CLINAMEN : le blog de Démocrite

Journal d'un prof de philo, philosophie, carnet de déroute, photos, soliloques : expression et partage d'une singularité, à un atome d'écart.

29 octobre 2007

L'absence fait sens

Clinamen, à un atome d'écart, revient dans dix jours ; de quoi méditer sur le sens de l'absence.

Regardez, lisez, commentez, discutez et portez-vous bien.

Démocrite

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23 octobre 2007

L'étonnement philosophique, le chien et la pensée

Je suis heureux dans ma pratique lorsque je peux lire sur le visage des élèves ce qui ressemble à l'étonnement philosophique, cette sorte d'ébranlement intérieur, de secousse ou de dérive qui déclenchent presque immédiatement une réaction.

L'étonnement depuis Platon, Aristote et surtout avec Schopenhauer constitue le point de départ de l'attitude philosophique, sorte de hapax existentiel qui, dans l'expérience d'un choc s'accompagne d'un changement de niveau ou d'une prise de conscience soudaine d'enjeux qui se révèlent incontournables et qui désorientent notre pensée tout en la stimulant. Je n'ai pas la prétention de produire pareilles expériences dans mes cours mais je sens la force et la modification que peuvent produire les raisonnements sur les représentations ou les stéréotypes qui habitent l'esprit des personnes qui sont en face de moi. L'étonnement philosophique met à mal la résistance au changement et le refus d'envisager en profondeur les conséquences d'une théorie ou d'une définition élaborée. En fait, le cours se heurte contamment à la puissance de l'illusion qui tend à se maintenir coûte que coûte y compris contre le bon sens.

Pour exemple, chaque année je rencontre la représentation collective et enfantine de l'animal. L'animal qui se réduit dans l'esprit des élèves au chien, au chat, au domestique doit avoir un langage puisqu'on lui parle et qu'ils se reniflent entre eux. L'animal doit avoir un esprit, des sentiments, des idées puisqu'ils semblent comprendre quand on leur donne des ordres et qu'en plus ils obéissent...parfois. Bref, comment faire pour se défaire de ce qu'on appelle l'anthropomorphisme, cette tendance spontanée de la conscience à humaniser tout ce qui n'est pas humain, à projeter sur les autres éléments de la nature son propre fonctionnement mental ? Il y a là beaucoup de difficultés et baucoup de résistance ! La difficulté tient entre autre choses à des angoisses archaïques que véhicule l'idée d'étrangeté absolue du réel. Auguste Comte a admirablement montré combien notre esprit, d'abord enfantin, investit le monde de représentations magiques, moyen formidable de réduire cette étrangeté, de supprimer l'opacité du réel, de refouler cette inquiétude liée à cette indifférence absolue de la nature à l'égard de l'homme. Si l'animal pense, s'il a un esprit comme le mien, c'est qu'il me ressemble, c'est que je peux me reconnaître en lui, dans sa familiarité apparente. L'anthropomorphisme est un état confusionnel qui entretient l'illusion d'un moi fusionnant avec les choses, tel le petit enfant faisant parler ses poupées pour surmonter l'angoisse de la séparation. Refuser la pensée à l'animal provoque des réactions d'irritation comme si on cherchait immédiatement à dévaluer la nature, à la mépriser. Il est difficile de penser le respect dans l'acceptation de la différence ontologique.

Je leur lance : Pouvez-vous seulement laisser l'animal être ce qu'il est ? De le voir, de l'observer dans ses comportements les plus incroyables, les plus diversifiés, les plus inventifs sans vous y projeter vous avec votre propre monde, votre intelligence et  vos représentations ? Vous voulez que l'animal pense mais qu'est-ce que la pensée ? Commencez par la définir et voyons si on peut l'observer dans le monde animal.

A la sentimentalité spontanée, la philosophie oppose l'effort conceptuel, le travail de la pensée dans l'objectivation de ses propres représentations. La définition est le moyen, la vérité le but, entendons par-là le fait de ne pas se raconter d'histoires, de ne pas céder aux caprices de nos désirs ou de l'imagination.

Il est d'ailleurs curieux de voir combien aujourd'hui le chien mordant, agressif, violent, combien le chien prédateur envahit nos médias de ses crocs indomptables et de ses morsures récurrentes. Cette fixation compulsive sur l'animal a de quoi surprendre comme s'il y avait là une sorte de scandale délirant du chien français : un chien râleur, intempestif, cynique et transgressif, trop latin pour être contenu dans les bornes de la docilité et de la bienséance ! Ce chien, c'est à n'en pas douter le français lui-même, hargneux et revanchard capable de mordre n'importe qui et n'importe quoi, de s'en prendre au p'tit vieux et aux bébés qui n'ont rien demandé à personne ! Oui, nous nous projetons dans l'animal domestique comme pour éprouver notre image et notre caractère. C'est qu'on oublie que le chien est un animal de meute, un prédateur à l'instinct de chasseur et que sa réactivité ne passe pas par des processus de symbolisation ou de médiatisation.

Voir en l'animal un animal, non pas un objet, non pas le reflet de soi, est la chose la plus difficile qui soit pour l'homme dont la propre animalité pose problème. Entre le monde des choses et le monde humain, il y a une posture à inventer. Le mérite du cours de philosophie est qu'il donne l'occasion de faire un arrêt quand l'étonnement se lit sur les visages et qu'il s'incarne dans une question.

A suivre

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21 octobre 2007

Balade solaire au lac du héron

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Coruscant, Lac du héron, 20 octobre 07, Démocrite

Le lac du Héron et ses indéniables blandices au moment où l'astre majeur décline vers l'Occident. Heureux moment pour le promeneur tant la nature s'exprime ici ; entre cormorans, hérons, mésanges, colberts, rats, ragondins, pigeons ramiers, plongeurs, mouettes et autres carpes, la vitalité comme puissance d'affirmation est partout comme si ce ciel azuréen provoquait un sursaut d'énergie coruscante.
"La sagesse, écrivait Spinoza, est méditation de la vie, non de la mort". A regarder dans le silence les activités de la nature, on touche du doigt cette sagesse de la contemplation...

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20 octobre 2007

Lettre à Epicure

Démocrite à Epicure, Salut

Quelle joie pour moi de lire à travers les siècles (allusion au texte Le secret d'Epicure, édité sur Philopoiétique) la belle lumière que j'ai tenté jadis de propager depuis les murs de ma bonne cité d'Abdère jusqu'aux collines d'Athènes. Cher Epicure, c'est aussi, avec le souci entier de la vérité que je désire m'entretenir avec toi comme avec tes nombreux détracteurs qui semblent animés par les vieilles lunes d'un Platon que j'ai ridiculisé en son temps. Je m'étonne décidément de la postérité de cet homme et de ses disciples qui professèrent l'incorruptibilité des idées et le mépris du corps. Leur folie fut telle qu'ils tentèrent de mettre le feu à ma propre bibliothèque détruisant dans leur ressentiment le plus abject, nombre de mes traités (dont ceux consacrés aux astres et à la physiologie). Leur étroit dogmatisme les pousse depuis toujours à réduire mon influence et la connaissance de la nature par tous les moyens qui sont en leur possession. Leur amour des idées repose sur une haine sourde de la nature véritable et de la mobilité qui l'anime. Haine de la vie et fascination pour la mort caractérisent ces idolâtres ! Haine de l'incertitude et du hasard !Je sais que sur ce point nous nous rejoignons sans faille.

Cher Epicure, je serais tenté, à mon tour, de rire quelque peu de la position qui est la tienne. Car enfin, le grand Epicure se serait-il fait tout seul ? Serait-il ce Dieu au milieu des mortels capable de supporter le poids de la fortune sans le grand héritage que mon ami Leucippe et moi-même avons constitué patiemment dans la contemplation savante et intuitive de la physis ? Ta sagesse ne fait que reprendre ce que nous avons nous-mêmes élaboré ; et je m'en réjouis. Ton Jardin que je loue du fond des âges plonge ses racines dans mes Traités et ma Physique sans lesquels l'autonomie du sage n'est guère concevable. Je connais ton étrange théorie appelée "clinamen" ; elle me surprend par son audace même si elle me paraît quelque peu fantaisie de théoricien désireux de faire danser la matière jusque dans l'unité atomique. Belle métaphore de poète pour un homme qui méprise la poésie. Ton clinamen est à l'insécable ce que le tourbillon est au Tout, l'oeuvre indomptable d'un réel insaisissable et créateur. Qu'importe donc le mouvement de l'un, c'est le tout de la nature qui fait la rencontre, l'assemblage et la destruction. La liberté du sage me paraît donc aussi vide que la vérité est dans l'abîme ! Mais rassure-toi, Ami, je suis heureux de ton existence et me réjouis de l'importance de ton école et de l'étendue de ta sagesse.

N'oublie pas le nom de ceux qui t'ont précédé dans la Voie. Alors seulement nos idées et nos pratiques résisteront-elles quelques temps à la dégradation et pourront éclairer modestement nos successeurs.
porte-toi bien.
Démocrite le rieur.

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18 octobre 2007

Cité-philo 2007 (11è édition)

Cité-Philo est une manifestation unique en Europe qui se déroule à Lille et dans la région Nord-Pas de Calais pendant près de 3 semaines, (du 08 au 26 novembre 2007). Trois semaines de conférences et de débats ouverts au public et gratuits dans les salles et amphithéâtres de la région. Ces conférences ne sont pas réservées à des spécialistes et concernent tous les domaines de la pensée (psychologie, sociologie, esthétique, sciences, droit, morale, politique etc.). Chacun est par conséquent le bienvenu.

Le programme de Cité-philo est disponible ici.

Cette année :

Questions de formes

En choisissant de réfléchir sur le sort que notre présent réserve aux différentes formes (d’objets ou de relations) qu’il modifie ou qu’il produit, qu’il consacre ou qu’il critique, Citéphilo veut rompre avec l’idée que les formes et les questions qu’elles suscitent seraient accessoires, superficielles ou… formelles. C’est qu’en effet, toute matière, toute vie organique, toute création advient et se déploie dans des formes. Mais c’est aussi en elles et par elles que s’organise et se maîtrise toute vie sociale. Ainsi, c’est dans et par les formes du droit, de l’éthique ou de la civilité qu’une société non seulement bride et régule sa violence mais aussi structure et ordonne sa reproduction et son développement. Adaptables ou rigides, plastiques ou sclérosées, résistantes au désordre ou fragiles, les formes vivent.

C’est à parcourir certains de leurs lieux ainsi qu’à rendre compte de leur dynamique que Citéphilo vous convie.

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11 octobre 2007

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, Septentrion, Tournaisis, Démocrite

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09 octobre 2007

Vers le Sud

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Vers le Sud, Septentrion, Octobre 2007, Démocrite

Les grandes migrations ont commencé. Il est difficile de ne pas lire sous les ailes rangées de nos amis, une direction, une finalité de la nature, en fait la fuite et la faiblesse du vivant devant l'implacable réalité de l'hiver. Ces oiseaux indiquent par leur trajectoire, la destination du vouloir vivre. Il suffit de suivre cet axe qu'ils décrivent dans le ciel du Nord. Et si ces migrations disaient plus simplement la joie de voler ensemble et de contempler dans un mouvement grégaire la pauvreté de la vie sédentaire ? Somme-nous seulement capables de penser leur mouvement sans le but que nous lui assignons ?

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Album Septentrion, dédié à Max Lerouge

L'album Septentrion est disponible. Il retrace mes pérégrinations nordistes et mes regards sur une nature discrète mais présente quand on sait ouvrir l'oeil. Toutes ces singularités ont été prises ces trois dernières années.

A déguster sous la forme d'une tranquille relaxation visuelle.

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Descartes ou le discours de la folie

C'est désormais de façon assez routinière que j'aborde avec mes élèves les premières leçons de philosophie, celles qui questionnent les notions de conscience, de sujet, de moi, de rapport à autrui etc. La routine débute toujours avec la démarche singulière de Descartes, lequel, tout en ouvrant la voie de la modernité dans le surgissement d'un sujet capable d'autofondation (le fameux "je pense donc je suis") révélée par l'expérience du doute méthodique, paraît d'un total conservatisme dans les conséquences qu'il tire de sa vraie-fausse découverte. Enseigner Descartes et le lire en classe sont des expériences plutôt jubilatoires tant la démarche de l'homme m'est sympathique.

Et cependant, je ne parviens pas à accorder le moindre crédit à sa conception d'une âme susceptible de se découvrir en elle-même, détachée absolument du monde sensible et du corps dont elle diffère selon lui substantiellement, de cette liberté souveraine (libre arbitre) qui fait toute la force de l'auto-détermination, de cette conséquence qu'il tire du cogito et qui consiste à faire de la nature un monde d'objets et des êtres vivants, les animaux, des machines. Tout cela me paraît totalement ridicule et même franchement grotesque. Mais l'homme demeure sympathique car s'il annonce la modernité, c'est sous les traits de ses propres délires nocturnes, de ses rêves mystérieux de melons (voir les analyses de Onfray dans L'art de jouir), de sa démarche chancelante dans les rues de Bréda en ce 11 novembre 1619, de son goût probablement prononcé pour le cannabis, de ce décalage constant entre la théorie rationaliste et rassurante et les aléas de l'existence. Descartes était convaincu qu'il vivrait centenaire et meurt à 54 ans d'une pneumonie en 1650 alors qu'il se rend en Suède. Descartes joue au médecin avec son cadet, le jeune Blaise Pascal et lui indique les traitements pour assurer la longévité qu'ils n'auront ni l'un ni l'autre. Descartes invite au grand projet de maîtrise et de domestication de la nature et nous voici, nous autres, ses héritiers, à constater l'effroyable conséquence de cette folie qui, dans sa logique mortelle, a tenté d'extraire l'homme de la matrice tout en créant les conditions de sa propre disparition.

Oui, l'homme m'est sympathique parce que sa conception du sujet comme substance pensante ne fait que rencontrer l'illusion fondamentale d'un noyau dur du moi que notre Occident a entretenu et alimenté sans cesse. Il est, à sa manière le parangon subtil et généreux de l'homme moderne, l'optimiste aux grandes ambitions. Descartes, tel un chevalier, avance masqué et rejette les ténèbres de la superstition dans l'océan des grandes fictions. Il écrit en français et plus seulement en latin parce que la philosophie repose sur le bon sens c'est-à-dire la raison que tous les hommes possèdent et qu'ils peuvent mettre au service de la vérité. L'accessibilité de la philosophie va de soi, à condition d'en indiquer la méthode et les règles. Ainsi, la force indubitable de la raison repoussera tous les préjugés de l'époque et triomphera de l'opacité du Réel. Ardent Descartes qui annonce l'esprit des Lumières ! Valeureux René qui croit à l'éternelle vérité et se méfie comme Pascal, l'infidèle disciple, du corps, des sens, de la perception tout entière et de l'imagination (faiblarde). On sent chez cet homme, un rapport des plus compliqué avec la question du corps perçu comme puissance menaçante sous le régime des passions qui en émanent. Le corps est renvoyé à de la mécanique, à de l'agencement et de la tuyauterie ! Mécanique plaquée sur du vivant ! C'est bien de cette maîtrise dont nous parle le grand Descartes, la maîtrise de l'homme capable à la manière d'un sage stoïcien de changer ses propres désirs plutôt que l'ordre du monde et d'affirmer la suprématie de l'âme sur le corps. Cette volonté de maîtrise est évidemment suspecte. Ne cacherait-elle pas une haine secrète et souterraine ? Valéry écrivait que "tout système est une entreprise de l'esprit contre lui-même". Il y a chez l'auteur des Méditations métaphysiques quelque chose qui tourne trop rond pour être honnête, quelque chose qui vise par sa vérité première la confirmation d'une clôture que la pensée entretient avec l'autre partie d'elle même. Ce corps qu'on évacue si promptement sent le cadavre et la pourriture. Il représente toute la tentation de l'esprit de nier l'autre versant, celui des rêves et des hallucinations qui inquiètent l'homme de la grande méthode. Son angoisse de la folie propagée pointe ici ou là : "Mais quoi ! Ce sont des fous et je ne serais pas moins extravagant si je me réglais sur leurs exemples."

Et puis, il y a cette autre folie de l'homme, celle qui fait de dieu la garantie suprême du savoir et de l'évidence, de la vérité maintenue dans l'évidence de dieu. Descartes démontre jusqu'à l'existence de dieu à partir de la présence, en son esprit, des idées de perfection et de toute puissance, idées qui sont contraires, dit-il, à la nature de l'homme. De cet argument ontologique, il suit nécessairement que dieu existe. Cette folie de la démonstration que ne manquera pas de souligner Pascal manifeste toute la fragilité de l'homme et toute sa faiblesse dans l'obsession d'un pouvoir dont il est ontologiquement privé. Descartes compte trop sur la raison, c'est là son erreur et son délire récurrent. Descartes invoque le dieu trompeur pour mettre en cause l'évidence mathématique, mais dieu qui est bon ne trompe pas, ce serait contraire à sa nature. Et voilà Descartes créateur d'un dieu auquel il confère les qualités requises (dans la figure suivante du malin génie) pour le besoin de sa propre démonstration. Et ce génie, décidément très enfantin, qui cherche à le tromper lui, Descartes, ne fait que renforcer l'évidence de son existence. "Il n'y a point de doute que je suis s'il me trompe et qu'il me trompe tant qu'il voudra, il ne saura jamais faire que je ne sois rien tant que je penserai être quelque chose

Logique paranoïaque d'un homme qui fonde la première vérité de son système sur une fiction théorique. Car c'est bien là l'argument principal du paranoïaque: Ils me veulent du mal donc j'existe, par conséquent, mon projet peut prendre tout son sens et se développer avec raison. Descartes paranoïaque ? Je n'ai pas la réponse mais cette hypothèse me paraît tentante ne serait-ce que parce qu'il fait tenir la totalité de son système métaphysique sur ce qu'il prend pour la seule évidence première, "je suis, j'existe" et qu'aucun élément extérieur, réel par conséquent, ne vient troubler. Il y a là la force de l'argumentaire psychotique ! Celui qui pose l'absoluité de sa rationalité sans aucun élément de relation. Le psychotique a coupé tout rapport au réel, restent le langage et sa folie intime, désespérément circulaire et par conséquent convaincant sur le terrain de la seule logique. Il reconstruit la totalité d'un réel soumis à la volonté d'un seul homme, lui ou tout autre procédant comme lui. Et sa cohérence est telle qu'elle entraîne la conviction, qu'elle persuade et encourage, d'autant qu'elle entretient dans sa rhétorique les vieilles lunes du dualisme platonicien et chrétien ce avec quoi l'homme ne rompt en rien. Ce chevalier pourfend des brouillards et des brumes et fixe davantage dans l'esprit des hommes le poison de la vérité révélée, celle qui mène à tous les dogmatismes et à toutes les divagations.

Spinoza n'est pas tombé dans le piège de la réification délirante. La liberté sous la forme du libre arbitre n'est qu'une illusion, la conscience est déterminée à exister par des causes extérieures. "Ordre et connexion des choses, ordre et connexion des idées, c'est le même ordre" ; par conséquent l'âme et le corps ne sont pas extérieures l'une à l'autre , ils s'inscrivent dans la même nature, dans la même nécessité. De fait, l'homme lui-même n'échappe pas à la nature naturante et naturée car il est lui même un élément (mode) de cette nature dont la nécessité s'affirme toujours et partout (l"homme n'est pas un empire dans un empire"). Et Hume, plus tard soulignera le caractère fictif et illusoire de ce moi qu'aucune expérience ne permet ni de rencontrer ni de faire connaître. Le moi cartésien, illusion d'un délirant ? Nietzsche enfoncera le clou ! Qui pense quand je dis moi ? La pensée ne vient pas, dit-il quand je veux, mais quand elle le veut. L'ère du soupçon débute en démasquant la folie d'un homme qui croyait à la raison, et c'était là manifestement tout le problème !

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07 octobre 2007

Ordesa

Ordesa

Eglise de Torla et les canyons d'Ordesa, Aragon, Juillet 95, Démocrite

Les splendeurs du Haut Aragon frisent le sublime dès qu'on s'approche du Parc national du Mont Perdu et des grands canyons d'Ordesa et d'Arazas. La lumière y est incomparable et la dynamique de ces parois défiant la gravité saisit le marcheur d'une émotion rare. Tel Hegel devant les puissances indomptables de la nature, la pensée s'incline et se contente de constater : "Es ist so."

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