel s'est édifiée la subjectivité. C'est pourquoi Nietzsche voit dans la volonté de savoir (plus que dans le désir) l'expression d'une force réactive au service d'un maintien de l'ordre opposé à toute création, à toute ouverture. 

Nous n'étions pas avant de naître. Nous avons tous été adoptés plus ou moins bien, plus ou moins mal, voire pas du tout, mais toujours a posteriori. Il est douloureux de se savoir adopté et de découvrir que nous ne sommes que des accidents dans le grand tout de la nature. Je ne vois guère que le travail généalogique de la psychanalyse et de la psychothérapie pour nous mener au seuil de cette découverte majeure permettant de déconstruire le mirage de la volonté. La volonté est consciente et s'arrête devant l'épreuve de l'inconscient. Le désir, lui, est mu par la part inaudible de notre être. La souffrance et la douleur sont vraisemblablement les moteurs pour porter le désir du sujet sur ce terrain mouvant par lequel la volonté révèle sa caducité. C'est à ce prix qu'elle peut céder la place à un désir de se tourner ailleurs, non dans le déni ou la forclusion si courante, mais dans l'exploration de nos zones d'ombre, telle la difficile traversée du fantasme ou la découverte d'une ignorance constitutive.

C'est d'une autre adoption dont il s'agit alors : renversant le pouvoir illusoire du savoir soutenu par la volonté, il devient possible d'adopter sa propre énigme et son insuffisance, sa petitesse de vagabond, sa faiblesse de nomade mortel et dérisoire arrimé à une origine sans fondement identitaire fixe. Peut-être est-ce à ce prix que le Dérouté que nous sommes se trouve en mesure de s'intéresser à autre chose qu'à son moi ou à la répétition pathologique d'un deuil insurmonté. C'est à ce prix que le désir (comme chute de l'astre) de savoir peut rencontrer l'altérité et créer les conditions d'une intersubjectivité plus vivace et authentique, parce qu'il ne se referme pas sur lui-même. Là débute l'aventure exploratoire et inachevable d'un désir singulier dont le savoir devient alors une des métaphores possibles dans le jeu indéfini des métaphores. 

 

 

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14 février 2017

Innocence de la solitude

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"On n'est jamais seul tant qu'on est rempli des souvenirs, des conditionnements, des soliloques du passé : les déchets accumulés du passé encombrent les esprits.

Pour être seul on doit mourir au passé. Lorsqu'on est seul, totalement seul, on n'appartient ni à une famille, ni à une nation, ni à une culture, ni à tel continent : on se sent un étranger. L'homme qui, de la sorte, est complètement seul, est innocent et c'est cette innocence qui le délivre de la douleur."

           Krishnamurti, Se libérer du connu

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03 février 2017

Le bon goût d'être victime

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Il y a quelque chose de savoureux à observer l'attitude surprenante de l'as du redressement dont l'obsession depuis des années consiste à pressurer le pays avec la faillite de l'Etat, la dette, la crise, la maîtrise de la dépense pour mettre fin aux "privilèges" des fonctionnaires et des chômeurs, ces profiteurs qui abusent, comme chacun sait, de l'argent public. Oui, le devoir de moralité en politique ne se discute pas ! Pascal dans ses Pensées nous avait pourtant prévenus : "qui veut faire l'ange fait la bête" !

Savoureux l'argument victimaire, paranoïaque qui est désormais la règle dans le camp des Fillonnistes. On veut notre peau ! Voilà qui est tout à fait intéressant surtout lorsqu'il prend la forme si subtile chez certains militants d'une affiche portant en grosses lettres l'expression : "Je suis Pénélope". Visés par le terrorisme des officines, Monsieur et Madame. Chacun appréciera l'allusion implicite de cette pancarte, support d'une identification passionnelle à une victime expiatoire subventionnée.

Il faut dire qu'à chaque fois que le vainqueur de la primaire des conservateurs a tenté de justifier son attitude pour démentir les éléments révélés par le Canard, la plupart de ses déclarations se sont avérées fausses pour ne pas dire mensongères. Droit dans ses bottes, le cuir endurci comme jamais, comment maintenir ses dires lorsque la principale intéressée les contredit clairement et distinctement lors d'un entretien révélé hier dans l'émission Envoyé spécial ?  

Savoureux également l'argument prononcé ces derniers jours par des militants du Persécuté selon lequel à la corruption éventuelle des uns correspond au fond la très vraisemblable corruption des autres. Bref, tous pourris, de droite et de gauche ! Donc autant élire un homme de droite. S'en prendre aujourd'hui à Fillon alors que d'autres ont sans doute fait la même chose, c'est évidemment un montage et une manipulation politiques à quelques mois de la présidentielle. Pourquoi empêcher ce brave homme d'accéder aux plus hautes fonctions ? On peut évidemment se le demander.

Etendons pour une meilleure compréhension le principe de la corruption et de l'emploi fictif à la grande criminalité. Dans l'hypothèse où les faits seraient avérés, pourquoi arrêter un tueur puisque d'autres courent encore ? C'est injuste ! Celui-là pourrait même se plaindre et se considérer comme la victime d'un système qui veut sa peau à lui alors qu'il y en a tant d'autres qui assassinent sans vergogne et qu'on laisse galoper dans la nature. 

Savoureuse encore l'attitude des politicards de l'Ancien Régime, la meute de ceux qui, sans vergogne, pratiquent l'évitement. Du népotisme sur fonds publics ? Et alors ? C'est légal ! Financer ses enfants à raison de 3800 et 4800€ par mois, alors qu'ils sont étudiants ? Et alors ? Où est le problème ? Avoir une assistante parlementaire supposée, déclarant ouvertement, spontanément et sans pression : "Je n'ai jamais été son assistante, ou quoi que ce soit de ce genre-là." Circulez, il n'y a rien à voir parce que nous, nous voulons parler du fond, du programme et de rien d'autre. Ca vient !

Savoureuses enfin cette main sur le coeur, cette émotion pour dire avec des trémolos dans la voix combien l'amour pour son épouse résistera à toutes les tempêtes. C'est beau. C'est poignant de vérité et de sincérité. Pourquoi la formule de Machiavel résonne-t-elle ici ? "Les hommes sont si aveuglés, si entraînés par le besoin du moment, qu'un trompeur trouve toujours quelqu'un qui se laisse tromper. (Chap XVIII - Le Prince) Nous l'ignorons.

Cette attitude quasi-schizophrénique qui consiste à dire : "il n'y a rien", "rien ne se passe" n'est pas sans rappeler celle d'un ancien ministre socialiste qui "droit dans les yeux" avait juré sur l'honneur qu'il n'avait pas de compte en Suisse, lui qui était précisément chargé par sa fonction, de lutter contre la fraude fiscale. En pourchassant et en condamnant dans le cadre de sa mission ceux qui pratiquaient le même écart de conduite que lui, il pouvait à bon compte s'acheter une bonne conscience puisque le fraudeur, c'était l'autre ! Le faire payer, n'est-ce pas en fait résoudre magiquement et fantasmatiquement le problème ?

Au fond, s'en prendre aux chômeurs, aux pauvres, à la classe moyenne, augmenter la TVA de 2 points, liquider 500 000 fonctionnaires tout en supprimant l'ISF ne permet-il pas avantageusement de faire payer aux autres le bénéfice des privilèges dont on a joui et dont on jouit encore lorsqu'on accède aux plus hautes fonctions ? Servir son pays, sauver la France, quelle abnégation ! Comment en bon chrétien, gagner son paradis sinon en fabriquant des hérétiques ! Et il va de soi que l'hérétique, c'est toujours l'autre.

 

 

 

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