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 Il y a 130 ans et un jour, le 26 décembre 1887, Nietzsche rédigeait cette lettre tristement prémonitoire à l'attention de sa sœur Liesbeth Förster. Le philosophe ignore évidemment à cette date combien celle-ci jouera un rôle déterminant dans la falsification du manuscrit « La Volonté de puissance » et la récupération délirante des thèmes nietzschéens par les nazis. 

« C'est toi mon pauvre Lama qui as fait une des plus grandes bêtises, et pour toi et pour moi. Ton mariage avec un chef antisémite exprime pour toute ma façon d'être un éloignement qui m'emplit de rancœur et de mélancolie. Car, vois-tu, c'est pour moi une question d'honneur que d'observer envers l'antisémitisme une attitude absolument nette et sans équivoque, savoir celle de l'opposition, comme je le fais dans mes écrits. On m'a accablé dans les derniers temps de lettres et de feuilles antisémites ; ma répulsion pour ce parti (qui n'aimerait que trop se prévaloir de mon nom!) est aussi prononcée que possible. [...] Je ne peux rien faire pour empêcher que les feuilles antisémites utilisent le nom de "Zarathoustra" : cette impuissance m'a déjà presque rendu malade plusieurs fois. »

Quelques mois plus tôt au début de la même année, Théodor Fritsch, éditeur du Courrier antisémite (Bernhardt Förster, beau-frère de Friedrich y a fait paraître plusieurs de ses écrits antijuifs) prend contact avec l'auteur du Gai savoir dans l'espoir de trouver là un soutien et une caution philosophiques. Nietzsche lui répondra très sèchement dans une lettre du 23 mars qu'il estime " pour parler objectivement, les Juifs plus intéressants que les Allemands". Quant à la tentative de récupération de son Zarathoustra, il rétorquera sans ambigüité : « Il n'est vraiment pas en Allemagne de clique plus effrontée et plus stupide que ces antisémites. Cette racaille ose avoir dans la bouche le nom Zarathoustra. Dégoût ! Dégoût ! Dégoût ! »

Dans la seconde dissertation de la Généalogie de la morale -texte paru en juin 1887, Nietzsche analysera le ressort du ressentiment dont "la fleur s'épanouit dans toute sa splendeur parmi les anarchistes et les antisémites". Il s'agit de montrer que la force grégaire et réactive, le sentiment réactif "sanctifie la vengeance sous le nom de justice" et fait proliférer toute une panoplie de passions tristes contre la puissance créatrice.

Lee 02 avril 1884 il écrit à son ami Frantz Overbeck qu'il "maudit l'antisémitisme" lequel a fait de Richard Wagner et lui des ennemis et qu'il est la cause d'une rupture radicale entre sa sœur et lui". 

Elisabeth incarne à ses yeux la bêtise ressentimenteuse qui ne peut lui apporter que des ennuis. Encore un sentiment prémonitoire. Alors qu'il passe l'hiver à Nice, le philosophe rédige un brouillon de lettre destinée à sa mère (sans doute ne l'aura-t-il jamais envoyée compte tenu de la charge qui s'y déploie) : « Des personnes telles que ma sœur ne peuvent manquer d'être des adversaires irréconciliables de ma façon de penser et de ma philosophie. » Et dans un autre brouillon sans destinataire du printemps 1884, Nietzsche évoque "l'incommensurable sottise effrontée de sa sœur qui se mêle de l'éclairer" : « Elle n'a cessé de salir devant moi des personnes (il s'agit pour une bonne part de Lou A.Salomé) avec qui j'ai au moins en commun une partie importante de mon évolution spirituelle et qui, dans cette mesure me sont cent fois plus proches que cette créature vindicative et sotte. Mon dégoût d'être apparenté à une créature aussi lamentable. D'où tient-elle cette brutalité répugnante - d'où cette manière retorse de décocher des flèches empoisonnées ? Cette dinde a poussé la sottise jusqu'à me reprocher de la jalousie à l'égard de Rée. »

En 1894, la "dinde" Liesbeth Forster créera les archives Nietzsche à Weimar et organisera des pèlerinages pour permettre à des « bêtes-à-cornes » antisémites comme elle, venues de toute l’Europe de se faire photographier à côté du philosophe aphasique, effondré depuis 5 ans.

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Dans une lettre (printemps 1884) adressée directement à "l'oiseau de malheur" comme il l'appelait 10 ans plus tôt, Nietzsche s’exclame d'une voix tonitruante, peut-être avec cette voix d'outre-tombe, voix revenue d'entre les morts face au devenir que lui prépare sa soeur : « Détruire l'activité la plus noble d'un être tel que moi ! Je n'ai encore jamais haï personne, excepté toi ! »