Sous la surface

Partout des souhaits et des voeux, partout des espoirs ! Partout désespoir ! Cette cantate rituelle sonne comme un aveu de faiblesse, comme l'antique angoisse devant la catastrophe annoncée, devant l'imparable nouveauté qui pointe et qui, invariablement, chasse les vivants de ce monde, les uns après les autres. La fête de la nouvelle année résonne, à l'évidence, comme une inéluctable défaite devant le temps objectif qui fait destin.

Si l'anniversaire signe l'emprise de Chronos sur l'individu, le nouvel an consume la totalité des humains dans une sinistre égalité arithmétique. Peut-on ne pas s'étonner de cette peau indolore et lisse, froide comme le marbre qui enveloppe nos goûts, nos idées, nos sentiments et nos pratiques et dont les mots arrachés à l'informe, mille fois entendus, mille fois répétés, inlassablement, signent notre appartenance forcée à l'histoire des hommes, à la chronologie sociale, à l'impératif grégaire ? Ne voyons-nous pas combien ceux-là se sont emparés de notre psyché pour nous donner le fallacieux sentiment d'une victoire collective devant les dangers qui menacent chacun? Mais ces mots, comme dit le penseur, "nous barrent la route", "et croyant avoir résolu un problème, ont fabriqué un obstacle à sa solution".

C'est sous la surface bruyante des artifices et de ces mille feux d'illusion qu'il faut se lover. Car dans les failles de la parole hypnotisée se loge la temporalité onirique des profondeurs, celle qui n'a que faire de l'écume et de l'agitation mondaines, du devenir historique et du récit circulaire des consommants ! Dans le tumulte des forces assymboliques, un montagnard sans but, un siesteux persévérant, un sculpteur de vie, un sceptique aux yeux d'étoiles, un poète de l'Aïon se hissent vers les hauteurs, au plus près des brumes percées de lumière pour respirer l'air pur. Ici, la pensée aux intensités sismiques devient aérienne, et son mouvement vital une audace de feu arrachée à la pesanteur du temps.

Il n'est pas impossible que les Nomades indociles, les Idiots de ce monde, les Déroutés inéducables, les Rêveurs indécrottables se retrouvent dans un Jardin de pensées vagabondes, aux rimes frottées d'ivresse, pour entamer la plus belle car la plus simple des danses, une danse qui se moque des années qui passent et des stériles injonctions, une danse aux accents d'éternité : la Danse des Inutiles.