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La réforme du baccalauréat et du lycée prend tournure. Les menaces qui pesaient sur l'enseignement de philosophie semblent s'éloigner. Les associations de professeurs ont fait du bon boulot et se sont fortement mobilisées auprès des autorités.

J'ai admiré la haute sagesse d'un nombre surprenant d'enseignantes (!) de philosophie de la région qui, inspirées par un stoïcisme impérial ont réussi ce tour de force de pratiquer une ataraxie active à l'occasion des mobilisations de ces dernières semaines: ne pas se sentir concernées par l'avenir du métier, ne pas prendre la parole et demeurer à l'écart des troubles sans même interagir avec les multiples sollicitations et inquiétudes de leurs camarades. "De quoi vous souciez-vous ? Votre souci, semblaient-elles dire -car c'est bien le vôtre, est un manque de sagesse, un défaut de vision, une panne dans la perspective. Il suffit de changer votre représentation et le tour est joué. Tout va bien, tout ira bien. Et si vous en doutez, pratiquez la résilience !"

Une inspiration aussi forte, un tel art du détachement, une telle détermination dans le retrait ont impressionné le modeste professeur que je suis, inapte à se hisser à cette connaissance du troisième genre. Car il serait inconvenant de réduire l'enjeu à la stérile opposition entre deux genres, masculin-fémimin. Cette capacité de se tenir au-dessus de la mêlée avec la distance critique requise n'est pas sans évoquer l'euthymie démocritéenne, la tranquillité de la femme-philosophe pratiquant la plus subtile vertu. Les catégories sartriennes de lâcheté et d'héroïsme dans l'action se sont effondrées sur elles-mêmes. "La banalité du mal" comme conséquence de la stricte observance des normes technocratiques se délite et perd ici toute consistance devant une telle prudence. 

Il est vrai que les confusions en matière d'éducation contaminent tous les sujets et emportent la réflexion dans les pires dérives. Se mobiliser collectivement ? Se réunir ? Penser ensemble ? Envisager des moyens d'action ? Et plus simplement, répondre aux messages des collègues face au risque d'éradication de la discipline, quelle idée saugrenue ! Quelle agitation dérisoire ! La sagesse, faut-il le rappeler, est une affaire d'idiosyncrasie, de tempérament singulier. Ce registre de la réaction grégaire n'est pas digne de l'intuition de la vacuité que nos amies de la vérité portent en elles comme une évidence : "Si tu comprends, les choses sont comme elles sont. Si tu ne comprends pas, les choses sont comme elles sont."

J'avoue ! J'avais oublié les paroles du Bouddha. Je me sentais loin dans un tel contexte de cette vision épurée du réel. Comme bon nombre de mes camarades, j'étais très inquiet quant aux conditions de travail, à l'exercice du métier, à la reconnaissance légitime de la pensée dans l'institution. Fort heureusement, nos collègues professeures nous ont ramenés à plus de lucidité. Il est bon de lâcher prise et de retrouver la sereine respiration de l'homme ou plutôt de la femme dégagée et sans souci. Et puis, ces réformes ne sont-elles pas que des expressions du pouvoir politique ? A la virilité de ce pouvoir s'oppose sans doute la virilité des professeurs mâles, empêtrés dans une revendication phallique. La politique, n'est-ce pas le domaine des pires passions, "l'hôpital des fols" comme dit Pascal, des tempéraments inconséquents, des avides, des esprits rongés par les désirs non naturels et non nécessaires

C'est juste ! Il vaut mieux rentrer chez soi et cultiver son Jardin. Voilà le sens de la vérité. C'est là le véritable lieu de la philosophie et non dans des salles poussiéreuses où s'entassent les masses d'incultes qui ne comprennent rien à rien et dont le seul souci est de consommer tout et n'importe quoi. Avec un peu de chance et surtout face à un pouvoir autrement déterminé nous serons enfin rayés de la carte et nous saurons ce jour-là qu'elles avaient raison, les pratiquantes de l'aphasie pyrrhonienne. Elle nous ont rappelé à leur manière tellement aristocratique que la philosophie à l'école n'est pas une affaire de "bonnes-femmes" soucieuses de leur programme, de leur accès ou leur avancement dans la hors-classe, de leur chèque de fin de mois et des procédures en tout genre qu'un ou une fonctionnaire zélé(e) peut appliquer sans réfléchir. Elles nous rappellent que philosopher en classe avec des élèves est tout sauf un acte indifférent mais l'expression d'une liberté et d'un droit qui, sans elles, n'auraient évidemment aucun sens.